Au lieu d’être victimes d’un soi-disant complot d’assassinat russe, il semble maintenant de plus en plus évident que le père Skripal et sa fille sont détenus contre leur volonté par les autorités britanniques. En bref, ils sont otages de l’État britannique.

Dès le début du présumé empoisonnement, la présentation officielle des faits était pleine d’incohérences louches.

 

La grande rapidité avec laquelle le régime britannique – dans la journée – a accusé le Kremlin de « tentative de meurtre impudente », a été sans doute le principal incident révélateur montrant que le déroulement de l’affaire suivait un scénario, et qu’incriminer la Russie était joué d’avance.

 

La semaine dernière, la saga a pris plusieurs tours significatifs qui ont suscité d’autres doutes quant à la version officielle des faits. Tout d’abord, des scientifiques britanniques du laboratoire de guerre de Porton Down ont admis n’avoir point confirmé que l’agent neurotoxique provenait de Russie. Cet aveu sensationnel a révélé que les affirmations antérieures du régime britannique étaient erronées, si ce n’est mensongères.

 

Ensuite, il est apparu que du matériel témoin potentiellement important a été détruit par les Britanniques. Trois animaux de compagnie de la maison de Sergei Skripal ont été dits morts, et leurs restes ont été incinérés. Les autopsies auraient pu faire la lumière sur la nature du présumé agent neurotoxique utilisé contre les Skripal. Pourquoi incinérer ces animaux ? Et pourquoi les autorités britanniques n’ont-elles révélé le sort de ces animaux qu’après que cette question a été soulevée jeudi, par l’émissaire russe au Conseil de sécurité de l’ONU ?

 

Et puis, il y a les manières étrangement cyniques des autorités britanniques, qui ont refusé le visa de visiteur à une parente russe de la famille de Skripal. Elle avait l’intention de s’envoler pour l’Angleterre afin d’être avec ses proches pendant qu’ils se remettaient.

 

Victoria Skripal, la ressortissante russe, a révélé vendredi aux médias russes, que les autorités britanniques lui avaient refusé le visa lui permettant de rendre visite à ses proches – sa cousine Yulia et son oncle Sergei – qui seraient consignés dans un hôpital de Salisbury.

 

La veille du jour où sa demande de visa a été rejetée, Victoria a eu une brève conversation téléphonique avec Yulia. Il semble que Victoria l’ait enregistrée et l’ait mise à disposition des médias russes pour la diffuser. La transcription montre que Yulia retenaient sa langue. Elle n’avait manifestement pas le loisir de parler librement. Leur conversation téléphonique s’est terminée brusquement. Mais elle a pu informer sa cousine russe que son visa ne lui serait probablement pas accordé. Pourquoi dirait-elle un truc pareil ?

 

Les médias britanniques ont tout de suite tenté de salir Victoria, la cousine russe. Un journaliste de la BBC a raconté que les autorités britanniques « soupçonnaient Victoria de servir de pion au Kremlin. » Le ministère des Affaires étrangères de Russie a riposté à cette idée en affirmant que cette insulte était méprisable.

 

De son côté, Victoria Skripal a dit aux médias russes qu’elle pensait que les autorités britanniques avaient « quelque chose à cacher » en lui refusant le permis de rendre visite à sa cousine et à son oncle en Grande-Bretagne. Sa demande de visa a-t-elle été rejetée par les autorités britanniques parce qu’elle avait eu l’audace d’enregistrer la conversation avec sa cousine et de mettre la bande à disposition des médias russes ?

 

Il est de loin plus plausible que Victoria n’est pas un « pion du Kremlin » et que les Britanniques craignent que Victoria ne soit pas un « pion de Londres ». La pire chose pour les autorités britanniques pourrait être qu’un parent des Skripal enclin à faire ce que bon lui semble, vienne à l’hôpital de Salisbury et pose des questions cruciales sur la nature du problème faisant que ses parents sont retenus là.

 

Il serait intéressant de voir ce qui arriverait si plusieurs autres parents russes des Skripal faisaient des demandes de visas similaires. Les autorités britanniques ne pourraient sûrement pas toutes les refuser ?

 

Depuis plus d’un mois, depuis l’incident du 4 mars à Salisbury, les membres du consulat russe en Grande-Bretagne, ne sont pas autorisés à voir les Skripal, qui seraient soignés à l’hôpital.

