perlagedediams

perlagedediams

[1906] LE CRIMINEL, C’EST L’ELECTEUR ! PAR ALBERT LIBERTAD

 

7 Mai 2017

Placard anti-électoral, 1er mars 1906.
Publié par l’anarchie n°47 et signé Albert Libertad.

C’est toi le criminel, ô Peuple, puisque c’est toi le Souverain. Tu es, il est vrai, le criminel inconscient et naïf. Tu votes et tu ne vois pas que tu es ta propre victime.

 

Pourtant n’as-tu pas encore assez expérimenté que les députés, qui promettent de te défendre, comme tous les gouvernements du monde présent et passé, sont des menteurs et des impuissants ?

 

Tu le sais et tu t’en plains ! Tu le sais et tu les nommes ! Les gouvernants quels qu’ils soient, ont travaillé, travaillent et travailleront pour leurs intérêts, pour ceux de leurs castes et de leurs coteries.

 

Où en a-t-il été et comment pourrait-il en être autrement ? Les gouvernés sont des subalternes et des exploités : en connais-tu qui ne le soient pas ?

 

Tant que tu n’as pas compris que c’est à toi seul qu’il appartient de produire et de vivre à ta guise, tant que tu supporteras, – par crainte,- et que tu fabriqueras toi-même, – par croyance à l’autorité nécessaire,- des chefs et des directeurs, sache-le bien aussi, tes délégués et tes maîtres vivront de ton labeur et de ta niaiserie. Tu te plains de tout ! Mais n’est-ce pas toi l’auteur des mille plaies qui te dévorent ?

 

Tu te plains de la police, de l’armée, de la justice, des casernes, des prisons, des administrations, des lois, des ministres, du gouvernement, des financiers, des spéculateurs, des fonctionnaires, des patrons, des prêtres, des proprios, des salaires, des chômages, du parlement, des impôts, des gabelous, des rentiers, de la cherté des vivres, des fermages et des loyers, des longues journées d’atelier et d’usine, de la maigre pitance, des privations sans nombre et de la masse infinie des iniquités sociales.

 

Tu te plains ; mais tu veux le maintien du système où tu végètes. Tu te révoltes parfois, mais pour recommencer toujours. C’est toi qui produis tout, qui laboures et sèmes, qui forges et tisses, qui pétris et transformes, qui construis et fabriques, qui alimentes et fécondes !

 

Pourquoi donc ne consommes-tu pas à ta faim ? Pourquoi es-tu le mal vêtu, le mal nourri, le mal abrité ? Oui, pourquoi le sans pain, le sans souliers, le sans demeure ? Pourquoi n’es-tu pas ton maître ? Pourquoi te courbes-tu, obéis-tu, sers-tu ? Pourquoi es-tu l’inférieur, l’humilié, l’offensé, le serviteur, l’esclave ?

 

Tu élabores tout et tu ne possèdes rien ? Tout est par toi et tu n’es rien.

 

Je me trompe. Tu es l’électeur, le votard, celui qui accepte ce qui est ; celui qui, par le bulletin de vote, sanctionne toutes ses misères ; celui qui, en votant, consacre toutes ses servitudes.

 

Tu es le volontaire valet, le domestique aimable, le laquais, le larbin, le chien léchant le fouet, rampant devant la poigne du maître. Tu es le sergot, le geôlier et le mouchard. Tu es le bon soldat, le portier modèle, le locataire bénévole. Tu es l’employé fidèle, le serviteur dévoué, le paysan sobre, l’ouvrier résigné de ton propre esclavage. Tu es toi-même ton bourreau.

De quoi te plains-tu ?

 

Tu es un danger pour nous, hommes libres, pour nous, anarchistes [sic]. Tu es un danger à l’égal des tyrans, des maîtres que tu te donnes, que tu nommes, que tu soutiens, que tu nourris, que tu protèges de tes baïonnettes, que tu défends de ta force de brute, que tu exaltes de ton ignorance, que tu légalises par tes bulletins de vote, – et que tu nous imposes par ton imbécillité.

 

C’est bien toi le Souverain, que l’on flagorne et que l’on dupe. Les discours t’encensent. Les affiches te raccrochent ; tu aimes les âneries et les courtisaneries : sois satisfait, en attendant d’être fusillé aux colonies, d’être massacré aux frontières, à l’ombre de ton drapeau.

 

Si des langues intéressées pourlèchent ta fiente royale, ô Souverain ! Si des candidats affamés de commandements et bourrés de platitudes, brossent l’échine et la croupe de ton autocratie de papier ; Si tu te grises de l’encens et des promesses que te déversent ceux qui t’ont toujours trahi, te trompent et te vendront demain : c’est que toi-même tu leur ressembles. C’est que tu ne vaux pas mieux que la horde de tes faméliques adulateurs. C’est que n’ayant pu t’élever à la conscience de ton individualité et de ton indépendance, tu es incapable de t’affranchir par toi-même. Tu ne veux, donc tu ne peux être libre.

