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Bouddhisme tibétain et servage - Histoire criminelle religieuse du Tibet

 

 
 
 
30 août 2016

A propos du moine-serf sans droit.
 
L'institution religieuse (séculière ou monastique) engendre-t'elle une forme de mise en esclavage religieux sans que le sujet ait jamais droit à la croyance, à la maîtrise et à son exercice ?
Cette question concernera les cinq écoles des Lois (maha-vajrayana ésotérique) et apparentées du Tibet, l'orthodoxie bouddhiste des rituels, des codifications et des institutions d'Etat (notes et commentaires 3, 4 ). Cette question concernera également le bouddhisme hors les institutions. Dans les deux cas, elle trouvera sa parfaite expression dans la loi de l'immoralité de Padmasambhava (guru rimpoche), dictateur spirituel. 

 
"Le système de servage féodal au Tibet" a été composé par tibétologue chinois Yuan Sha. 
Ce livre est disponible au Centre d'Etudes Himalayennes du C.N.R.S (CEH), Villejuif. Cet ouvrage analyse le système politique et économique de l'ancien Tibet et le statut sociopolitique de la majorité des tibétains des premiers rois du Tibet à nos jours. 
Il est certain que si la définition de l"esclavage dans les sociétés traditionnelles est claire, elle ne l'est pas pour ce qui relève de la mise en esclavage religieux et de la servitude volontaire religieuse pour dette au Tibet.
 
Les tibétologues David Snellgrove et Richardson ne contredisent pas l'anthropologie de M.C.Goldstein sur la question des intrigues militaires, économiques et politiques autour des renaissances sacrées, des confiscations de domaines et du servage. Ces trois pôles (renaissances, confiscations et servage) seraient bien trois supports du despotisme féodal religieux auTibet depuis le VIIIème siècle. 
La fusion de tous les pouvoirs par la maîtrise des naissances, des confiscations, du servage, autorisera même une forme particulière de châtiments religieux.
Padma dictera le comportement des maîtres du droit, des seigneurs et des religieux, et laissera une somme de ses comportements semblable à la somme des comportements de Mohammed ou -hadith- somme des paroles, des actes et du comportement du prophète, dictateur spirituel.
Les chatiments religieux concernent le corps, nous le verrons plus loin et l'esprit. L'esprit de l'insoumis est condamné aux enfers des suppliciés ou aux mondes des renaissances inférieures, ceux des animaux et des esprits avides, pour jugement personnel, insubordination, révolte ou agression. 
Certaines formes d'insubordination autorisent l'assassinat religieux (libération de l'esprit ou transfert de la conscience) sans jugement ou avec jugement. Les soulèvements, les outrages aux religieux de haut rang ou les atteintes à la sureté de l'Etat bouddhiste (ou à son personnel) conduisent à la mutilation, à la flagellation, à l'esclavage pénal, à la déportation ou à la peine de mort. 

Selon l'anthropologie du système de servage féodal au Tibet avant 1959 ou la tibétologie générale, les rois pré-bouddhiques du Tibet, du roi Gnya-khri Btsanpo "roi porté sur les épaules" au roi Songtsan Gambo "roi de la tribu Bote", ne parviennent pas à établir un Etat stable. Ils chercheront cependant à subordonner les concurrents économiques potentiels (rois, princes, seigneurs) et les potentats locaux engagés dans des guerres sans fin pour le contrôle du servage et l'extension des domaines. 
L'un d'entre eux fera appel à un maître de "politia", célèbre pour avoir soumis de nombreuses communautés, initialement guerrières, violentes et ignorantes : Padmasambhava, "guru et mage" et dont les mystères seront connus du Pakistan, de l'Afghanistan, de l'Iran, de la Chine et de l'Inde. Ce dernier instaurera une police religieuse (organisation politique et gouvernementale) et juridictionnelle (elle a le pouvoir d'exercer la justice), relevant d'une loi unique. Le dispositif religieux commandera la soumission du roi et des ministres, condition requise pour découvrir le principe actif ou l'efficace de la loi nouvelle. Padma prendra le contrôle du trône, du roi, de quelques ministres mais pas du royaume. La loi ne pourra être imposée à tous les rois et princes régionaux. 
Une partie de sa vie sera consacrée à la transmission de sa maîtrise totalitaire et à la formation de disciples hors normes. Ses enseignements basés sur une apologétique de l'offrande et de la dévotion au guru proviendront de nombreux maîtres errants, ascètes des charniers, pèlerins mendiants, magiciens indiens, chinois, "pakistanais" et "afghans". Sa façon (institutionnelle, guerrière, individuelle et non conventionnelle d'acquisition de la maîtrise) sera son dit et son comportement. 
Laïc et marié à aux moins cinq épouses majeures, ses pratiques tantriques - l'amour tantrique en tant que technique d'accomplissement spirituel - seront interprétées de bien des façons tant par les non croyants et les institutions.
Elles permettront, à tout le moins, aux violents et aux illettrés, d'obtenir une voie gratuite et simple.Toutefois si la geste de Padma conduisit à de nombreuses épopées spirituelles "guerrières", internes et secrètes (semblables, en cela, au "jihad non manifesté" des maîtres soufis, des hérétiques chiites ou â la quête de l'Imam secret, non manifesté, hors norme et hors institutions).
Elles s'opposeront, toutefois, au très vieux fond social (au karma) des familles aristocratiques rivales qui ont déjà entéré 33 rois avec leurs esclaves vivants. Le bouddhisme n'évitera pas l'institutionnalisation du totalitarisme.

Une forme d' opposition à la tyrannie religieuse familiale et étatique se manifestera lors des campagnes des saints progressistes laïcs pour l'abolition du régime des dettes héréditaires et du travail obligatoire gratuit. La résistance, réactionnaire, systématique, à la volonté abolitionniste des hérétiques, sera l'oeuvre des familles traditionnelles Yab-shi, six familles apparentées aux Dalaï Lama (les Dalaï Lama eux-mêmes seront opposés à la cessation des servitudes et du servage tout comme, du reste, leurs rivaux, les régents gelugpa et les familles religieuses ennemies karmapa, nyingmapa, sakyapa, kagyupa). 
Notons encore parmi les familles laïques opposées à l'abolition du servage, les familles Dé-bon, quatre familles descendantes des premiers rois tibétains esclavagites pré-bouddhiques des tribus Bote et Tubo, et les familles Mi-dra, quinze familles s'étant illustrées dans les tâches du gouvernement. 
Il faudra attendre l'invasion chinoise pour que l'abolition du servage (1952), l'abolition des dettes héréditaires et l'abolition du régime spécial des corvées privées et publiques Wula, soient imposées. 

Un moine tantrique selon la tradition de Padmasambhava n'est pas, par vocation et donc par définition, un esclavagiste ou un usurier, à moins qu'il ne soit un maître immoral ou un adepte de l'immoralité, comme il nous été donné de le comprendre au Sikkim et en Inde. 
S'il n'est un maître de l'immoralité (qui nécessite des qualités religieuses d'exception ou historiques, Padma sera l'un d'entre eux), il peut, dans le contexte de la délinquance, devenir un déviant sexuel, un faux-maître ou un imposteur, un voleur, un fou (la psychiatrie tantrique recense pas moins de 18 cas de psychose fonctionnelle conduisant à l'état de faux maître enseignant), un maître-chanteur doté de pouvoirs ou un criminel. 
Les professionnels du tantrisme ne peuvent pas, spontanément, faire la différence entre le saint et l'assassin. 
Les deux utiliseront les mêmes moyens délinquants, les mêmes déviances. N'oublions pas que les pouvoirs de sujétion seront réels dans le contexte de la croyance. 
De nombreux "tantric priests" pour reprendre l'expression de R.R. French, dévieront de la voie sainte sur l'une des multiples voies de la délinquance religieuse répréhensible. 
Les délinquants religieux pratiquent, comme les non délinquants, les mantras (se sont des mantrikas délinquants) ou une classe particulière de tantra (se sont des tantrikas délinquants). L'on peut donc être saint tantrika, saint mantrika ou criminel tantrique. La constante apologétique tibétaine de la soumission absolue au maître doté de tous les pouvoirs conduira probablement de nombreux maîtres, hommes et femmes, à se doter d'un pouvoir personnel de sujetion par des moyens inédits issus d'authentiques tantras ou mantras. 

