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« Après l’URSS, l’orthodoxie a eu bien plus de chances que l’islam de rétablir ses positions »

« Les médias prétendent lutter contre le terrorisme, mais en pratique, ils en font une propagande massive »


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La revue Afisha s’est entretenue avec l’imam Chamil Alyaoutdinov de la vie des musulmans dans la capitale, de ce qu’ils pensent de la menace terroriste et des rapports entre la charia et les lois étatiques.

L'imam Chamil Alyaoutdinov. Crédits : ohranka.com

L’imam Chamil Alyaoutdinov. Crédits : ohranka.com

Chamil Alyaoutdinov ressemble plus à un businessman qu’à l’idée qu’on se fait d’un serviteur du culte. Ce qui n’est, d’ailleurs, pas tellement étonnant – Alyaoutdinov dirige aussi des séances de coaching business et écrit des livres du type Le multimilliardaire écoute ou Le multimilliardaire pense.

— Je ne considère pas que « musulman » signifie « terroriste », mais la majorité des terroristes se cachent derrière l’islam. Et le non-musulman ne peut pas ne pas s’en rendre compte. Comment expliquer cela ?

— Je vous répondrai par une citation tirée du livre de Nassim Taleb, Le cygne noir : « Beaucoup de gens confondent l’affirmation Presque tous les terroristes sont des musulmans avec l’affirmation Presque tous les musulmans sont des terroristes. Admettons que la première est vraie, et que 99 % des terroristes sont des musulmans. Mais ça signifie que seulement 0,001 % des musulmans sont des terroristes, vu que les musulmans sont plus d’un milliard dans le monde, et les terroristes, disons, dix mille, soit un pour cent mille. Cette erreur logique vous oblige contre votre gré, c’est-à-dire inconsciemment, à exagérer d’à peu près cinquante fois la probabilité qu’un musulman pris au hasard, âgé, disons, de 15 à 50 ans, s’avère être un terroriste. »

Et les termes « islamisme » et « terrorisme islamiste », apparus il y seulement vingt ans alors que la culture musulmane possède une histoire de 14 siècles, portent d’ailleurs en eux une grande erreur, en associant un mal manifeste avec chacun de ceux qui confessent l’islam. Les médias prétendent lutter contre le terrorisme, mais en pratique, ils en font une propagande massive. Il suffit qu’un terroriste quelconque ait été assassiné pour que toute la Toile russe soit inondée de récits à son sujet : où il est né, où il a étudié, ce qu’il a fait exploser, combien il est grand et important. Et le jeune citoyen russe qui voit ça peut en conclure que la place de grand héros est vacante. Assassine – et tu deviendras célèbre, et tu iras en plus au paradis. Ça fait envie, non ?

 

— Dans ce cas, comment le musulman fidèle doit-il considérer l’État islamique d’Irak et du Levant (EIIL) ?

— Ce n’est un secret pour personne : l’EIIL est apparu après que l’Irak et la Libye ont été privés de leurs présidents, sachant que l’Occident a activement financé l’opposition militaire. Avec le régime du président syrien Assad, ce scénario a échoué, mais ils ont réussi à lui enlever une partie de son territoire. Résultat, des criminels de tout poil, venus du monde entier, ont commencé de se rassembler sur les territoires qui se sont retrouvés hors de contrôle, ils ont reçu un bon armement et le permis de tuer. L’Europe, sous le leadership du président français Sarkozy, a alloué des millions de dollars issus des comptes gelés de Kadhafi au financement de l’opposition qui avait pris les armes contre lui. C’est la même histoire qu’avec Al-Qaïda, qui est née sur le territoire afghan pendant le conflit entre les États-Unis et l’Union soviétique.

À un moment donné, la théologie musulmane a perdu la bataille de l’information

— Mais pourquoi les serviteurs du culte musulman ne prennent-ils pas la parole pour dénoncer cela ardemment ?

— C’est extrêmement difficile pour les musulmans et pour la théologie musulmane de s’opposer à des radicaux aussi bien soutenus, informés et financés. La BBC anglophone, par exemple, parle tous les quarts d’heure de « djihad » et de « terrorisme islamiste »,  suggérant à la jeune génération de musulmans que ce mode de vie précisément est celui d’un islam véritable.

Toute une génération est née et a grandi avec ce discours, et l’exemple vivant en est le récent attentat terroriste en France, commis par des gens extrêmement jeunes, qui sont nés et ont grandi dans cet État européen.

( Là on voit l'effet de la propagande ! Il n'a pas capté, ou ne veut pas l'admettre, que cet attentat était préfabriqué par les services secrets de l'Etat français ! )

Et c’est précisément la politique informative de ces vingt dernières années qui les a persuadés du fait que l’islam, c’est la violence. À un moment donné, la théologie musulmane a perdu la bataille de l’information. Et il nous reste à espérer que, tout de même, il sera possible de surmonter cette situation au profit de la foi, du bien, de la piété et de la création.

— Vous êtes probablement considéré comme l’imam le plus libéral de Moscou ; et les commentateurs sur Internet s’opposent à vous sur de nombreuses questions. Vous dites, par exemple, que la barbe n’est pas obligatoire pour le musulman, qu’on peut écouter de la musique et que féliciter poliment quelqu’un d’une autre foi ou culture lors de ses fêtes n’est pas un péché.

— Je m’occupe de théologie à titre professionnel depuis plus de vingt ans. Ce que je dis est fondé sur la Coran et la Sunna. Et l’opinion que des gens se construisent sur des stéréotypes et des fragments de savoir obtenus sur Internet ou en ayant étudié la théologie musulmane selon un angle idéologique déterminé, en suivant fanatiquement un tempérament, une nature ou un mode de vie qui leur plaît – l’opinion de ces gens ne m’intéresse pas. Je ne suis pas un politicien qui s’efforce de plaire à tout le monde, d’autant plus quand il s’agit d’un public de plusieurs millions de personnes – je suis un théologien, qui travaille quotidiennement avec les sources originelles arabes. En outre, je suis un homme croyant, qui comprend à quel point Dieu entend tout, voit tout et sait tout, et je devrai répondre devant lui de la justesse de mes paroles et de mes actes au jour du Jugement.

— Mais vous êtes souvent confronté à l’hostilité des croyants conservateurs ?

— Pas directement, non. Ils n’osent s’opposer à moi, et m’insulter, que sur Internet – là où le dernier des ignares peut se croire tout-puissant parce qu’il a reçu cent likes au lieu des vingt habituels.

 



21/05/2015

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