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10.000 euros en espèces lui ont été remis, dans la rue, par un intermédiaire habitué à servir des clients de banques suisses

Quand Jérôme Cahuzac se faisait livrer du cash à Paris

Par deux fois, 10.000 euros en espèces lui ont été remis, dans la rue, par un intermédiaire habitué à servir des clients de banques suisses.

Un épisode gênant.

Jérôme Cahuzac, en 2013 (BERNARD BISSON/JDD/SIPA)
Jérôme Cahuzac, en 2013 (BERNARD BISSON/JDD/SIPA)

Alors que l'ancien ministre du Budget vient d'être renvoyé devant le tribunal correctionnel de Paris pour fraude fiscale et blanchiment de fraude fiscale, un épisode inédit apparaît : A deux reprises, en 2010 et 2011, Jérôme Cahuzac a effectué des retraits en liquide depuis son compte non déclaré. 10.000 euros à chaque fois. Le cash lui a été livré lors d'"un rendez-vous dans la rue" et la somme apportée par un intermédiaire de confiance après qu'il ait appelé sa banque suisse, donné son nom de code ("Birdie", un terme de golf) et expliqué qu'il avait besoin de liquidités en France.

Devant les juges - qui disposaient par ailleurs des relevés de comptes des établissements de Suisse et de Singapour -, Jérôme Cahuzac avait, lors de ses déclarations en forme d'aveux en avril 2013, admis ces livraisons d'argent liquide, les justifiant par des "charges de familles" à régler. Jérôme Cahuzac venait alors d'être nommé président de la commission des finances de l'Assemblée Nationale. Il était en instance de divorce et ses revenus avaient chuté brutalement.

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Des passeurs habitués à transporter bien plus

Ce genre de livraison d'espèces par des intermédiaires est déjà apparu dans des dossiers de fraude fiscale, notamment les affaires Bettencourt et Dassault sur des montants bien supérieurs et des durées bien plus longues. Le principe est toujours le même pour des clients de banques suisses décidés à prendre le risque de jouer à "cache-cash" : plutôt que de se rendre jusqu'au guichet de leur banque fut-elle de l'autre côté des Alpes et avec le risque de passer une frontière, il s'agit pour eux d'appeler son gestionnaire de compte, de s'identifier au besoin d'un numéro de compte ou d'un code et de passer commande du cash nécessaire.

La somme réclamée est apportée sous vingt-quatre ou quarante-huit heures par un livreur d'une société spécialisée et rémunérée par commission. Les rendez-vous, habituellement, se font à domicile ou dans les salons de grands hôtels, la plupart du temps contre signature. Plusieurs sociétés de compensation ou des "passeurs" professionnels auraient ainsi eu jusqu'à ces dernières années pignon sur rue à Genève.

"Un acte de blanchiment"

Dans leur ordonnance finale, les juges Le Loire et Van Ruymbecke soulignent que cet improbable épisode est en contradiction avec les déclarations de l'ancien ministre du Budget qui a toujours affirmé ne pas s'être occupé de son compte non déclaré qui avait été transféré en 2009 à Singapour. Son solde était de 579.000 euros quand le scandale a éclaté. Les juges estiment que "cette remise d'espèces témoigne d'un savoir-faire et de la pérénité d'un dispositif permettant de rendre des services à un client constituant des actes de blanchiment."

Sollicités par "l'Obs", ni Jérôme Cahuzac ni ses conseils n'ont souhaité commenter cette information.

Une explication lors du procès public

L'ancien ministre qui a admis publiquement l'existence de son compte caché en avril 2013 doit s'expliquer de façon complète à l'audience publique où il sera entouré de ses avocats Jean Veil et Jean-Alain Michel. La date du procès n'est pas encore fixée. Les juges d'instruction l'ont renvoyé devant le tribunal pour fraude fiscale et blanchiment de fraude fiscale. Il sera également jugé pour avoir menti dans sa déclaration de patrimoine établie lors de son entrée au gouvernement, puisqu'il s'était évidemment abstenu à l'époque d'indiquer l'existence de son compte caché.

Pas d'informations sur les laboratoires

Les juges ont en revanche abandonné les poursuites lancées pour une éventuelle perception d'argent des laboratoires pharmaceutiques. Ce point restera d'ailleurs une zone d'ombre : Jérôme Cahuzac a bien admis avoir reçu des rémunérations à deux reprises du laboratoire Pfizer qu'il avait conseillé pour la fixation du prix d'un médicament. Mais en dehors de ces deux virements qui représentent un tiers seulement des virements retrouvés, aucun autres versements en provenance de l'industrie pharmaceutique n'a été identifié.

Mathieu Delahousse

 

Slet


01/07/2015

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