Nous pouvons dire d'une façon générale que les techniques d'accomplissement à partir de textes tantra ou de textes soutra sont une chose et que les pouvoirs en sont une autre. Les techniques d'accomplissement sont liées aux actes vertueux, à la conscience religieuse et à l'accomplissement religieux désintéressé. Le désintérêt est impossible sans éthique et sans morale. 
Les pouvoirs (siddhi) ne peuvent être obtenus que si on les demande (aux maîtres) que si on les cherche. Ils relèvent d'une démarche particulière qui ne relève pas, selon nous, de l'esprit religieux. 
On obtient les "pratiques cachées" en offrant de l'argent, de l'or, des pierres précieuses, des statues, à des lamas ordinaires, à des sorciers, à des moines ou à des lamas-tulku réputés y compris ceux de très haut rang. Les pouvoirs procèdent de la récitation incantatoire de noms de divinités (qui conduiront à leurs activités phénoménale illusoires) ou de la récitation de mantras spéciaux. Les pouvoirs (une maîtrise ?) dans un contexte de concurrence politique institutionnelle seront une source de déviances criminelles, d'illusions et de souffrances populaires. Disons par ailleurs qu'il n'est réellement pas nécessaire d'être un saint pour "avoir des pouvoirs magiques" et plus encore pour s'en passer.
Les "pouvoirs" (y compris institutionnels) n'offriront pas la conscience religieuse des actes, des paroles ou des pensées. Il sera même certifié qu'ils stimuleront l'appétit de domination, côté pouvoir et la superstition, côté peuple. Le peuple ignorant sera la victime consensuelle de tous les délits. 
Toutefois, si les pouvoirs n'existaient pas l'histoire criminelle religieuse tibétaine serait réduite à celle du vagabondage et l'histoire du yoga à celle de la gymnastique respiratoire. "Le monde est notre propre esprit, dit le yogi professionnel. Celui qui maîtrise son esprit maîtrise les phénomènes et donc le monde" (voir notre critique des pouvoirs et du secret religieux et nos notes sur les techniques traditionnelles de sujétion -la télésujetion, le pouvoir politique et la décriminalisation de la sorcellerie en France au XIXème siècle"). 

Quoiqu'il en soit, l'histoire criminelle religieuse du Tibet est le reflet de l'exercice politique par les pouvoirs religieux liés à la connaissance et à la pratique de la magie, du tantra et du mantra. Ceci sera confirmé par French (traductrice et ethnographe juridique des codes d'Etat tibétains) dans le code de 1650, code proprement dit des Dalaï Lama. 
"Le délit de manipulation mentale par l'usage des mantras" est pénalement codifié et condamné au plus haut niveau de l'appareil juridictionnel. La condamnation de ce délit relève également du gouvernement central et du chef de l'Etat. Le "tantric priest" peut être malgré tout, selon les circonstances, un saint au service de la réligion d'Etat et du pouvoir judiciaire. 

Le "Golden Yoke" ou le "Joug Flamboyant" de Rebecca Redwood French, chercheur à l'université de Yale, recense de nombreux cas d'agressions "avec mantra" causant des blessures graves ou causant la mort (biblio 22). 
Les adeptes du maha-vajrayana utilisant le mantra comme moyen d'agression sont des moines mantrika et tantrika, sorciers, jeteurs de sorts. Un extrait du code de 1650 dit ceci (dans sa traduction anglaise) :

"Following a list of the big crime done during times of peace which includes killing lama, killing headman, robbing monk, stealing from king's storehouse, disgracing officials, giving poison, causing injury through mantra, killing relative... using dangerous weapons, attacking officials, and revolting against the government, this is the section on serious crime in the 1650 Code. Following physical punishments : take out the eyes, cut off Achille tendon, cut off the tongue, the hands, throw the criminal from high mountain or into the river, execute the death sentence...". 

Le crime de magie, d'envoûtement ou de sorcellerie, par l'usage des mantras (formules traditionnellement sacrées, concises et rituelles, issues de l'absorption profonde, samadhi, révélées et attribuées aux tathagatha ou aux bouddha non manifestés (qui ne sont pas et ne peuvent être des dieux) est souvent lié à l'usage du pouvoir personnel, politique et religieux ou à la spéculation économique. 
La course au statut de fonctionnaire au sein de l'appareil d'Etat théocratique par les trois types de familles aristocratiques dites "de pleine puissance" (auxquelles s'ajoutent les 175 familles Gyu-ma, ruinées et dépossédées de leurs domaines), est un contre-effet familial stratégique dû aux confiscations abusives des domaines par l'Etat. L'on cherche une position bureaucratique influente pour contrecarrer les mesures administratives prises par tel ou tel "maître" ou chef au sommet.
Ceci est attesté dans "Circulation of estates in Tibet : reincarnation, land and politics" de M.C. Goldstein. Il est par ailleurs de notoriété publique que de nombreux "jeteurs de sorts", "tantric priest-loués" et "sorciers noirs", auront été payés pour la "protection" des domaines, des familles, des héritiers ou pour une action criminelle proprement dite. 

Le cas n°32 recensé par French dans le "Golden Yoke" fait état d'un lama-tulku, abbé de monastère, jetant un "black magic charm" sur la personne du XIIIème Dalaï Lama (1873/1933). Ce dernier, disent les annales, tomba subitement gravement malade et fut très vite sur le point de mourrir. L'enquête policiaire menée par le chef de la police du palais étant inefficace, l'on eut recourt à l'activité médiumnique de l'oracle d'Etat. 
Ce dernier localisa par un Mo ou une divination, le monastère et le maître-lama criminel. Ce cas semble célèbre en criminologie religieuse tibétaine. Ajoutons ici que le sort réservé â ceux qui attentent à la sureté de l'Etat, aux chefs de l'Etat ou qui trahissent l'Etat bouddhiste est la déportation (y compris familiale) dans un lieu d'exil tel que Lhunrtze-rdzong où seront mis en application l'esclavage pénal, le travail forcé à perpétuité. 
La peine de mort par la "chute forcée" du haut d'une montagne ou dans la fosse aux scorpions de Snang-rtse-shag (l'ancien gouvernement municipal de Lhassa) est également le lot du traitre à l'Etat-bouddha. 
Les annales judiciaires reconnues (comme les enseignements) montrent que de nombreux dignitaires des lignées traditionnelles, d'ascètes ou d'abbés, ont été des déviants criminels : saints ou assassins ou saints et assassins. Disons enfin que le "tantric priest" ou le moine tantrique, qui peut être un simple laïc non rasé, sans robe ni fonction, paradoxe de la justice tibétaine, est parfois reconnu utile à l'enquête judiciaire pour les affaires difficiles. 
Il est confirmé, par ailleurs, en tant qu'un exemple de déviance criminelle religieuse, que le tantric priest ayant contribué à une enquête judiciaire peut parfois outrepasser les limites de la procédure pénale ou du jugement légal pour exécuter "tantriquement" un chàtiment" (French). 

 
Pasang, lama pauvre, démonisé et criminalisé sous l'ancien régime, frappé, humilié et rendu infirme. 

Cet aspect de la réalité religieuse, judiciaire et criminelle, celle de la pénalisation extrême de la misère et de la souffrance au Tibet ( "tolérance zéro" du bouddhisme maha-vajrayana se caractérisant par un exceptionnel attachement à la dette karmique), est systématiquement nié par les lamas que nous avons connu en tant que laïc et en tant que moine, en France comme en Inde:
(1) Isère, Lama Teunzang, véritable marieur et "démarieur" d'intérêts (d'hommes et de femmes), militariste, capitaliste, anti-communiste primaire, passablement escroc, affiche son admiration pour les batisseurs nazis du IIIème Reich et la monarchie absolue.
(2) Provence, Lama Tubten, lama Kandro rimpoche, militaristes, passablement escrocs, racistes, monarchistes, anti-communistes primaires et capitalistes, n'hésitent pas à marier et à divorcer hommes et femmes (la plus part des couples se déchirent), rentiers et retraités, à dénoncer les démunis et les communistes. Ils entretiendront de nombreuses relations avec des fonctionnaires de police -actifs et retraités- en échange de services. Trente ans de mensonges municipaux, de transferts illégaux de capitaux, de détournements de Revenus Minimums d'Insertion (RM en fait), de captations d'héritages,.... 
(3) Bost-Auvergne, Lama Gendun, anti-communiste primaire, militariste, monarchiste, marieur et démarieur d'intérêts karmapa-kagyu, capitaliste et résolument anti-tiers mondiste, aura cultivé de son vivant le mythe autoritaire, racial et blanc, d'une ère bouddhique nouvelle européenne, "élitiste et invincible" ainsi que le mythe du "Reich Karmapa", paroles en l'air ?...
(4) Dordorgne, Lamas Wangyal, Kyentsé, Trulchik, marieurs et démarieurs capitalistes, anti-communistes primaires, militaristes, monarchistes, anti-tiers-mondistes et élitistes, exhibent régulièrement leurs pauvres (quotas de moralité oblige) et leurs titres royaux en oubliant le devoir imprimé de la future constitution tibétaine de 1961/1963/1992 d'abroger les privilèges et les titres, clef de voute de la future constitution du "Tibet libéré". 