 

Allons, vote bien ! Aies confiance en tes mandataires, crois en tes élus.

 

Mais cesse de te plaindre. Les jougs que tu subis, c’est toi-même qui te les imposes. Les crimes dont tu souffres, c’est toi qui les commets. C’est toi le maître, c’est toi le criminel, et, ironie, c’est toi l’esclave, c’est toi la victime.

 

Nous autres, las de l’oppression des maîtres que tu nous donnes, las de supporter leur arrogance, las de supporter ta passivité, nous venons t’appeler à la réflexion, à l’action [sic].

 

Allons, un bon mouvement : quitte l’habit étroit de la législation, lave ton corps rudement, afin que crèvent les parasites et la vermine qui te dévorent. Alors seulement du pourras vivre pleinement.

 

LE CRIMINEL, c’est l’Electeur !

 

Albert Libertad

 Source : Info kiosque, Albert Libertad, 19-01-2007

---
 

4 réponses à [1906] Le criminel, c’est l’Electeur ! Par Albert Libertad

  1. ChrisLe 07 mai 2017 à 00h47
    Afficher/Masquer

    Laborit écrivait :
    Tant qu’on n’aura pas diffusé très largement à travers les hommes de cette planète la façon dont fonctionne leur cerveau, la façon dont ils l’utilisent et tant que l’on n’aura pas dit que jusqu’ici cela a toujours été pour dominer l’autre, il y a peu de chance qu’il y ait quoi que ce soit qui change.

    Beaucoup d’entre nous mourront ainsi sans jamais être nés à leur humanité, ayant confiné leurs systèmes associatifs à l’innovation marchande, en couvrant de mots la nudité simpliste de leur inconscient dominateur.

  2. Guillaume B. - www.libvert.frLe 07 mai 2017 à 01h19
    Afficher/Masquer

    Intéressant texte, qui renverse la tendance dictatoriale de dirigeants qui pourraient abuser de la vindicte populaire : “au nom du Peuple…”

    D’un autre côté, cette approche anar est un peu extrémiste : Mieux vaut promouvoir me semble-t-il les CivicTechs qui enrichissent, assouplissent et optimisent la Démocratie, plutôt que sabrer l’un de ses piliers.. (même si la probabilité pour que des élus Libéraux, minarchistes ou anarcap soient élus est très faible)

  3. jjpLe 07 mai 2017 à 01h30
    Afficher/Masquer

    Quel texte!!!

    Ca fait mal de voir que ce que nous vivons, d’autres l’ont vécu avant nous, et que rien n’a changé. Pire, qu’on a oublié, régressé, au point qu’on redécouvre un sentier abandonné, ca fait mal.

    C’est pourtant clair, ni argent, ni pouvoir. Il n’y a aucune autre possibilité, tout le reste sera forcément dévoyé, corrompu, détourné dans 10 ans, dans 100 ans, dans 1000 ans, implacablement.

    Et pour ceux qui croient encore au progrès, qu’ils réalisent que le progrès se justifie que par des promesses de meilleurs progrès plus tard. Car pour l’instant, le progrès n’a amené que ruine, déchets, pollution et mort, et il est illusoire (ou pire mortel) de croire qu’il fera mieux demain.

    Après, il faut le courage de quitter disneyland. Le courage, soit on le trouve, soit l’histoire s’arrêtera là.

  4. Didier NDNMLe 07 mai 2017 à 02h21
    Afficher/Masquer

    Ah Albert je ne sais pas si tu as beaucoup d’auditeurs, mais en ce qui me concerne tu me fatigues.
    L’anarchisme: c’est bien beau, mais personne n’a la solution pour que ça marche vraiment.
    Moi aussi je suis fasciné par l’anarchisme, moi aussi j’aimerais que le monde soit anar. Pour me rapprocher de toi et te montrer que je ne te hais point je me suis intitulé NDNM (Ni Dieu, Ni Maître) un peu comme toi tu t’es appelé Libertad. Mon prénom étant le vrai tu peux en déduire à peu près mon âge comme je suppose le tien si Albert est ton vrai prénom.

    Je dévore les bouquins de Michel Onfray car j’ai lu tout Proudhon, tout Rosa Luxembourg, etc. ainsi que des border-line (pas au sens de la psy) comme Noam Chomsky.
    C’est chouette, ça me fait rêver comme un roman.
    Mais au bout du compte qu’est-ce que je dois faire de plus que tous mes engagements humanitaires et humanistes, mes engagements écolos (sans arriver à suivre ces fondus écologistes politiques) etc. ???

    • MarasineLe 07 mai 2017 à 06h57
      Afficher/Masquer
      Votre commentaire est en attente de modération.

      Dmitri Orlov: “Les 5 stades de l’effondrement” est un livre extraordinaire, qui se lit agréablement et qui trace avec intelligence les divers revers mentaux d’un changement sociétal lors des crises.



07/05/2017

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 3 autres membres