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Affaire Volkswagen : pas si simple. Volkswagen « triche » de manière à brûler moins de diesel. Les normes américaines n'ont pas été fixées pour protéger l'environnement. Leur but était de nuire à l'ascension irrésistible du groupe européen Volkswagen

 

Vous reprendrez bien un peu de dioxyde de carbone ?

Il faut réfléchir à deux fois avant de renoncer aux Volkswagen diesel ou de « réparer » les moteurs pour les mettre dans les normes.

Les ingénieurs automobiles allemands ne sont pas les derniers des incapables, malgré ce que laissent entendre les journaux.

Aussi bizarre que cela puisse paraître, ces fameux « logiciels tricheurs » installés sur les véhicules ne sont ni de leur invention, ni de celle du diable. Des normes existent aujourd'hui sur plus de cent composants présents dans les gaz d'échappement. Ce sont des logiciels indispensables pour trouver le bon compromis entre consommation de carburant, performances du véhicule, prix et respect des normes. Toutes les voitures sont pilotées par de tels programmes informatiques qui fonctionnent en optimisant les paramètres d'émission en permanence.

Ces logiciels sont même autorisés à tricher pour éviter des dégâts sur les voitures. Le système antipollution est provisoirement désactivé. C'est pourquoi on les appelle « defeat devices », ce que les journalistes traduisent en français par « logiciels tricheurs » mais qui veut en fait dire « systèmes de mise en échec » ou « systèmes de neutralisation ».

Les Volkswagen incriminées sont donc capables de respecter les normes environnementales américaines (ce qui, nous allons le voir plus loin, est une performance étonnante). Cela leur permet de réussir les tests antipollution. Toutefois, Volkswagen a préféré programmer d'autres paramètres lorsque la voiture est en circulation normale.

Pourquoi ? Eh bien, pour réduire la consommation de carburant de ses voitures.

Volkswagen « triche » de manière à brûler moins de diesel

Les émissions de dioxyde d'azote sont la caractéristique des moteurs diesel les plus efficients : ceux qui émettent le moins de dioxyde de carbone, ceux qui font le plus de kilomètres par litre de carburant, émettent aussi plus de dioxyde d'azote.

C'est un phénomène incontournable : une loi de la nature.

Pour faire des moteurs plus efficaces, il faut augmenter le taux de combustion du carburant dans les cylindres.

Cela se fait en augmentant le coefficient de combustion, la température, et en laissant entrer plus d'air dans les cylindres. Votre voiture relâche moins d'hydrocarbures mal brûlés (fumée noire), elle a un meilleur couple, c'est-à-dire la force pour accélérer, elle consomme moins… mais elle produit aussi plus d'oxydes d'azote.

Les voitures diesel de mon enfance

Dans mon enfance, les moteurs diesel se reconnaissaient à leur bruit de tracteur, à leur très lente accélération et aussi à l'épaisse fumée noire qui sortait de leur pot d'échappement.

Les moteurs diesel ne brûlaient qu'une partie du carburant. Les déchets de combustion étaient évacués vers l'atmosphère et nos poumons. Parmi eux, énormément de dioxyde de carbone et de monoxyde de carbone, le terrible gaz tueur qui faisait tant de morts dans les foyers se chauffant au poêle à charbon.

Grâce à une meilleure conception des chambres de combustion dans les cylindres, les actuels moteurs diesel sont plus efficients : le carburant brûle beaucoup mieux. Les nouveaux moteurs diesel ne produisent donc plus de fumée noire ni de monoxyde de carbone.

Les voitures diesel actuelles ne sont donc plus ces « camions » poussifs couverts de graisse noire à l'arrière. Ce sont des voitures aussi performantes, si ce n'est plus, que les voitures à essence. Je roulais hier derrière une Volkswagen Touran diesel, sur de petites routes de campagne. Elle fonçait comme une bombe, et j'avais beau plisser les yeux, je ne voyais pas la moindre trace de fumée sortir de son pot d'échappement ! Sa carrosserie brillante était propre comme un sous neuf.

Quel étonnement !
Mais voilà…

Deux poisons qui s'annulent entre eux

Le « problème » de ces nouveaux moteurs diesel est qu'ils n'émettent pratiquement plus de monoxyde de carbone, le poison mortel dont nous avons parlé plus haut.