Ces despotes (qui n'hésiteront pas à menacer de mort les insoumis) se nourriront du faste: 
-des Karmapa (considérés par les dévots ultra-droites et monarchistes comme les roi des rois), 
-des Kyentsé (Kyentsé Norbu se présumera père de bouddha Shakyamuni et pharaon d'Egypte...il ne dépensera pas moins de 2000 $ par jour durant ses déplacements), 
-des Dudjom (D.R. réincarnation de Padmasambhava, sa fortune permettra à ses héritières d'être les vedettes des nuits new-yorkaises), 
-des Taklung ( Wangyal lama, héritier violent du yogi Milarépa; Wangyal & frères, réincarnés très sagas, gardiens de "dakinis" -partenaires tantriques lubriques- se sont spécialisés dans le "business as usual".
Ces familles ultra-traditionnalistes consacreront beaucoup de temps et d'argent au lobbying international afin de figurer aux meilleurs places dans les guides du Rotary, des Lion's, du Who's Who des familles aristocratiques, dans les catalogues du musée Guimet ou de Sotheby (comme si cela relevait d'une obligation morale). 
Entourés de nombreux "french lama" ultra-droites (y compris de business-lama élus au parlement tibétain), ces rois régionaux "restaurés" par la république attacheront beaucoup d'importance à préserver dans le contexte biocratique et eugéniste qui est le leur la vieille tradition de l'usure, des prêts illégaux, de la fuite des capitaux, de l'or fondu pour échapper au fisc non sans la complicité de vielles familles françaises, de haut-fonctionnaires du ministère de l'intérieur (douanes), des armées (gendarmerie), des affaires étrangères, de quelques députés français et européens et de nombreux élus locaux.

(5) Inde, famille Mindröling, militariste, monarchiste absolutiste (très saga) , capitaliste, anti-tiers-mondiste et anti-communiste primaire, n'hésite pas à vendre des titres de noblesse et des "actes (?) de réincarnés", à dénigrer le bouddhisme populaire indien, chinois ou japonais et à calomnier (en Inde et en occident) ceux qui en relèvent. 
Cette famille mondaine ultra-ritualiste et eugéniste (historiquement liée aux services des rites des Dalaï Lama et des Karmapa) certifie que "le capitalisme est bien une source de mérites religieux" pour l'acquisition d'un enseignement, d'un mantra ou d'un yoga. 
Les moines Mindröling (mocassins de cuir, chaussettes de soie, robes et chemises neuves pour le travail.... walk man, ray ban, bagues, perfectos, blue jeans 501 pour les déplacements et Harley Davidson garanties pour les tulkus toxicos et alcooliques répudiés) exhiberont des "dharma bags" dessinés d'après un célèbre modèle de sacs à mains de Tiffany & Co...
L'héritière Mindroling, lama Kandro rimpoche, n'hésitera pas non plus (imagination politique et folie des grandeurs d'une dakini institutionnelle) à prétendre en Inde, aux USA, au Canada, en France, avoir été la Vierge Marie 2000 ans plus tôt..."pour sauver le monde de la misère, de l’égoïsme,de l'ignorance et de la cruauté"::: 

 
Pasteur Tuito, mutilé d'un pied par son maître, démonisé et criminalisé par les codes royaux, les enseignements, le langage des maîtres

 
Goinqog Zholma, invalide à 69 ans, aura vécu les plus atroces souffrances sous le système de servage tibétain, démonisée, discriminée (nangzen) et criminalisée par le langage des maîtres

 
Instrument de supplice destiné à pincer/écraser les doigts, occulté par les maîtres bouddhistes de la voie royale et enseveli par la décriminalisation universitaire, politique et religieuse, de l'histoire bouddhiste tibétaine

Choix militant de photos d'archive sur cinq, ordre : n° 1, 3, 2, Yuan Sha, tibétologue Chinois, 1950, disponibles au Centre d'Etudes Himalayennes, CNRS, Villejuif
 
M.C. Goldstein note qu'une source traditionnelle de délinquance au Tibet est imputable aux monastères et au gouvernement. 
Les monastères, les gouverneurs provinciaux et le gouvernement central Kashag sont les plus importants usuriers ou prêteurs sur gage (moneylenders) du pays. Les Dalaï lama ainsi que leurs familles n'hésiteront pas à pratiquer l'usure (Yuan Sha). Le livre des comptes établi en 1950 par le Tsecha Lekhung, organisme tibétain chargé de la gestion des biens privés des Dalaï Lama, montre que le montant des prêts usuraires illicites accordés par le Dalaï Lama atteignait 3,038,581 taëls d'argent tibétain et les intérêts annuels, 303,858 taëls d'argent. L'histoire critique du prêt usuraire au Tibet et les livres de compte nous montrent que 10% des recettes annuelles du gouvernement ou Kahsag proviennent des seuls intérêts illicites de l'usure. 

Goldstein, Petech et Yuan Sha affirmeront que si les monastères sont touchés par la confiscation pénale (des domaines, des biens, des monastères eux-mêmes) pour "fautes graves", c'est essentiellement pour des raisons politiques, fiscales, économiques, des trahisons envers l'Etat. 
C'est le cas en 1895 de Demo III Rimpoche, régent (religieux) de l'Etat de 1886 à 1895 (considéré comme un bouddha ou un dieu vivant, à l'égal d'un Dalaï Lama ou d'un Panchen Lama), successeur de Kundelling II régent de 1875 à 1886 à la mort du XIIème Dalaï Lama âgé de 19 ans (1856/1875) et de son frère, accusés de tentative d'assassinat du XIIIème Dalai Lama. Ils seront emprisonnés à vie (?) et leurs domaines confisqués. 

En 1948, le Régent Reting II (qui régna de 1934 à 1941) sera emprisonné pour avoir tenté d'assassiner son rival politique et religieux Takra (Régent de 1941 à 1950). Il est assassiné dans sa cellule. L'on confisquera ses domaines, les monastères familiaux qui s'y trouvaient et les monastères alliés. Les différents politiques opposant les groupes de parentés monastiques occasionnent la confiscation de leurs biens par l'Etat, par les Régents et par les hauts fonctionnaires du Tsekhang, l'office des comptes chargé des finances, des affaires des fonctionnaires et des aristocrates, de la promulgation des lois et des décrets, de la réception des déclarations de l'étendue des domaines et du nombre de serfs. 
La ligne de démarcation entre fortune personnelle et comptabilité publique n'est guère lisible; l'appareil d'Etat étant devenu un outil privé pour s'enrichir. Regents, aristocrates, moines-fonctionnaires et Dalaï Lama, ont à charge cette réputation populaire régulièrement confirmée par les enquêtes anthropologiques et ethnographiques juridiques (Goldstein, Peter, French, Sha, etc...). 

Il est ici utile d'observer les données géographiques révélées par M.C. Goldstein, Pedro Carrasco, Yuan Sha, trois sources différentes, américaines et chinoises, sur une même période 1917-1959. 
42% de la superficie totale du Tibet (1,2millions km2 pour une population de 1,7millions en 1957) sont la propriété privée des monastères (512 820 km2), 37% du gouvernement (451 770 km2) et 21% des familles aristocratiques (256 410 km2). 
Les Trois Seigneurs représentent moins de 9% de la population nationale et la surface cultivée globale du Tibet sur laquelle est concentrée l'aire de servage ou du travail obligatoire pour dette et le reste de la population, moins les nomades et les vagabonds, n'excède pas 224 000 ha, 2240 km2. 

