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Avant que le Golan ne redevienne syrien : propos prémonitoires du Dr Taiseer Maray

Par Daniel Vanhove  Mondialisation.ca, 19 juillet 2018 Région :  

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Il y a quelques années, j’ai choisi de me rendre en Palestine occupée, pour voir par moi-même une situation que les médias dominants me semblaient décrire de manière partiale et non équilibrée.

 

Depuis, rien n’a vraiment changé : les agresseurs sont toujours présentés comme les victimes et les résistants comme les coupables, dans la mesure où est répété ad nauseam, ‘le droit d’Israël à se défendre des attaques terroristes palestiniennes’…alors que manifestement, il y a bien un occupant (Israël) et un occupé (Palestine) qui ne fait qu’user de son droit à résister. N’importe quel enfant comprend aisément ce genre d’information.

 

Et personne n’est dupe des mensonges du petit cercle politico-médiatique qui s’obstine à raconter le contraire et travestit la réalité. Dans leur arrogance, ceux qui le constituent ne se rendent même plus compte qu’ils se sont complètement décrédibilisés.

 

Dans la foulée, le projet sioniste qui prend l’eau de toutes parts, a révélé au fil du temps ses horribles fondements – racisme, vols, injustices, tortures, attentats, meurtres, apartheid, … – et est de plus en plus rejeté par tout citoyen animé des valeurs que constitue la déclaration universelle des Droits de l’Homme.

 

Face à la complicité de nos Etats avec le régime sioniste, la campagne BDS illustre à elle seule la mobilisation qui anime la société civile pour que cesse cette imposture de nos Etats qui se targuent de leurs valeurs démocratiques mais collaborent avec un Etat aux pratiques terroristes.

 

Pour en comprendre les enjeux complexes, j’ai multiplié les voyages dans la région, entre 2001 et 2004 et en ai tiré un témoignage écrit (1) dont je vous livre ci-après un extrait à propos de l’occupation des hauteurs du Golan syrien, annexé en 1981 par Israël.

 

Le président Bachar al Assad a répété ces derniers mois que, tôt ou tard, le Golan redeviendrait terre syrienne.

Les autorités israéliennes qui ont soutenu, formé et armé les mercenaires et les groupes terroristes ont perdu leur pari de renverser le président syrien, de démembrer et d’anéantir le pays.

Et l’armée syrienne qui chaque jour récupère des pans de son territoire est maintenant aux frontières du Golan dont la bataille semble imminente.

 

Le plateau du Golan

Au vu de l’évolution de la situation ces dernières années et de la guerre menée sous de faux drapeaux par la coalition occidentalo-arabo-sioniste en Syrie, les propos tenus par le Dr Taiseer Maray sonnent comme une prophétie.

Dimanche 14.07.2002 :

« (…) Après le petit-déjeuner, nous envisageons la remontée de la vallée du Jourdain à l’Est du pays, en longeant la frontière jordanienne jusqu’à la frontière Nord, sur les hauteurs du Golan syrien. Il serait intéressant de rencontrer des Syriens qui, comme les Palestiniens, ont été envahis par l’armée d’Israël lors de la guerre de 1967. La journée sera longue. Maher, note chauffeur palestinien, estime la distance à 250 km. environ, jusqu’à la ville de Majdal Shams.

 

(…) Des colons se sont installés tout au long de cette vallée du Jourdain, fermiers pour la plupart. Il faut dire que sous cet aspect désertique se trouvent les nappes phréatiques les plus importantes du pays et qu’avec les moyens modernes, l’irrigation permet l’entretien des cultures. Les paysages se succèdent et ne varient guère au fil des kilomètres. De rares villages sont séparés les uns des autres par les cultures entrecoupées de zones désertiques. De temps à autre, nous apercevons quelques bédouins palestiniens et leurs troupeaux de chèvres et de dromadaires à la recherche d’une verdure bien pauvre. Les check-points sont rares et les contrôles s’y déroulent sans problème. Nous remontons lentement vers le lac de Tibériade.

