perlagedediams

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Ahhh, être mère… Quelle jolie carrière !

Une mère se retrouve dans une situation gênante et inconfortable. Ce qu'elle fait alors est tout simplement génial !

 

Un jour, alors que j’étais au bureau de la préfecture pour remplir des papiers, une femme se trouvait dans la file d’attente devant moi pour renouveler son permis de conduire. La femme derrière le bureau lui demande alors quelle est la profession qu’elle exerce. Elle avait l’air d’hésiter, comme incertaine du terme à choisir pour se qualifier.

 

Derrière son bureau de verre, l’autre sembla alors perdre patience :

 

-  « Madame, c’est pourtant pas compliqué ce que je vous demande : vous avez un travail, ou bien vous êtes juste une.. ? »

 

- « Bien sûr que j’ai un travail, » se défendit-elle. « Je suis une Maman. »

 

-  «Ah, je vois. Malheureusement, nous n’avons pas « Maman » dans notre liste. Le terme « Femme au foyer » couvre ce type d’occupation… » répondit la bureaucrate qui s’efforçait de prendre l’air d’éprouver de la compassion, un brin de pitié gênée dans la voix.

 

Ce bref échange m’a marqué, et je m’en suis souvenu pendant quelque temps… puis je l’ai complètement oublié. Jusqu’à ce qu’un beau jour, je me retrouve moi-même dans la même situation que cette femme, cette fois-ci à la mairie de ma ville. L’employée de l’administration qui m’a accueillie était manifestement une femme ambitieuse, efficace, investie dans sa carrière, qui sembla me jauger du regard d’entrée de jeu, me regardant des pieds à la tête. Elle avait probablement un joli titre qui sonnait bien et qui lui donnait un air important, du style : « Chargée municipale de service protocole » ou encore : « référente d’administration adjoint »

 

« …Et quel métier exercez-vous ? » finit-elle par demander en levant brièvement ses yeux de sa fiche.

 

Qu’est-ce qui m’a pris, je n’en sais fichtrement rien. Les mots sont simplement sortis de ma bouche, sans que je n’aie le temps d’y réfléchir. « Je suis assistante de recherche dans le domaine du développement infantile et des relations familiales »

 

Elle a marqué une pause, son stylo bic figé en l’air,  et m’a regardé d’un air interrogateur, comme si elle avait mal entendu. J’ai alors répété lentement, en détachant bien les syllabes, et en mettant l’emphase sur les mots les plus importants. Puis, émerveillée et sans vraiment en croire mes yeux, j’ai regardé sa main bouger tandis qu’elle inscrivait mon nouveau  « titre » à l’encre noire, sur la page du formulaire officiel.

 

« Puis-je me permettre de vous demander, » dit alors l’employée de mairie avec un regain d’intérêt dans la voix, « que faites-vous exactement dans votre domaine ? »

 

Calmement, sans aucune trace d’hésitation dans ma voix, je me suis entendue répondre, « Je poursuis un programme de recherche et d’étude en continu (quelle mère ne fait pas ça ?) se déroulant en intérieur tout comme sur le terrain externe ( ça fait plus classe que de dire « dedans et dehors la maison »)

 

« Je travaille directement en relation avec mes principaux clients et commanditaires (alias la famille tout entière) et j’ai déjà 4 publications à mon actif (trois filles et un fils, plus précisément). Oh, c’est un des champs de recherche les plus difficiles et les plus éprouvant dans tout le domaine des sciences sociales et humaines ( y-a-t-il des mères ici qui seraient prêtes à dire le contraire ?) et je travaille souvent plus de 14 heures par jour ( quand on me laisse dormir, bien sûr) mais je ne me plains pas, oh grands dieux non ! Car ma carrière me demande de relever sans cesse de nouveaux défis, et c’est un métier beaucoup plus vivant que la plupart des emplois dans de grandes corporations ou dans des bureaux. Bon après il faut dire aussi que n’est pas le genre de travail que l’on fait pour l’argent, vous comprenez, c’est plutôt une affaire de passion, de vocation personnelle…

 

Devant moi, la femme s’était métamorphosée, et d’un coup elle semblait me traiter avec le plus grand des respects. Une fois le formulaire rempli, elle s’est même levée de sa chaise pour me serrer la main et me  raccompagner jusqu’à la porte.

 

Alors que je garais ma voiture devant la maison, très fière de ma nouvelle carrière, j’ai été accueillie en grande pompe par mes assistants de laboratoire (respectivement 13, 7 et 3 ans). À l’étage, je pouvais entendre notre nouveau modèle expérimental (un bébé de 6 mois, dernier prototype en date du programme de développement infantile qui était en train de tester un nouveau système de communication vocale... et vue la qualité du volume sonore, cela avait l’air d’avancer à merveille !)

 

Je me sentais triomphante. J’avais marqué un point sur la bureaucratie. Et j’étais sortie de ce bureau en étant une personne un peu plus distinguée et importante que « encore une énième mère au foyer ».

 

Ahhh, être mère… Quelle jolie carrière ! Je devrais inscrire mon titre sur une plaque en marbre pour l’accrocher au-dessus de ma sonnette.



21/02/2015

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