Les données et les faits comparés nous conduisent à nous demander, une fois encore, à quel Tibet font finalement allusion (et nous le verrons tout le long de notre introduction critique), le XIVème Dalaï Lama, les 200 familles aristocratiques en exil, les moines-abbés, les chefs de lignées laïques, les rois et leurs héritiers, l'opinion publique et les chefs d'Etat occidentaux quand la question de la "souveraineté territoriale" du Tibet est évoquée ? 
A ce niveau de la légitimité du droit de la propriété ne conviendrait-il pas d'évoquer aussi les droits légitimes de l'homme et les droits religieux de l'homme au Tibet avant 1959 ? 
Dans quelle mesure l'occident n'encourage pas insidieusement, sous le feu hypnotique du débat juridique international sur la souveraineté territoriale des Etats et du droit de l'homme, les souhaits de restauration de la très inégalitaire et très féodale société tibétaine ? Nous savons aujourd'hui que les élites religieuses tibétaines en exil se contrefichent de respecter l'esprit des lois et les lois de la république et plus encore les projets constitutionnels pour un Tibet libéré.

Cette tradition du conflit, qui n'a réellement rien de spirituelle, "fut et est" célébrée régulièrement par les familles historiques Yabshi, Dé-bon, Mi-dra, les 175 familles Gyu-ma (ruinées) de la nomenklatura tibétaine post-padmasambhavienne. 
Ces cent soixante quinze ajoutés aux vingt cinq autres, font, selon les relevés réalisés à Kalimpong par Prince Peter (1954), 200 à 205 familles historiques (y compris celles du Panchen Lama - second pontife de l'Etat et jumeau en titre du Dalaï Lama, ce dernier régnant statutairement sur l'ouest tibétain et le premier sur l'est) spéculant sans partage "pour/contre" les deux autres forces corruptives que sont le gouvernement et les monastères. 
Une présentation diachronique et judiciaire du religieux tibetain, libérée du synchronisme évènementiel hypnotique, permettrait de décaler efficacement la course effrénée des écoles orthodoxes pour le pouvoir politique d'avec les lois et de faire jaillir la criminalité bouddhiste cachée.
Le synchronisme dissimule les dérives doctrinales et les délits à l'echelle des collectivités locales laïques et des communautés monastiques, toujours prêtes, selon l'efficace du lobbying familial, à une percée politique régionale ou nationale (aujourd'hui internationale). 
Cette habile confusion entretenue par le culte surmédiatisé du martyre et des renaissances des rois n'a cependant pas réussi à masquer la criminalité fruit de la quête du profit, de la gloire et du pouvoir au détriment de la sévérité de l'ascèse physique et spirituelle, du désintérêt monétaire et familial, que commande la doctrine. 

Notons maintenant que la théologie padmasambhavienne relève de moyens résolument immoraux. 
Ce fait est d'importance car il se traduit en terme d'histoire politique et de droit par l'usurpation du trône et la destruction des normes juridiques et religieuses anciennes.
Le maître tibétain du maha-vajrayana est inconoclaste, imprévisible, parfois activiste sexuel fougueux (les longs développements testamentaires érotiques du yogi Drukpa Kunlé, XVIème siècle, ou de Yeshé Tsogyal, première élève-épouse de Padma, sur l'art de la fellation et de l'ébat amoureux, en témoignent), profanateur des normes sociales, magicien et surtout assassin religieux. 
Si le servage tibétain est par contre antérieur à cette manifestation, son institutionnalisation religieuse est postérieure à Padmasambhava. L'institutionnalisation de la bureaucratie religieuse, l'organisation économique concurrentielle, l'organisation du système juridique, paraissent bien un support efficace de la servitude pour dette. Ceci pourrait illustrer, par ailleurs, l'hypothèse du socio-anthropologue Alain Testart sur les origines des royaumes et des Etats, hypothèse que nous appréhenderons plus loin. 

Le comportement de Padmasambhava, durant sa vie de dictateur spirituel et de maître de la loi sainte et immorale, est à mettre en valeur. Il s'agit de "l'agir/loi à l'immitation du maître". 
L'"agir" selon le dict du dictateur spirituel, dans le contexte socio-religieux post-padmasambhavien, consistera bel et bien à prendre, à posséder sans droit ou à usurper (et à transmettre aux "disciples authentiques" le goût pour le délit religieux sous le label de l'infinie compassion du maître, ce que bien sur par choix libre et éclairé nous ne cautionnerons jamais). 
Nous pensons que cette prise violente ne peut remplacer le "croire, son cheminement laborieux et ses conséquences sociales spécifiques", à tout le moins longtemps. L'institution bouddhique du maha-vrajayana a cherché sa voie par le politique et le "guerrier violent et voleur". 
Le Tibet voudrait rendre le "miracle" shakyamunien, résolument gratuit et non violent, ici, possible, comme s'il pouvait relever d'une technique de subjugation globale non limitée à la structure, sociale, économique, politique d'un Etat (l'exil tibétain , fondamentalement, n'est plus une affaire).

En fait, l'institution du maha-vajrayana tibétain, bien qu'exploitant habilement la philosophie générale du bien de bouddha Shakyamuni, ne peut garantir l'Eveil en une vie aux plus démunis. Elle le prétend seulement. Conséquence des déviances ?... Il faut bien l'admettre, la "pureté préservée et inégalée" n'est pas une doctrine magique et ne relève pas, après expérience, d'une maîtrise dictatoriale de la structure psychique ou sociale, fut-ce pour une cause juste. 
Si la dogmatique de bouddha Shakyamuni est gratuite et catégoriquement opposée au servage ou à l'exploitation de l'homme par l'homme, elle ne peut relever dans un même temps de la spéculation sur le yoga, les offrandes, les mantras.
Certaines postures et tantras se "vendent" 150, 000 euros, un plateau d'offrandes 100, 000 euros, un mantra secret 25, 000 euros, parfois nous dépassons le million d'euros pour l'achat d'un titre de noblesse spirituelle. 
Ces pratiques illicites sont communément admises en tant que message d'une fatalité économique, "tout augmente", dans les milieux d'affaires bouddhistes en Europe, à Taïwan, à Singapour, au Népal, au Japon, en Australie, en Inde, au Bouthan, aux USA, au Canada, dans les paradis fiscaux. 
Elles enrichissent les frères ennemis karmapa, kagyupa, sakyapa, gélugpa ou nyingmapa. Les chefs sont reconnus idoles vivantes, avatars divins réincarnés et idéalisés, tous héritiers de "techniques ancestrales de concussion et de sujétion" de Padmasambhava ou de Karmapa, son avatar secret. 

Toujours au chapitre des faits, gageons que le maître du servage ou du travail gratuit au Tibet n'a jamais garanti le rachat de vos fautes que contractuellement, ce qui ne signifie pas que l'annulation de la dette économique, sanitaire ou alimentaire héréditaire soit effective et qu'en échange des droits vous soient reconnus. Il n'y a quasiment jamais rachat. Il n'y a en effet que peu d'espoir paysan au Tibet. Une dette payée et contractuellement respectée relève de la légende... 
Quoiqu'il en soit l'essentiel de la dette paysanne et nous l'évoquerons plus loin, est héréditaire et bien entendu, douteuse et sans montant fixe. Il en va de même pour la dette religieuse karmique. Le servage ordinaire et le servage bouddhiste institutionnalisé n'ont jamais relevé, à prori, de l'imitation de Padma ou de Shakyamuni. Le premier (servage ordinaire) est antérieur à Padma et le second (institutionnalisé) postérieur. Entre ces deux périodes vingt années seulement se sont écoulées. 