 

Sergei Skripal est un ancien espion russe déshonoré qui vit en Angleterre depuis près de huit ans. Il a été exilé là par Moscou dans le cadre d’un échange d’espions avec le MI6, pour lequel Skripal travaillait comme agent double. On pense que les autorités de Londres lui ont accordé la citoyenneté britannique.

 

Mais sa fille de 33 ans, Yulia, est citoyenne de la Fédération de Russie. En vacances, elle rendait visite à son père au moment où ils sont tombés malades tous les deux – apparemment à cause d’un agent neurotoxique –, alors qu’ils étaient assis dans un parc public de Salisbury.

 

En vertu du droit international,  Yulia et le consulat russe ont le droit d’avoir des contacts. L’ambassade de Russie à Londres s’est vue refuser à plusieurs reprises, par les autorités britanniques, l’accès à ses citoyens. À première vue, il s’agit de scandaleuses violations britanniques envers le droit international.

 

Chose qui en dit long, pendant leur conversation, Yulia n’a pas dit à sa cousine qu’elle ne voulait pas voir les gens du consulat russes, et cet appel téléphonique a été manifestement initié par Yulia. À un moment donné, sa cousine russe lui a demandé : « Est-ce ton téléphone ? »

 

Comment Yulia a eu accès au téléphone est une bonne question. Un membre du personnel de l’hôpital s’est-il senti obligé de lui accorder un appel rapide chez elle ? L’appel s’est fait manifestement de façon précipitée, et Yulia s’est sentie obligée de parler en détail de son confinement. Et pourquoi a-t-elle dit à sa cousine russe qu’elle n’obtiendrait pas le visa ?

 

Il est spéculé dans les médias britanniques – très probablement sur demande officielle – que Yulia Skripal ne veut voir ni sa cousine, ni les représentants consulaires russes. Bien que Yulia n’ait pas exprimé ce désir au téléphone. Si Yulia ne voulait pas voir sa cousine, pourquoi prendrait-elle la peine de l’appeler apparemment à l’improviste ?

 

Les spéculations sur les souhaits de Yulia reposent sur la prémisse britannique officielle, selon laquelle l’État russe a tenté d’assassiner son père avec un produit chimique toxique. C’est pourquoi la version officielle de l’affaire impliquerait que Yulia ne veuille pas voir les autorités russes.

 

Mais cette logique dépend entièrement de la plausibilité de la version britannique des événements : une opération russe tentant de liquider Sergei Skripal avec un agent neurotoxique, sa fille étant un dommage collatéral.

 

La version britannique comptait totalement sur des assertions, des insinuations et des affirmations non vérifiées, formulées par des politiciens informés par les services secrets. Des affirmations sans fondement comme nous le constatons maintenant, depuis que les scientifiques de Porton Down l’ont révélé la semaine dernière.

 

À aucun moment, les Britanniques n’ont produit de preuve à l’appui de leurs allégations solennelles contre la Russie. En réalité, en refusant aux Russes l’accès aux échantillons présumés, les Britanniques ont empêché de procéder à une analyse chimique indépendante.

 

L’ensemble de cette affaire repose sur une présomption de culpabilité et un préjugé ignobles à l’égard des Russes, qui sont traités comme des gens malveillants. Grâce au préjugé britannique et à leur mépris envers la procédure régulière, tout est entièrement caché et verrouillé.

 

Et dans tout ça, que se passerait-il si le gouvernement russe avait raison ? Si l’État britannique s’était aventuré dans une opération macabre sous fausse bannière, et avait amoché sournoisement les Skripal avec quelque produit chimique, pour en faire porter le chapeau à la Russie ? Dans le but fort plausible de rajouter une autre campagne de diffamation pour diaboliser et dévaloriser la Russie, puissance mondiale.

 

Pas de doute, la situation est troublante et désorientante, en particulier pour Yulia Skripal, qui allait voir son père en Angleterre, pour une agréable réunion de famille.

 

Dans tout ça, la privation apparente de liberté de Yulia Skripal est le plus alarmant. La position officielle s’emmêle simplement les pinceaux avec ses insinuations de complot russe, insinuations de plus en plus intenable.

 

Le refus d’accorder un visa de visiteur aux proches russes de Yulia, fait aboutir à la conclusion glauque que les autorités britanniques sont engagées dans une combine de propagande malsaine. De plus, cette combine de propagande implique l’agression criminelle contre une citoyenne russe et son maintien actuel en détention illégale.

 

Strategic Culture Foundation, Finian Cunningham
Traduction Petrus Lombard