 

(…) Le paysage devient moins aride. Nous roulons dans ce qui était la Syrie avant qu’Israël ne l’envahisse. De temps à autre, la route traverse un hameau en ruines, criblés d’impacts de tirs qui attestent de la violence des combats. Décidément, du Nord au Sud et d’Est en Ouest cette terre est un champ de batailles. Les constructions sont un peu différentes des maisons palestiniennes, mais le résultat est le même…

 

La frontière du Sud Liban n’est pas loin. Ici et là, nous découvrons le long de la route, des pièces d’artillerie abandonnées, canons pointés vers la plaine en contre-bas. La vue est magnifique. Les lacets, les collines et les vallées sont magiques ! Maher, imperturbable et souriant, pousse son mini-bus toujours plus loin sur ces routes superbes. Tout est calme et seul le bruit de notre véhicule vient troubler la paix environnante.

 

Enfin, nous atteignons les contreforts de Majdal Shams. Les rues sont très raides. Le village est accroché aux flancs du Golan. Maher le traverse par ses ruelles escarpées et s’arrête à la sortie. Il pointe du doigt le passage avec la Syrie : à environ 300 m. dans la montagne, un poste de contrôle désert. A l’occasion, les familles situées de ce côté de la frontière vont à la rencontre des leurs, vivant de l’autre côté, pour se crier les nouvelles comme ça, de loin…

 

Ensuite, Maher nous emmène au Centre Hospitalier du village. Nous y sommes reçus par son Directeur, le Docteur Taiseer Maray. Nous nous serrons dans son petit bureau, où il nous donne des explications précieuses sur cette partie du territoire dont peu de médias se font l’écho :

– …depuis ’48 les Israéliens n’ont eu de cesse d’étendre leur domination sur la région.  Ils ont envahi de plus en plus de territoires. A ce jour, ils occupent 1.200 km² de terres syriennes. Sur la route, vous avez vu quelques vestiges des villages conquis. Il y en avait plus de 130 dans le Golan. En ’67, les forces israéliennes les ont détruits pour la plupart. Aujourd’hui, il n’en reste que 6 ! La technique est décrite par Moshe Dayan lui-même : les chars avançaient en territoire syrien pour y provoquer une réaction. Dès que les coups de feu de la résistance commençaient, les chars chassaient les habitants des villages, et le terrain conquis le restait…

 

A entendre la description de cette technique, rien n’a changé : les colons continuent à faire de même. Ils provoquent les Palestiniens jusqu’au moment où ceux-ci réagissent, et ensuite, appellent l’armée en renfort pour être ‘protégés’ de l’agression de ces terroristes arabes.

 

Taiseer continue :

– …à l’époque, il y avait à peu près 130.000 habitants dans les villages. Après le coup de force de l’armée israélienne, il n’en est resté qu’environ 6.000, les autres ayant fui vers Damas. Depuis, ils sont environ 18.000 dans ces six villages, et plus de 30 colonies se sont installées dans les places laissées vides, peuplées d’environ 18.000 colons…

 

Au-delà de sa fonction de médecin, Taiseer Maray s’occupe de différents projets de développement dans les secteurs de l’agriculture et de l’éducation. Par ce biais, il est en contact régulier avec les Palestiniens et les soutient par différents canaux. Il nous informe de la problématique de l’eau, enjeu majeur pour la contrée :

– …les fleuves Tigre et Euphrate qui prennent leurs sources en Turquie, sont de véritables réservoirs pour la région. De même, on peut dire que le Golan est considéré comme un château d’eau.

Depuis toujours, il y a des pénuries à certaines périodes de l’année.

Tous les ans, les hauteurs du Golan sont enneigées.

Les habitants de la région qui connaissaient ce phénomène avaient construit d’énormes réservoirs qui captaient les eaux de pluie et de ruissellement, pour les périodes de sécheresse prolongée.

Mais une loi de la Knesset les a interdits.

