Parmi les personnalités de l’Ukraine de la Junte de Kiev vantée à l’envie en Occident, beaucoup sans la Révolution brune du mouvement Euromaïdan seraient restés de pâles et obscurs personnages, falots et insignifiants. Aujourd’hui ce sont des « héros », ils sont magnifiés par une intense propagande et décrits en France et en Europe comme de brillants espoirs pour la « Démocratie ».

L’un d’eux est Semen Semenchenko. Vous ne trouverez guère d’informations à son propos en langue française et pour cause, lui comme de nombreux nationalistes ukrainiens sont en fait le reflet exact de ce qu’est le régime de Porochenko : une coquille vide.

 

Né en Crimée à Sébastopol en 1974 Semenchenko ; de son vrai nom Constantin Grishin ; est en réalité l’un des Ukrainiens de l’ethnie russe du pays et de son propre aveu, ses parents et son frère vivent encore en Crimée et refusent de quitter la région désormais partie intégrante de la Fédération de Russie. Notre drôle de nationaliste est donc russophone et a vécu la moitié de sa vie en Crimée, l’autre dans le Donbass à Donetsk où il était un citoyen ordinaire parmi beaucoup d’autres. Son père est russe, sa mère ukrainienne et son épouse de même nationalité, c’est l’histoire de tout un pays.

 

C’est en commençant ses activités révolutionnaires du Maïdan, qu’il a préféré prendre ce nom de militant pour « protéger » sa famille qui n’a toutefois jamais été inquiétée et qui ne semble pas exactement se trouver du même avis. A Donetsk, il fut l’un des militants de la Révolution Orange en 2004 et un cadre de l’Euromaïdan à partir de l’hiver 2013.

 

Son engagement nationaliste en faveur de Porochenko ; plutôt rare dans l’Est de l’Ukraine ; l’a propulsé sur le devant de la scène. Le manque d’icône à opposer aux insurgés du Donbass a été à la fois sa chance mais aussi une opportunité pour le régime de Kiev faisant feu de tout bois. Semenchenko a depuis fabriqué sa légende dans les médias occidentaux et européens, communiquant à loisir sur son passé. Il fut interviewé le 15 mai 2014 par le quotidien britannique The Guardian et fut décrit dans les lignes de ce média comme ayant fait de brillantes études de cinéma… lui qui n’avait pas dépassé en réalité un enseignement secondaire.

 

Le 27 mai, dans les lignes du média américain Forbes, il se décrivait comme un ancien officier de la Marine ukrainienne qui après avoir quitté ses rangs était devenu entrepreneur. Trois jours plus tard, il affirmait dans l’émission de télévision Vérité ukrainienne, être entrepreneur et l’un des chefs de l’Euromaïdan dans la ville de Donetsk. Ailleurs, il s’affirmait ancien rédacteur de deux journaux à Sébastopol, plus loin administrateur de diverses sociétés.

 

Plus récemment dans l’automne 2014, il était encore plus prolixe expliquant qu’il avait étudié dans quatre écoles, dont une militaire, deux autres où il avait étudié les finances et le cinéma… sans jamais passer de diplômes affirmant très sérieusement avoir été écœuré par le système éducatif… russe qui ne fonctionnait que sur la base de l’argent. Vous lirez sans doute comme nous, simplement la carrière ratée, d’une personnalité brouillonne et instable en mal de reconnaissance.

 

Sa « carrière », lui l’homme déçu des honneurs que la vie effrontée ne lui avait pas décernée, il entendait bien les recevoir lorsqu’il créa en avril 2014 le bataillon Donbass. Il fut bientôt au service et aux ordres du ministère de la Défense de Kiev pour lutter contre les séparatistes.

 

A partir de ce moment et jusqu’au 1er septembre 2014, il n’apparut que sous son faux nom et toujours affublé d’une cagoule. La particularité de ce Zorro ukrainien fut pendant des semaines et des mois la cause de bien des fantasmes parmi les jeunes filles de l’Ouest de l’Ukraine s’imaginant un Apollon mélangé avec le dieu Mars. Relayé inlassablement par les médias ukrainiens, sa présence ainsi que celle d’activistes du Pravy Sektor locaux permettaient la justification de l’intervention militaire de Porochenko contre son propre peuple en arguant du fait qu’il y avait une autre Ukraine de l’Est, celle du Cyborg Semenchenko.

