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Ce blogueur russe qui n'a pas été arrêté pour une chasse aux Pokemons

Ce blogueur russe qui n'a pas été arrêté pour une chasse aux Pokemons

Posted: 07 Sep 2016 04:09 AM PDT

 
Les médias versent des larmes de crocodiles pour ce pauvre blogueur russe arrêté parce qu'il chassait le Pokemon dans une église. Sauf qu'il n'est pas un simple "blogueur", qu'il n'a pas été arrêté en raison de la chasse au Pokémon et que ça ne s'est pas passé dans l'église.
 


Avec l'aide des incontournables Pussy Riot, l'on apprend qu'un "enfant" est arrêté pour avoir joué aux Pokémons dans une église. Info reprise, puis adaptée, par The Guardian.
 
 
Toutefois, l'enfant a ... 21 ans, il est majeur et vacciné. Pour sa part, la presse française reprend en coeur l'arrestation d'un blogueur russe pour une chasse aux Pokémons dans une église:
Placé en détention après une vidéo provocatrice dans laquelle il chassait des Pokémon dans une église, un blogueur russe est devenu le nouveau symbole de la lutte menée par les autorités contre les "offenses faites aux croyants".
Athée revendiqué, Rouslan Sokolovski, ulcéré par une émission télévisée expliquant qu'il était juridiquement risqué de jouer à Pokémon Go dans une église, avait choisi de s'y essayer dans une cathédrale d'Iékatérinbourg (Oural).
Cette arrestation pour deux mois, contre laquelle il vient de faire appel, relance quelques questions importantes.

1. Le traitement médiatique des faits: rien sur la personnalité du "blogueur"


La manière dont les faits sont traités est simplement déplorable dans l'ensemble. Cette arrestation est le moyen de relancer l'image d'une Russie carcérale et liberticide, car pour être libre, de nos jours, il semble qu'il ne faille avoir ni Dieu, ni lois. Les journalistes ne s'interrogent pas, ils condamnent la condamnation de 2 mois.
 
Par exemple, à part une très rapide référence à son athéisme, rien sur son activité ni sa personnalité. Rouslan Sokolovsky est blogueur, certes, mais l'est professionnellement. Ses revenus viennent de ses vidéos qu'il poste sur Youtube. Et son thème de prédilection est l'attaque de l'Eglise et du clergé. Par ailleurs, son évantaille de  travaille est plus large: il concerne la provocation de ce qui est sacré dans la société. L'on voit en ce sens une vidéo où il explique qu'il est raciste, une autre sur la pornographie infantile§ etc. Cet individu touche les fondements de la société russe: l'Eglise, le vivre ensemble et l'enfance. 
 
Il s'agit donc d'une personne un peu plus complexe que le "blogueur qui chassait des Pokemons dans l'église".
 
Et pour continuer dans la complexité, l'on notera que lors de la perquisition dans son appartement, les enquêteurs ont trouvé un appareil relevant de la catégorie des appareillages spéciaux d'espionnage. Un stylo qui enregistre, interdit d'utilisation et même de possession au grand public, pour des raisons de sécurité évidentes. Tout son matériel d'enregistrement, audio et vidéo, ainsi que ses ordinateurs ont été saisis pour être analysés.
 
Enfin, encore un point étrange. R. Sokolovsky n'avait pas d'adresse stable. Il changeait très régulièrement de lieu d'habitation. 
 
Tous ces éléments dressent un portrait beaucoup plus complexe que la gentille petite figure qui nous est présentée par la presse.
 
2. Quelle réaction l'Etat peut avoir face à ces comportements?
 
En ce qui concerne la possession d'appareillage d'espionnage directement interdit par la législation nationale, il n'y a pas d'interprétation particulière à avoir, la loi doit être appliquée. Ici, la violation est directe. Pour le reste, c'est beaucoup plus compliqué.
 
Suite à la diffusion sur internet et aux articles dans la presse locale concernant son activité, les enquêteurs ont vérifié ses diverses publications au regard de l'incitation à la haine raciale, extrémisme et atteinte portée aux croyants.
 
La question provocatrice et faussement naïve lancée par R. Sokolovsky est la suivante:
"Qui peut-on offenser en se déplaçant dans une église avec un smartphone?"
Or, la question est justement volontairement biaisée. En principe, formulée de cette manière, l'on aurait tendance à dire, personne. Mais les actes ne prennent leur sens que dans leur totalité, les uns ajoutés aux autres. Et surtout au regard de la motivation, qui elle est claire puisqu'il l'a lui-même formuler: réagir contre une interdiction. Donc il annonce avoir voulu violer une interdiction qui le dérangeait. Mais il ne veut pas être responsable de ses actes. En effet, un "enfant". Il faudrait grandir  encore un peu pour être un "combattant pour la liberté", ailleurs que sur Youtube. 

Plus précisément, dans ses vidéos, il y a une volonté affirmée et réalisée de porter atteinte aux éléments fondamentaux de la société russe: Eglise, vivre ensemble interethnique etc.

Alors comment réagir? Et là, il est plus difficile de trouver une réponse. Tout d'abord, parce qu'il n'y a pas réponse idéale face à ce comportement. Et c'est justement sur cette faiblesse intrinsèque à toute société développée et  cultivée que joue ce type d'individus. Ne pas réagir, laisser faire, mais jusqu'à quel point? Permissivité ou sanction? Hésitation éternelle et éternellement sans réponse parfaite.
 
Faisons le parallèle avec Pussy Riot. Avant leur incarcération, elles avaient eu des amendes et chaque fois elles avaient recommencé. Uniquement après leur incercération puis la grâce présidentielle, elles se sont calmées et sont allées vers des terres plus accueillantes, les Etats Unis.
 
Donc au bout d'un moment, la réaction est nécessaire, car la société estime que ses règles sont violées et son seuil de tolérance dépassé. Mais à quel moment?
 
L'on pourrait faire un autre parallèle et tous les parents me comprendront. Comment réagir face à un adolescent en pleine crise de moi je sais tout, moi j'existe et vous ne comprenez rien? Comment réagir? Comme on peut. On peut donner une giffle lorsque l'on n'en peut vraiment plus, la barrière devient physique et rappelle les réalités, les contingences. Mas si on le fait systématiquement, cela n'a aucune vertu éducatrice. Car, en fait, c'est avant qu'il faut agir, tisser les liens qui permettront de garder le contact même/malgré l'adolescence et la recherche de soi.
 
Le développement de la provocation gratuite, de l'agressivité, de l'insolance est une période du développement de l'individu, c'est surtout un signe de sa faiblesse. Mais il est justement important de rappeler qu'il existe des règles, tu as le droit de les transgresser, mais tu dois en répondre. Ce sont les barrières qui font grandir. La liberté absolue n'existe pas, elle n'est que la loi du plus fort. Chaque société doit réagir en fonction de ses codes intéreurs, comme chaque famille, même s'il est toujours plus facile de fermer les yeux et de laisser couler, c'est rarement rendre service à long terme.
 
L'on appréciera le rappel de l'Eglise orthodoxe en juillet qui soulignait que les Pokemons comme n'importe quel jeu électronique provoque des dangers sur le développement de l'individu, sur la construction de sa personnalité, sans même parler des risques de dépendance. Mais ce jeu comporte des dangers particuliers, liés à la sécurité et des individus et des Etats. Des interdictions, partielles ou totales, sont ainsi de plus en plus ouvent adoptées par les Etats. 


08/09/2016

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