Or, ce monoxyde de carbone avait une utilité : au contact du dioxyde d'azote, il le transforme en simple azote, un gaz inoffensif (l'air qui nous entoure contient naturellement 70 % d'azote).

Les vieux diesels produisaient donc un poison (le monoxyde de carbone) qui permettait de réduire un autre poison, le dioxyde d'azote.

Faut-il pour autant revenir aux anciens moteurs diesel qui sentaient si mauvais ? Evidemment non.

La solution à privilégier reste d'aller à pied, à vélo ou en trottinette.

La tricherie des ingénieurs de Volkswagen a consisté à produire des moteurs puissants produisant peu de dioxyde de carbone mais beaucoup de dioxyde d'azote, alors qu'ils prétendaient aux autorités que leur voiture faisait le contraire. Ils ont même programmé leur logiciel pour que le moteur fonctionne différemment pendant les tests et sur les routes.

C'est grave, parce que c'est malhonnête. C'est aussi très dangereux (et coûteux) de violer la loi.

L'action Volkswagen a perdu un tiers de sa valeur. Le président Martin Winterkorn a démissionné. Toute l'industrie allemande est salie par cette affaire.

Mais d'un point de vue purement environnemental, ce qu'ils ont fait est neutre.

Bien sûr, leurs voitures, aussi propres soient-elles par rapport à celles d'autrefois, polluent toujours.

C'est une loi de la thermodynamique que toute combustion provoque des émissions.

Les normes américaines d'émission de gaz d'échappement

Le logiciel truqueur de Volkswagen a permis la commercialisation aux Etats-Unis de 500 000 voitures qui dépassent les normes d'émission de dioxyde d'azote par un facteur allant de cinq à trente-cinq.

Bizarrement, les mêmes véhicules sont dans les normes quand il s'agit de l'Europe.

Les normes européennes sont-elles laxistes ?

Non. Ce sont les normes américaines qui sont impossible à respecter pour les petites voitures.

Aucune marque autre que Volkswagen ne proposait de voitures diesel à quatre cylindres aux Etats-Unis. Le PDG de Chrysler a même expliqué qu'il était furieux contre ses ingénieurs qui lui disaient qu'ils ne pouvaient pas produire des voitures dans les normes. « Puisque Volkswagen le fait, vous pourriez bien le faire aussi ! », leur disait-il [1]…

On sait maintenant comment Volkswagen réalisait ce « prodige ».

Et pour cause : ces normes n'ont pas été fixées pour protéger l'environnement. Leur but était de nuire à l'ascension irrésistible du groupe européen Volkswagen, qui est passé en juillet 2015 au rang de premier constructeur mondial [2], et dont la spécialité est justement… le moteur diesel.

Aujourd'hui, les autorités américaines se frottent les mains de pouvoir imposer à Volkswagen une nouvelle amende record, qui peut monter jusqu'à 18 milliards de dollars.

Cela me fait donc bien rire que les politiques et médias européens emboîtent unanimement le pas aux Américains sur cette affaire, sans réaliser qu'ils sont les dindons de la farce.

Pour respecter les normes américaines, il faut polluer plus !

Ironie du sort : le résultat de ces normes absurdes est que l'automobiliste américain est obligé d'acheter un modèle diesel puissant et à forte consommation, car ce sont les seuls qui respectent les « normes ».

En effet, il n'y a qu'à partir d'une certaine consommation de carburant qu'il devient rentable pour l'automobiliste de disposer d'un système de catalyseur antidioxyde d'azote, et ainsi de respecter les normes environnementales !

Il existe en effet un système, la technologie « AdBlue », qui injecte de l'urée dans les gaz d'échappement. Il est installé sur les camions, tracteurs, et sur les voitures diesel à grosses cylindrées. Cela réduit la teneur des gaz d'échappement en oxydes d'azote, qui se transforment en azote et en vapeur d'eau. Le taux de conversion est de 85 % et même 98 % sur certains moteurs [3].

Cela coûte environ 1500 euros par voiture. Il faut recharger le système régulièrement. Enfin, AdBlue réduit le dioxyde d'azote mais pas les centaines d'autres gaz émis par les voitures.

 

Jean-Marc Dupuis Sante Nature Innovation



04/10/2015

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