 

En réalité, ses tentatives de fonder sur place un contre mouvement, Volonté du Peuple, fut un échec retentissant. Ayant préféré comme cadre du mouvement néonazi Pravy Sektor s’éclipser à Dniepropetrovsk, Semenchenko soutenu par Kiev entama la collecte de fonds pour former « des milices armées » dans l’Est de l’Ukraine et sur tout le territoire du pays pour lutter contre les « terroristes ». Les collectes furent insuffisantes pour la formation et l’équipement des volontaires et l’unité comme d’autres fut financée massivement par l’oligarque et homme d’affaires israélo-chyprio-ukrainien Ihor Kolomoïsky.

 

Dénommé 24e bataillon dit Donbass et avalisé par le ministère de la Défense ukrainien le 30 avril 2014, les sbires de Semenchenko purent laisser exploser leurs instincts les plus barbares dans la malheureuse ville de Dniépropetrovsk en terrorisant les populations, se livrant à des enlèvements, des tortures, des meurtres et divers pillages. Semenchenko devant les complications de la situation dans le Donbass et les pertes sévères vînt le 29 juin 2014 à Kiev pour exiger l’imposition de la loi martiale dans le pays et demander la guerre à outrance.

 

Le bataillon fut composé officiellement de 460 hommes, l’unité qui paraissait peu combattive et qui excellait dans « le maintien de l’ordre » fut dirigée dans le Donbass s’illustrant tristement par la cruauté inouïe de ses hommes. Ses volontaires n’étaient en effet pas soldés, ni équipés par l’Armée et ne demandèrent officiellement avec les autres unités répressives très similaires aux Einsatzgruppen allemands de la Seconde Guerre mondiale (Dniepr et 2, bataillon Azov, Aydar etc.) leur rattachement que le 4 septembre 2014. Ce fut l’occasion pour ces ultras révolutionnaires de demander à être équipés d’armes lourdes.

 

En réalité, malgré les affirmations de Semenchenko en mai 2014, son unité ne comptait pas plus de 120 hommes, dont peut-être 90 étaient des russophones attirés en fait par les fortes primes et salaires offerts grâce à la générosité de l’oligarque Kolomoïsky. S’étant livré à des crimes de guerre et de nombreux pillages, l’unité fut décimée. En particulier durant la bataille du village de Karliva où Semenchenko laissa sur le terrain des morts, des blessés et des prisonniers. A cette occasion, il menaça de représailles sur son Facebook les populations civiles locales au cas où il serait fait du mal aux militaires abandonnés sur le terrain.

 

Le 19 août, durant la bataille d’Ilovaïsk Semenchenko en personne fut blessé d’éclats d’obus dans la cuisse et dans le dos et opéré à Dniepropetrovsk. Cette bataille qui fut un tournant, se déroula entre le 10 août et le 3 septembre 2014. Elle fut le tombeau du bataillon, toutes les forces ukrainiennes essuyèrent la perte de 360 tués, 180 portés disparus, plus de 500 blessés et 545 prisonniers. Le Cyborg qui avait tant fait parler l’Ukraine décida d’enlever pour la première fois sa cagoule le 1er septembre 2014 et de révéler sa véritable identité le 10 octobre.

 

Il déclara devant la télévision que jusqu’à cette date, le bataillon avait eu 52 tués, 120 blessés, 140 limogés (pour des actes de pillage et des violences et tortures contre les populations et les prisonniers), et le remplacement par environ 400 recrues de tous les horizons. Malgré le piètre bilan sur le terrain, Il n’en fut pas moins décoré par le Premier ministre Iatseniouk et nommé au grade de Lieutenant-colonel.