Le très vieux fond social esclavagiste des tribus Bote, l'héritage familiale des 33 Rois pré-bouddhiques, près de neuf siècles selon la tradition (1), l'avènement du dharma indien au Tibet (2), et la quasi disparition de l'idéal de gratuité et d'égalité Shakyamunien (3), ont fusionné sous l'apparence d'un fait religieux coercitif institutionnalisé. 
"Le travail gratuit sans rachat d'aucune dette, le servage sans l'espoir d'aucun droit, d'aucune liberté" n'est et ne sera jamais une voie bouddhiste de libération. Il s'agit de toute évidence d'une déviance/exploitation du dharma. Quand bien même l'on partagerait les moyens immoraux, ce qui ne sera jamais notre cas, le dharma de l'absolue immoralité a ses règles traditionnelles et ce n'est plus le dharma de l'immoralité sans ces règles.
Rappelons ici que Padma est invité par le roi pour pacifier le royaume et non pour régner. C'est la première règle. Padma "l'usurpateur" prend le trône sans être roi. C'est la seconde règle. Padma instaure la Roue du dharma et proclame solennellement le dharma : loi unique du pays (située au dessus des lois d'Etat), c'est la troisième règle. Padma affronte religieusement (toujours dans un climat de fin de règne ou insurrectionnel) tous les ministres et conseillers d'Etat pour affirmer la "vérité" de la loi nouvelle, c'est la quatrième règle... 
Mohammed, homme de la tribu Kuraish, fera de même à la Mecque. Il ne réussira pas aisément. Les mecquois comme les rois pré-bouddhiques s'opposeront à la destruction des vieux rites et des vieux cultes. C'est à partir de la ville de Médine, ville voisine (au sein de laquelle il devra combattre dix ans avant de retourner en vainqueur à la Mecque), qu'il deviendra chef de l'Etat et entreprendra l'organisation de la communauté-mère islamique (umma), par des révelations successives dont la réunion formera le coran. 
Les prescriptions liturgiques et rituelles comme la prière et le pélerinage, aussi bien que les réglementations civiles, pénales (le talion) ou sociales, toute la législation sur laquelle vivra l'islam primitif datent de ce début du VIIème siècle. 
C'est également à cette époque que le prince Shotoku, réforme le Japon en instaurant le bouddhisme chinois hinayana (shakyamunien) des Tang et une toute nouvelle législation basée sur l'égalité, la tolérance, la consertation et le respect du pluralisme. 

Il est intéressant de préciser ici, selon Yuan Sha, citant des sources tibétaines et chinoises comparées, que le roi bTsanpo à l'époque de la domination dysnastique pré-padmasambhavienne des Tubo "octroyait des esclaves à ses ministres et que les esclaves étaient enterrés vivants avec le btsanpo mort ou avec les ministres défunts". Il est dit plus loin : "que l'on sacrifiait des esclaves à l'occasion du culte religieux et qu'ils travaillaient durement à des activités productives". 
Yuan Sha, note qu'après la constitution du dharma d'Etat padmasambhavien, une insurrection générale des esclaves (869/877) sans précédant dans l'histoire ébranlera la dynastie des Tubo. Les insurrections au cœur du processus de pacification bouddhiste par les doctrines, les rituels codifiés et les codifications royales, se reproduiront cycliquement durant mille ans. 
Ce fait périodique, véritable constante sociohistorique, dépendra tant de la spécificité des rites codifiés que de la compétition anarchique entre familles pour l'appropriation des pouvoirs, des domaines et la maîtrise du servage pour dette. La persistance des groupes oligopolistiques puissants (aristocratiques, gouvernementaux et monastiques) est garantie par le processus de succession politique par réincarnation. 
Mais l'enjeu suprême des rivalités réside en la conquête du pouvoir religieux d'Etat. EIle permettra à un groupe religieux après de longues luttes, parfois sanguinaires, de se distinguer et d'accéder à la maîtrise du régime, par exemple, des confiscations des domaines. Les rites, les codifications et les cycles de pratiques spirituelles demeurent les normes de l'action concurrentielle, car rien ne se fait sans rituel ou sans divinité protectrice. 

Chaque groupe évolue selon une compréhension par les rites des évènements. 
Il n'existe pas deux groupes qui puissent être en accord (sur les dizaines de milliers que compte le Tibet) sur un même évènement. Chaque groupe est doté de lignées d'ancêtres humains et divins. Chaque groupe détient une vérité des évènements par les testaments auxquels seront rigoureusement liés tous les contemporains familiaux et apparentés, et desquels seront exclus, tout aussi rigoureusement, tous les non apparentés ou tous les étrangers. Pour obtenir un droit, il faut payer un prix inestimable. Parfois, c'est le prix de la vie qui est demandé. Le solde étant versé à la prochaine. Chaque groupe est un monde rigoureusement autonome et est lié à la Roue de la vie et de la mort (plus encore aux codes royaux) selon l'esprit du secret testamentaire gardé par les anciens. 

 
la "Roue tibétaine de la vie et de la mort", dans "le système médical Tibétain", p. 64,65, Dr. Meyer, C.N.R.S. Centre d'Etudes Himalayennes, Villejuif, 1988

"la roue de l'existence...au centre de la roue sont représentées les trois formes de l'ignorance ("les trois poisons") : l'agressivité, l'obscurité mentale et le désir (...).Tous les actes (karman) accomplis de corps, de parole ou d'esprit laissent des traces dans l'individualité psychique. Celle-ci est ainsi modifiée par des constructions psychiques (samskara) inconscientes, qui impriment leurs tendances propres au cours de la vie ou dans la quête d'une nouvelle incarnation..."


Echelles Tibétaines des inégalités graduées codifiées comparées

 Les commandements, les serments ou les vœux seront bien l'expression du lien aux pratiques rituelles codifiées, du lien au monde extérieur qu'il faut affronter ou vaincre, du lien à la Roue de la vie et de la mort, du lien aux codes royaux. Le lien vajra, samaya, source de conflits purificateurs, est "indestructible" (c'est le sens de la lignée et parfois des ancêtres qui peuvent être communs) et "sans prix". 
L'on renaitra conformément aux qualités préservées ou non des liens tissés la/les vie(s) d'avant. Le bellicisme du maha-vajrayana est de toute évidence lié à l'intransigeance du secret gardé, à son objétisation concurrentielle comme à sa monétarisation. Les groupes, de fait, sont tous rivaux. L'on comprendra aisément que le droit des personnes et le droit à la vie, à la liberté de conscience, de jugement, de confession, dans un tel contexte socioreligieux, ne soient que des concepts sans valeur. 
Pour le maha-vajrayana, institutionnel, communautariste, le monde extérieur est "une menace, une puanteur, une source ininterrompue d'hostilités". Aussi la pratique rituelle sculpte-t'elle l'organisation monastique, sociale, familiale ou politique à l'aune du secret du groupe. Son lien au secret est voulu indéfectible. Ceci explique encore pourquoi beaucoup d'entre les adeptes seront "volés" ou "pris", à l'imitation de Padmasambhava, sans leur consentement. 
L'on parle au Tibet et dans les communautés en exil en Inde de "voleurs d'esprit". Il s'agit de la concussion ou de l'extorsion avec violence, de la possession sans droit. Cette pratique du shanghaïage (voler des hommes ivres ou assommer des hommes qui se réveilleront au sein d'un équipage en haute mer) garantit la soumission sans droit au secret des moyens et au pouvoir d'interprétation familial ou religieux des évènements extérieurs. 