Il faut dorénavant une kyrielle d’autorisations et de documents administratifs pour pouvoir en construire de nouveaux. Le comble étant les taxes prohibitives qui grèvent ces citernes, vu que l’eau tombe du ciel sur la terre… d’Israël ! Partout, son captage est l’objet de tension entre parties.

Environ un tiers de la consommation d’eau en Israël provient du Golan. Israël, conscient des enjeux, a la main mise sur sa gestion et sa distribution.

Toute la politique d’occupation en est imprégnée.

Ils en contrôlent environ 90% que ce soit ici, dans la Bande de Gaza ou en Cisjordanie.

Il semble même que des travaux de pompage très sophistiqués leur permettent de capter l’eau de nappes phréatiques situées en territoire jordanien…

 

Précieux compléments d’informations ! Taiseer illustre ses propos à l’aide de graphiques et de chiffres tirés de son ordinateur. Puis, il aborde d’autres aspects de la colonisation :

– …depuis plus de 20 ans, Israël s’est efforcé de convaincre les populations du Golan d’accepter la citoyenneté israélienne. Les soldats faisaient du porte à porte pour en persuader les habitants. A l’époque, ils avaient imposé un couvre-feu de 6 mois, et arrivaient avec des documents préparés où il suffisait d’apposer sa signature pour devenir citoyen israélien. Peu de Syriens acceptèrent, et ils furent pris en grippe par les autres qui avaient résisté.

 

Aujourd’hui, ils sont plusieurs centaines à redemander leur citoyenneté syrienne… Par ailleurs, Israël nous a imposé son système, dès ’67. Nos élèves sont obligés d’apprendre l’hébreu, la religion juive, la géographie et l’histoire d’Israël. Nos propres enseignants ne peuvent donner de cours universitaires, de peur ‘d’inoculer’ les valeurs syriennes dans la tête des étudiants. Ce sont des professeurs israéliens qui sont en charge…

 

Cela balance le refrain des représentants israéliens qui assènent à longueur d’ondes, que l’enseignement palestinien est tendancieux. Si c’est le cas, il n’est pas le seul semble-t-il :

– …tout cela nous conduit à dire qu’Israël n’est pas tellement soucieux de la paix. Ce que veut Israël, c’est une domination sur les territoires conquis. C’est une paix qui ne serait qu’un calme pour mieux contrôler ce qu’ils ont volé à d’autres. Il faut ajouter que, tant qu’Israël voudra faire de son pays un Etat religieux, ce sera incompatible avec un Etat démocratique. Si le but ultime est de créer un Etat juif, les problèmes se succéderont les uns aux autres… A terme, une guerre avec la Syrie semble inévitable…

 

Incontournable, à ce stade de son intervention, Taiseer nous dit :

– … les Américains qui veulent à tout prix s’ériger en gendarme du monde, sous prétexte d’imposer ‘leur’ démocratie partout, sont surtout intéressés au maintien de leur domination par la force militaire, thèse intégrée par Israël. Il faut bien se rendre compte que ce ne sont pas les pays riches qui aident les pays pauvres, mais que ce sont ces derniers qui fournissent l’essentiel de leur bien-être aux premiers…

 

Enfin, si l’Histoire nous démontre que tôt ou tard, toute occupation militaire se termine, Israël devrait profiter de sa supériorité militaire pour conclure un processus de paix, tant qu’il est dans une position de force.

Car l’Histoire nous apprend aussi que, toute puissance est renversée un jour…

Nous en resterons-là avec Taiseer Maray. Son exposé nous a donné un autre angle de vue de la situation dans le pays. Au moment de se quitter, il nous dit, l’air entendu :

–  …ce sont les ténèbres maintenant, ce qui veut dire que l’aube approche… »

Daniel Vanhove

18.07.18

 

(1) ‘Si vous détruisez nos maisons, vous ne détruirez pas nos âmes’– 2004 – Ed.M.Pietteur – Extraits



29/07/2018

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