Son passage de l’obscurité et du mystère de sa cagoule à la lumière médiatique fut l’occasion d’un raz de marée d’investigations. L’enquête qui en découla démontra qu’en effet Constantin Grishin alias Semenchenko avait été à la tête d’une entreprise spécialisée dans les paraboles et la télévision satellite qu’il avait liquidé au printemps 2014 avant de fuir à Kiev avec son épouse et ses enfants.

 

La révélation de son identité et de son visage fut la cause d’une immense déception en Ukraine, l’Apollon n’était pas au rendez-vous d’autant plus qu’une photo de lui apparu bientôt sur internet le montrant dans un drôle d’appareil : nu comme un ver, un arc, des flèches et une petite ceinture-sacoche comme seuls attributs vestimentaires, l’appareil génital au vent, le symbole du Cyborg s’effondrait pour laisser place au scabreux et au médiocre, l’homme n’était pas le héros nationaliste, simplement le fasciste ordinaire, aux dérives sexuelles ordinaires et au faciès peu engageant et porcin.

 

Reparti au front pour rejoindre son unité durant l’automne 2014, le bataillon fut renfloué de nouvelles recrues pour la plupart d’Ukraine de l’Ouest, des Biélorusses, des Géorgiens tels que Sergo Zumbulidze surnommé Le Doberman vétéran la guerre de Géorgie en 2008, ou encore Irakli Kurasbediani, lieutenant-colonel, ancien chef du renseignement militaire du Ministère de la Défense de Géorgie présent dans le bataillon comme « consultant » et même un néofasciste espagnol. Malgré la qualité déficiente de l’unité, le bataillon fut mis en avant et l’objet de reportages de médias occidentaux tels que Reuters, Associated Press et d’autres journaux du Danemark et des Pays-Bas.

 

Entre deux grimaces-sourires aux journalistes de l’Occident, Semenchenko ne se priva pas de déclarer le 14 décembre 2014, qu’il fallait bloquer l’aide humanitaire en direction des populations du Donbass dans le but d’obtenir la libération des « otages », en réalité des soldats ukrainiens prisonniers. Les premiers craquements médiatiques sont venus de Lettonie, où une militante des Droits de l’Homme, Ejnars Graudins fut interviewée par le média russe Rossiskaya Gaziéta après un voyage dans l’Ukraine de l’Est à la fin de l’année 2014. Elle déclara avoir relevé des dizaines de témoignages terribles sur les exactions et les crimes de guerre commis par les « libérateurs » du bataillon Donbass : exécutions arbitraires de civils et de prisonniers, viols massifs sur des femmes ou des enfants, pillages et exactions qui furent réfutés par Semenchenko le 15 novembre 2014 devant NTV.

 

Les restes du bataillon ont fondu dans les batailles contre les insurgés autrement plus coriaces que les dizaines de femmes outragées, enfants martyrisés et vieillards délestés de leurs biens. Le bataillon a été à nouveau décimé à la fin de janvier 2015, dans la déroute générale de l’Armée ukrainienne. L’homme à la cagoule, le héros du Maïdan et des médias occidentaux a été gravement blessé dans le chaudron de Debaltsevo, à Ouglegorsk le 31 janvier 2015 d’où il a été évacué in extremis subissant par ailleurs un accident lors de son évacuation dans le cauchemar du Donbass qu’il s’était vanté d’écraser avec son seul bataillon à la fin du mois de mai 2014.

 

Blessé de multiples fractures et d’une perforation à un poumon, son état a été stabilisé et malgré les sévères blessures qu’il a reçues son pronostic vital n’a pas été engagé. Les débris du bataillon Donbass, dans la plus grande panique se sont enfuis en abandonnant tout leur matériel sur place au milieu de février 2015, laissant plusieurs dizaines de tués, de blessés et de prisonniers derrière eux. Le silence et le voile se sont abattus à nouveau sur ce pur produit de la Révolution aux mains désormais ensanglantées. L’imposteur, pour l’instant est retourné à son anonymat, il ne fera plus jamais rêver les jeunes ukrainiennes et hantera longtemps les cauchemars des victimes de ses miliciens de l’horreur qui se voulaient de la Liberté.

Laurent Brayard pour Novorossia Vision