Au sein du groupe la philosophie des moyens immoraux se traduit par un manquement stratégique à l'éthique et à la morale traditionnelle, tant au regard de la philosophie générale de bouddha Shakyamuni qu'au regard de la dogmatique juridictionnelle de l'Etat. L'égo doit être trompé et traqué comme une bête nuisible. La chaos est immoralement infligé à chacun. L'on imaginera sans peine le sort réservé aux insoumis. Ce qui bien entendu contrarie le principe même de la compassion bouddhique originelle. Cette doctrine est donc réfutable. Il existe bien d'autres moyens d'élévations.
La vérité scientifique du chaos stipule qu'au delà d'un certain seuil, les évènements, ne peuvent être prévisibles. Imposer le chaos comme absolu est un autre argument contradictoire. Ce qui est imprévisible ou vide par essence s'oppose à son institutionnalisation. L'instance bouddhique tibétaine chercherait-elle, très contradictoirement, à imposer la cessation de l'histoire ? 
Quoiqu'il en soit elle est voulue pour le peuple (qui doit accepter un devenir post-humaniste ou transhumaniste sous peine de sanctions). Cette philosophie reflète bien la négation de l'autonomie de la volonté (ébranlement psychologique par la perte effective de la volonté ou des droits) et la manifestation d'une norme nouvelle, la soumission sans droit séculier ou droit religieux. 
Le Tibet communautariste (à tout le moins sectaire) n'avancera donc jamais hors du contexte institutionnel et non institutionnel de la tyrannie spirituelle (globale, aujourd'hui transnationale et capitaliste). L'Islam des écoles coraniques (hanbalites/whahabites, malékites) justifiera l'usurpation, la possession sans droit ou la concussion : "l'ébranlement ou le grand ébranlement". Le Jihad (extérieur) en sera son expression favorite. L'attentat du 11 septembre 2001 relèvera sans doute de cette compréhension ésotérique restreinte des écritures coraniques.Tout comme l'Islam, le bouddhisme institutionnel (monastique et laïc) connaît ses voies orthodoxes de l'ébranlement et ses voies moyennes ou voies souples. La fuite hors du groupe ou de la communauté est considérée comme un délit majeur passible de la peine de mort. C'est du reste la terminologie tantrique (rupture du cercle protecteur). 

Quand l'un des groupes accède, après un savant lobbying, au pouvoir d'Etat, il dirige la "nation" conformément à ses rites ou à son calendrier panthéiste de l'ébranlement. Les rites et le calendrier changent à chaque prise de pouvoir. Les choses sont infiniment complexes. Mais demeure, indestructible, une philosophie des "épreuves immorales purificatrices" graduées dans le temps, pour résumer, du plus haut niveau d'accomplissement (défini selon des critères occultes) au plus "infàme degré de l'être". Ces inégalités graduées seront réellement codifiées dans les codes juridiques royaux. Y figureront le degré des parias, des landless, des hors castes. 
La peine (en justice) infligée aux pauvres (bouddhistes ou non) est parfaitement équivalente à celle consignée dans les codes juridiques védiques ou hindouistes anciens. Il en ressort que le lien de l'être à la peine et que le lien des naissances aux droits et devoirs (codes juridiques) sont un seul et même lien à la tradition de l'ébranlement purificateur, à la soumission sans droit propre au vajrayana hindouiste (loi unique). 
Il est clair, également, que les moyens immoraux et les rites couplés aux codifications royales ou parentales ne peuvent conduire à la pacification des moeurs politiques, commerciales ou religieuses d'ethnies si nombreuses aux cultes si différents, régions par régions, siècles après siècles (de nombreux éléments de l'histoire du Tibet le démontreront). L'histoire des peines infligées au peuple se traduira par la constance des crimes d'Etat, des génocide et des insurections. Cette constance est double puisqu'elle relève du religieux et du non religieux. 

Avant la révolte des esclaves de 869/877 l'histoire criminelle tibétaine retient le génocide des années 838/842 (postérieur à Padmasambhava) conduit par le roi Langdharma, non croyant. Le maha-vajrayana (qui n'est qu'un aspect du bouddhisme) malgré la présence de Padma n'a pas rempli sa mission pacificatrice, l'histoire criminelle nous le confirmera, tout comme l'histoire du califat abbaside confirmera l'échec du pouvoir unique, religieux et politique, aux IXème et Xème siècles.
Langdharma que l'on appelle le roi fou, issu d'une famille bouddhiste royale, orchestrera dans un climat d'agitation politique et d'intrigues policières digne de la Saint Barthélémy, l'extermination de 10.000 moines et la destruction complète des monastères du pays. Ce génocide politique et religieux sera prédit par divination par Padmasambhava, quelques années plus tôt, et consigné dans les récits. Nul n'interviendra pour sauver la population monastique (l'entorse à l'omniscience, à l'omnipotence et à l'omniprésence, ou la négligence politique, est réelle). C'est à un yogi ordonné moine niyngmapa, un ex-soldat des guerres de frontières sino-tibétaines, Lalung Pelghi Dordje, ancien élève de Padma, que l'on devra l'assassinat-religieux (il ne s'agit pas d'un meutre mais d'une" libération de la conscience en une terre pure, d'un transfert de conscience") du roi génocidaire. 
Disons également que certains saints de la cour tibétaine, non violents, incorruptibles et s'opposant dès les XIIIème et XIVème siècles aux activités criminelles du gouvernement, de l'aristocratie et des monastères comme au travail forcé gratuit des paysans, furent systématiquement maltraités et déportés, citons la figure emblématique de Gyalwang Longchenpa, ou moururent assassinés. Ces faits sont importants car ils sont historiquement synchronisés à la rédaction des premiers codes juridiques d'Etat. 

Selon le tibétologue italien Tucci (proche des écoles gélugpa) les lois (et le talion) seraient "d'influence mongole", Tucci citera le code Yasa ou Jasagh de Gengis Khan (1206). Cette influence mongole sur la rédaction des premiers codes juridiques n'est cependant pas partagée par l'ethnographe-juriste R. R. French (citant Cassinelli et Ekvall) qui verrait une source juridictionnelle purement tibétaine, en particulier, grâce à une lecture contemporaine des faits juridiques des lamas de l'école sakyapa (dont French est proche). Quoiqu'il en soit, et sans prendre parti, cette époque marquera l'accession de l'école sakyapa au pouvoir. Mais cette circonstance, comme pratiquement toujours au Tibet, a une résonnance juridique, politique et militaire car Gengis Khan, qui n'a rien d'un monarque spirituel, et tout le monde paraît d'accord sur ce point, menace de détruire "l'empire tibétain" si ce dernier ne se soumet à son autorité, sans condition. 
L'ébranlement social dû à la transition juridique (codification des devoirs plus que des droits), n'aura d'égal que le châtiment en pénal qui s'effondrera sur le "pauvre en droit" ou sur les "sans-droit" sous la forme peu secourable du talion mais officiellement reconnue "louable et indispensable aux arriérés du pays, les paysans sans terre, les délinquants et les criminels". Plusieurs ethno-juristes penseront que l'origine juridique du talion dans la région de l'asie centrale tirera sa source non du pénal mongol mais du pénal tibétain. 

Selon certaines études, le talion tibétain (mutilation, peine de mort) consisterait en une "pédagogie criminelle générale" visant à décider les délinquants à pratiquer le dharma ou à mettre en application les enseignements du bouddha. French mettra en évidence cette intrusion du talion dans la gestion des offenses sur les aires de servage hors les tribunaux et dans les tribunaux lors de la procédure judiciaire. French note quatre voies qui prouvent, bien que l'administration judiciaire tibétaine ne soit pas initialement une administration bouddhiste, que le pénal bouddhique (les enfers, les renaissances dans les mondes inférieurs, les mauvaises naissances humaines , la pauvreté, la brièveté de la vie) et la sanction, prévalent immédiatement dans l'attitude mentale et le jugement du juge. 
Observons, par ailleurs, que pour "appuyer" la procédure criminelle (et le jugement d'inspiration bouddhiste) le juge se servira d'au moins trois types de fouets ou rTa-lcag en tibétain. Le Byor-lcag, fouet d'accueil ou de reception du prévenu. Le Dri-lcag, fouet réservé à la question du criminel. Le Thon-lcag, fouet d'exécution et d'application des peines. Le criminel est fouetté au moins deux fois avant la peine qui se déroule, si l'affaire est "jugée" à Lhassa, sur le "flogging place"(place de la flagellation) ou "flogging board", à coté du Nang-tsé-shag ou le Lhasa City Court. 

Durant cette procédure rituelle, pédagogie criminelle (et bouddhiste), le juge utilise le concept bouddhiste de karma (actes des vies passées, présentes et conséquences futures de ces actes) quatre fois :

1- en tant qu'argument de la cour. 
2- Il oriente son questionnaire sur l'incidence des causes et des effets, loi bouddhiste. La condamnation, ou le châtiment, a pour but de guider le malheureux sur la voie du dharma pour une meilleure vie prochaine. 
3- Le karma est utilisé également quand les parties jugées ne peuvent être physiquement chatiées. 
4- Le juge veille à ce que son attitude mentale soit pure afin de ne créer aucun acte karmique négatif pouvant le déservir dans une vie future. 


