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Batchikov. La Pauvreté comme Moyen d’Asservissement politique.

Texte de Sergueï Anatolevitch Batchikov, économiste, homme politique et entrepreneur, membre permanent du Club d’Izborsk, publié sur le blogue du Club d’Izborsk le 26 juin 2015.

Il décode brièvement mais de façon nette et intelligible la différence entre les conceptions de la justice qui prévalent respectivement dans le Monde Russe et en Occident.

Batchikov

De plus en plus souvent, résonne dans différents pays du monde le mots «justice», exprimant l’exigence d’observer ce principe, adressée par les peuples à leur dirigeants. Alexandre Prokhanov considère que les points chauds sur la carte du monde représentent les endroits où la justice est foulée aux pieds.(…)

Les innombrables travaux philosophiques ne sont pas en mesure de fournir une réponse universelle à la question de la justice. Le concept de justice est inextricablement lié aux archétypes de la pensée des peuples et diffère d’une culture à l’autre et d’un peuple à l’autre. Ainsi, si dans les pays occidentaux, la commission prélevée par les banques est considérée comme juste, dans les pays islamiques une telle  pratique est appelée usure et est inacceptable précisément à cause de sa dimension injuste.

Si dans la tradition occidentale, la conception de la justice fait surtout référence à la loi (ce qui est légal est juste), dans la civilisation russe-orthodoxe, depuis des siècles, la justice est considérée comme supérieure à toute loi. Pour la civilisation occidentale, c’est la liberté qui constitue la valeur suprême, dans son acception individualiste et libérale, et la justice y occupe dès lors une place secondaire.

 

Pour la civilisation russe-orthodoxe, la justice passe avant tout; et à son profit, certaines libertés peuvent être limitées. Les développements de l’économie de marché ont engendré dans les pays occidentaux des États caractérisés par un degré élevé d’injustice qui utilisèrent consciemment et intentionnellement la famine et la pauvreté comme des moyens d’asservissement politique. A l’époque de la Réforme protestante, en Occident, la pauvreté devint synonyme de rejet («les pauvres ne plaisent pas à Dieu». A la différence de la vision orthodoxe selon laquelle «les pauvres sont proches de Dieu»).


Dans la société bourgeoise, la pauvreté n’est pas causée par un manque de biens matériels; elle est un mécanisme social créé intentionnellement et rationnellement. Amartya Sen, qui fut décoré du prix Nobel pour son œuvre sur l’économie politique de la faim a montré que la pauvreté n’est pas déterminée par la quantité de marchandises (ou plus largement, de biens) mais par les possibilités, socialement déterminées, qu’ont les personnes d’accéder à ces biens. Dans la réalité sociale, même celle des pays riches d’Occident, la pauvreté est un élément obligatoire («la pauvreté structurelle»).


La philosophie russe orthodoxe, les institutions culturelles traditionnelles qui en sont issues, et ensuite les fondements philosophiques du régime soviétique, provenant du communisme de la communauté paysanne, se réfèrent à un principe fondamentalement autre : la pauvreté est le prolongement de l’injustice, elle est donc le mal. Les économistes et philosophes russes du début du XXe siècle montrèrent qu’en grande partie, les décisions économiques sont des décisions morales, que le bénéfice inique détruit l’enrichissement et que les investissements dans des affaires bonnes tôt ou tard s’avéreront fructueux.
Source.



29/06/2015

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