L'"outcast" qui n'est pas forcément croyant (le fait de naître au Tibet ou dans une famille bouddhiste ne fait pas de vous un bouddhiste, à la différence des naissances dans les familles traditionnelles musulmanes). 
Le justiciable intouchable, le paria du township, catégorie sociojuridique dominante au Tibet, "est condamné a régler ses affaires lui-même parmi les siens, loin du tribunal" (French). 90% de la population, selon Yuan Sha, est confronté à cette forme de ségrégation supplémentaire, discrimination juridique et administrative par l'appartenance à un niveau social sans droit (le non-droit est ici codifié). Cette appartenance est vérouillée par l'une ou l'autre des nombreuses dettes, ou plusieurs à la fois, impayées ou insolvables, héréditaires et souvent sans origine que l'on contracte dès la naissance dans les familles pauvres surendettées et que l'on reporte, faute de moyens, de générations en générations (l'on a perdu leur trace dans le temps et les chiffres sont désespérément majorés par les seigneurs, l'Etat ou les moines). 
Les dettes trouvent leur expression générale dans la corvée (wula) par le fermage, l'impôt ou le travail obligatoire gratuit.
Un seul et même commandament wula, à exécuter selon deux modes différents rkang-dhra : "avec les jambes", travail forcé accompli par l'homme et le yack, ou le boeuf, ou lag-don : "avec les mains", travail forcé accompli aussi bien en nature qu'en argent. La quasi totalité de la population tibétaine est mirtsa ou, en tibetain : "celui qui est tombé en situation de dépendance ou serf" ou la "racine de l'homme" (la dépendance) ou encore : "tout homme a son maître". Le maître du travail gratuit obligatoire ou du domaine est juridiquement, statutairement, le maître des serfs. Il est l'un des Trois Seigneurs : fonctionnaire religieux ou laïque du gouvernement, membre d'une famille domaniale aristocratique, moine-dignitaire, lama-rimpoche ou abbé de monastère. 

Ces deux corvées spéciales rkang-dhra et lag-don comprennent également le sa-khral ou les redevances en céréales payées annuellement, les impôts spéciaux comme l'impôt destiné à payer le bois de chauffage du monastère du gouvernement, le jokhang, l'impôt sur les céréales consommées par les fonctionnaires du gouvernement central, les corvées inédites ou l'impôt sur le commerce. Le gouvernement a pour sa part le droit d'imposer une "quantité non écrite ou non prévues" de wula, allant jusqu'à près de 1900 wula par an. Ces corvées à remplir pour le gouvernement de Lhassa sont : waikhral, impôts à payer en nature, en céréales, en beurre de yack, en viande de boeuf ou corvées à payer en nature. Le neikhral est la somme des corvées gratuites et les impôts à payer en nature par les serfs et les esclaves aux seigneurs et aux monastères. 

Les codes juridiques Tsang, code en 13 articles et code en 16 articles composés par Pesawa sur ordre du quatrième roi de la dynastie Tsang du Tibet au XVIIème siècle, Karma Tenkyong Wangpo, contiennent tous les moyens de répression en cas de soulèvement. Ainsi, celui qui se révolte contre son maître, le frappe ou le blesse, est (par le talion) mutilé de la main, du bras, de la jambe ou du pied. Il ne disposera plus que de la mendicité des mutilés pour survivre... Le maître peut sans jugement légal, sur un simple ordre, exiger le supplice de la flagellation, la décapitation, la mutilation des yeux, le sectionnement de la langue, des oreilles ou des tendons d'Achille. 

 
Code en 13 articles, code d'Etat du Tibet établi par Karma Tenkyong Wangpo 1623, sur la base de de l'ancienne loi en 15 articles. Ces articles furent remaniés par le Vème et le XIIIème Dalaï Lama. Le code en 13 articles était toujours en vigueur en 1959

 
Code en 16 articles, code d'Etat du Tibet à caractère féodal sera rédigé au XVIIème siècle par Pesawa, sur l'ordre de Karma Tenkyong Wangpo (Ecole Karmapa et Kagyupa). Le 16ème article porte le nom de "décret destiné à la région des autres ethnies" (répression). Mis en service après la création du Kashag (gouvernement). Chaque code a la valeur d'un texte bouddhique ou la valeur des paroles du Bouddha. Ces paroles sacrées ne seront abrogées, au Tibet, qu'en 1959 

 
Un ancien serf mutilé du bras pour avoir molesté un propriétaire terrien

 
Bude, au centre, a qui l'on a enlevé les yeux raconte à des enfants ses épreuves sous l'ancien régime "Did Tibet Become an Independant Country after Revolution of 1911"

"Un lama vivant, ça trompe énormément", instrument de justice pénale criminelle tibétaine et huit questions-réponses impertinentes sur le Tibet posées par Mao Ning pour "La Ligue Anti-Impérialiste, Peace and Resistance" (2000)

 
Un moine du monastère Gélugpa de Drepung, puni pour le crime de "fausse monnaie" ( les lama Tibétains en Inde, au Japon, à Taiwan, en Europe et aux USA s'en amusent; quand ils sont pris, ils font jouer leurs relations préfectorales et ministérielles). 
Ce moine porte un joug de bois appelé en tibétain "sGo". La nature de sa faute est écrite en gros caractères sur une feuille collée derrière la tête, tache blanche rectangulaire au niveau de la nuque (photo du Pitt-River Muséum, Oxford University, reproduite par R.R. French dans son "Golden Yoke")

 Dans sa juridiction, tel est le terme, le propriétaire foncier est tout puissant y compris au XXème siècle où de nombreux cas de "mutilations pénales" et d'exécutions ont été attestés. Il détient tous les droits. Il a le pouvoir du décret. La loi garantit du reste ce pouvoir aux Trois Grands. 
Le Vème Dalaï lama (XVIIème siècle) dans ses instructions données aux aristocrates dira : "si les serfs recherchent la liberté et le confort, je vous donne le pouvoir de les fouetter et de les tuer" (Yuan Sha). 
Ceci est confirmé par R.R. French dans le code Tsang de Karma Tenkyong Wangpo : "dans le cas d'une révolte massive, le châtiment est la mutilation des membres supérieurs". Cette mesure est reprise dans le code de 1650, rédigé après le massacre des Bon et du prince de Be-ri (dernier défenseur du culte pré-bouddhique Bon au XVIIème siècle ?). Un génocide conduit par le Vème Dalaï Lama et par le prince mongol allié Gushri Khan, en 1641. C'est seulement après cette année "rouge et or", en 1642, que pourra régner le Vème Dalaï Lama, non sans la souveraineté militaire mongole Qoshot de Gushri Khan, imposant le despotisme spirituel des écoles gélugpa ou des Bonnets Jaunes (celles des Dalaï Lama) à leurs rivaux karmapa, déjà combattus et vaincus à la fin du XVème siècle grâce encore à l'aide providentielle d'un prince mongol, Altan Khan. 
Ce sera, par ailleurs, ce même Altan Khan qui attribuera au IIIème patriarche gelugpa le titre honorifique : "Ta-lé", signifiant en mongol "océan" ou "gigantesque". Le prince mongol affirmera ainsi sa souveraineté "vaste comme l'océan" sur le Tibet, les princes, les maîtres rivaux et les moines. "Ta-lé" deviendra par extension "Dalaï" et Gyalpa Rimpoche, le IIIème patriarche des Bonnets Jaunes (expression impériale chinoise), sera le premier à porter la distinction complète "Dalaï Lama". 
Mais cette dernière ne conférant qu'un pouvoir de représentation symbolique il tentera aussitôt (non sans ses alliés traditionnels) de rechercher une source purement tibétaine de pouvoir politique. Cette source devra être institutionnalisée et "tibétanisée" pour que la charge symbolique produise un efficace politique déterminant pour les seules lignées religieuses gélugpa et les futurs Dalaï Lama. 
Le Dalaï Lama n'est donc pas, au plan politique et au plan spirituel, "le" roi du Tibet, mais bien le hiérarque des écoles gélugpa, à tout le moins de celles qui le reconnaîtront (l'histoire des régences rivales le prouvera). Ce hiérarque aura une charge administrative à une époque donnée de la tutelle mongole, comme il en aura une sous la tutelle impériale et mandarinale chinoise.

Echelles Tibétaines des inégalités graduées codifiées comparées
 
Le code des Dalaï Lama de 1650 (qui ne s'oppose pas à la Loi du talion) est du reste toujours enseigné "à l'égal" d'un "enseignement-loi" de bouddha Shakyamuni dans les trois écoles monastiques gelugpa des Dalaï Lama : Drepung, Sera et Gaden. 
Ce code comme tous les codes conçus dans un contexte de hiérarchie cosmogonique, du plus haut mérite (divin et non humain) au plus bas (outcast), ne reconnait pour mesure sociale (ou mérite social) que la hiérarchie des qualités patrimoniales à la naissance. Le système des hiérarchies cosmogoniques lie religieusement et juridiquement le peuple à une dette fautive dès les premiers jours de la vie. Cette dette héréditaire, à la fois alimentaire et sanitaire, est d'autant plus écrasante que la naissance est misérable en droits. La mauvaise naissance garantit toujours, y compris aujourd'hui, un pouvoir et des droits séculiers et religieux accrus aux Trois Grands. Leurs lignées politiques, religieuses, seigneuriales, corrompues par les usages personnalistes et clientélistes du dharma, garantiront des droits restreints à la connaissance.
Le "maha-vajrayana-politique historique" ne sera donc pas, comme il sera cru par les seules perspectives des chronologies officielles et de l'historiographie conventionnelle un facteur de générositié, de bienveillance, de stabilité politique ou d'unification administrative et fiscale efficace (image consensuelle de l'efficace de la couronne et des lignées ininterrompues), bien au contraire. Ce système garantira, en fait, le plus effrayant despotisme, et ce, mille ans durant. La persécution, les dettes héréditaires et la servitude volontaire pour dette affecteront la quasi totalité de la population rurale. 

Si donc la succession du pouvoir politique est malgré tout juridiquement garantiepar le système des réincarnations, le système de la dette est garanti par une économie de la dette animée par une hiérarchie cosmogonique sociale (dont on a vu qu'elle inspirait de façon pénétrante le système légal et le processus judiciaire). La dette alimentaire et sanitaire héréditaire justifiée par des "contrats", la plus part du temps illisibles au regard du droit ancien et moderne, encourage plus encore la succession négative. L'économie juridique de la dette, dans le champ religieux de la réincarnation, enfantera bien des lignées de "sans-droit", d'outcasts ou de parias, et restaurera bien le système ancien du mérite négatif ou restreint "hindouiste" combattu précisément par bouddha Shakyamuni en Inde, au Vème siècle avant Jésus-Christ. 

La seule garantie du régime résiderait en fait, diachroniquement et synchroniquement, en la stabilité du servage et de l'économie générale de la dette, autres constantes sociohistoriques (indissociables de la constante insurrectionnelle) à travers les siècles. 
C'est par la base et par le nombre des corvéables sans légitimité que leTibet politique (tour à tour monarchiste non bouddhiste et théocratique bouddhiste) entretenu mythologiquement par les seules familles de bodhisattva réincarnés, a pu se maintenir si longtemps en tant qu'un "royaume". 
Cette garantie inhumaine sera bien observée dans l'évènement juridique et cosmogonique liant pour le pire (comme ne veulent pas le reconnaître, et l'on comprendra pourquoi, les interprètes tibétains de la loi des causes et des effets) le système de servage pour dette, les corvées wula et les catégories d'outcasts thralpa, dudchong et nangzen, à la source exclusive de légitimité politique que sont statutairement les rois spirituels réincarnés. 
Les rois spirituels-réincarnés : "hutuketu" en mongol ou "tulku" en tibétain, absorbent bien de droit à la naissance : domaines, démographie, généalogie humaine et non humaine, dettes et richesses. 

Les Trois Grands Seigneurs utiliseront généralement, selon Yuan Sha et Li Youyi, deux modes d'exploitation dans leurs domaines. 
Le premier, appelé "auto-exploitation", conduira le seigneur à désigner un agent d'exploitation du domaine et à donner des lopins de terre aux serfs qui doivent remettre toute la récolte. Il s'agit d'une pure forme de fermage à payer par la récolte. 

 
Les thralpa travaillent gratuitement les terres du propriétaire de serfs

Le second consistera à louer des terres aux thralpa, "corvéables" en tibétain (quand il n'y a pas d'argent il y a les prêts sur gage - outils de travail, personnes - et l'usure). Le thralpa doit payer en nature et remplir la corvée. Le thralpa n'est pas propriétaire de la terre. Il doit une corvée au gouvernement, corvée extérieure ou waikhral et une corvée au domaine, la corvée intérieure ou neikhral. 

Le dudchong ou "petit foyer" qui constitue la principale main d'oeuvre du domaine d'auto-exploitation travaille un lopin de terre distribué. Le fermage signifie la corvée que les dudchong doivent à leur seigneur. Le départ du dudchong est "libre" selon le sens juridique et cosmogonique de la liberté propre aux seigneurs tibétains, et qui justifie sans doute, ici, l'absence de mobilité des "outcasts" selon French. 
En effet, le dudchong bien privé en droit, en cas de départ, doit une capitation obligatoire, à vie, à son maître. Les artisans tibétains et tous les petits métiers relèvent quasiment tous de cette "immobilité statutaire" ou de ce droit conditionnel à la mobilité par l'endettement supplémentaire que représente la capitation. 
A ceci s'agrège le régime spécial imprévisible des corvées wula qui peut frapper n'importe qui n'importe quand. Les artisans sont à ce titre mirtsa, dépendant d'un maître du travail forcé gratuit. 

Le nangzen ou "l'homme élevé dans la famille" est statutairement, dans la famille du maître "la bête parlante". Il n'a pas de moyens de production ni de droit personnel. Les nangzen des domaines ne font que de petits travaux comme la filature de la laine, la tapisserie, la garde du moulin et les travaux agricoles. L'on est souvent nangzen de père en fils. D'autres qui ont été dudchong deviennent nangzen après avoir "fait faillite pour payer leurs dettes". D'autres dudchong, faute de place dans une famille de seigneur et sans issue, se vendent en esclaves ou, nous le verrons plus loin, avec d'autres fugitifs recherchés et condamnés, se font moines-serfs sans croyance. 
Les nangzen considérés également comme des biens privés de seigneurs, de fonctionnaires propriétaires ou de moines, peuvent être cédés, hypothéqués, vendus, voire tués sans jugement. Les nangzen comme les condamnés relevant de l'esclavage pénal sont esclaves â vie. 

Ces trois catégories, plus les condamnés relevant de l'esclavage pénal et des travaux forcés, hommes, femmes, enfants, sont parfois contraints aux actes sexuels forcés ou tués (contraintes par ailleurs très répandues, si l'on en juge le nombre des plaintes recensées dans divers documents). 

 
« The Struggle for Modern Tibet: The Autobiography of Tashi Tsering » by William Siebenschuh, Tashi Tsering, Melvyn C. Goldstein (biblio générale n° 6,7,8), 1997

Ce combat pour un Tibet moderne concerne ceux et celles, comme Tashi Tsering, qui auront subi ou évité l'esclavage sexuel, la violence physique et psychique dispensée par des moines lama, rimpoche de haut rang, membres de l'entourage du XIIIème Dalaï Lama. Tashi Tsering, né en 1929, aura subi les pires outrages dès l'âge de 13 ans en tant que membre de la troupe de dance personnelle du XIIIème Dalaï Lama. Fréquemment battu et fouetté par ses professeurs de dance il échappera au sort réservé aux "drombo", "partenaires homosexuels passifs" (homosexual passive partners) ou encore "jouets sexuels" (sex-toys) des lama rimpoche membres du gouvernement. Tashi Tsering réussira à s'enfuir en Inde puis aura la chance d'étudier à l'Université de Washington. Il retournera au Tibet occupé en 1964 afin de contribuer à l'édification du socialisme conscient que rien ne pourra advenir de l'étranger. Tashi Tsering sera emprisonné six ans durant la Révolution Culturelle en tant que "contre-révolutionnaire"; il enseigne aujourd'hui l'anglais à l'Université de Lhassa et collecte de l'intérieur les fonds nécessaires à l'autonomie sociale, culturelle et linguistique du Tibet régional.
 

Fin de l'Introduction II-1


31/08/2016

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