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Chronique des temps présents : Minsk 2, la paix ou la guerre ?

Chronique des temps présents : Minsk 2, la paix ou la guerre ?
Le 12 février 2015, deux accords majeurs ont été conclus par l’Ukraine.
Le premier avec le FMI concernant un MEDC (Mécanisme élargi de crédit) de $17.5mds sur 4 ans et le second à Minsk avec la Russie, la France et l’Allemagne portant sur un cessez-le-feu dans le Donbass.
L’un comme l’autre sont essentiels à la survie du pays, l’un comme l’autre présentent des risques considérables ainsi que des avancées concrètes.

Le MEDC du FMI

En remplacement du programme précédant, également de $17.5mds et interrompu à cause de la guerre, le MEDC signé par l’Ukraine s’inscrit dans un programme de refinancement plus large de $40mds, qui met à contribution les États-Unis, l’UE, certains autres pays créditeurs comme le Canada ou le Japon, la Banque Mondiale et les créditeurs privés dans des proportions qui restent encore à déterminer. Malgré les sourires de circonstance et un certain soulagement des marchés, cet accord fut arraché aux forceps et certaines conditions, notamment la double augmentation du prix du gaz pour la population de 300% en 2015 et en 2016, furent âprement discutées.

Le deuxième point de contention fut le rythme des réformes administratives qui, aux yeux des créditeurs, traînent trop en longueur et ne sont pas de nature à rassurer quant à la détermination du gouvernement de Kiev à lutter contre la corruption vertigineuse sévissant toujours dans son administration. Enfin, les modalités de la mise à contribution des créditeurs privés restent à déterminer. On notera le rôle crucial que devra jouer le fonds d’investissement américain Templeton qui détient la moitié de la dette publique ukrainienne (soit environ $7 à $8mds) et qui a pesé de tout son poids sur les négociations.

Sur ce dernier point, il faut préciser que l’Ukraine tenta un moment et sans succès de demander à la Russie d’effacer une partie de la dette de $3mds qui arrive à maturité en décembre de cette année et dont la Fédération russe est en droit de réclamer le paiement intégral et anticipé en raison d’une clause d’endettement que l’Ukraine a enfreinte.

Il apparaît clairement que les conditions drastiques de ce programme – dont la multiplication par 6 du prix du gaz souhaitée par le FMI – vont laisser des marques profondes auprès de la population ukrainienne déjà fortement éprouvée par la crise et par les mesures suivantes : la contraction économique de 7,5% en 2014, une inflation de 28%, l’explosion du cours de la Hryvna qui a perdu 70% de sa valeur vis-à-vis du dollar en un an, ainsi que quatre vagues de mobilisation aussi inutiles qu’impopulaires.

En plus de ce programme de refinancement, l’Ukraine souhaite également organiser une conférence des donateurs en avril afin de collecter jusqu’à $15mds supplémentaires de la part de donateurs institutionnels, privés et publics. C’est, entre autre, pour cette raison qu’il lui était essentiel de signer également l’accord de Minsk 2 avec la Russie.

Minsk 2

Sans rentrer dans des spéculations sur l’origine du texte (il y de fortes présomptions qui poussent à croire que ce texte fut proposé par le Kremlin), force est de constater qu’il est nettement en faveur des séparatistes et semble indiquer que le Président russe a, en partie, eu gain de cause. Cet accord, signé par les représentants de la DNR, de la LNR, de l’OSCE, de l’Ukraine et de la Russie est à peu de chose près une copie de l’accord de Minsk1 signé par les mêmes protagonistes le 5 Septembre dernier. Il y a toutefois 4 différences de tailles :

1)  Les points les plus délicats sont soumis à un calendrier strict donc potentiellement source de risque. Le cadre temporel de la mise en place des points de Minsk 1 était beaucoup plus vague et sujet à interprétations multiples. Ainsi, la réforme constitutionnelle sur la décentralisation (et non la fédéralisation, mince victoire pour Kiev) doit être passée avant la fin de l’année 2015. D’autre part, la délimitation des zones de contrôle de deux parties doit être établie dans les 30 jours.

2)  Le contrôle de la frontière entre la Russie et les zones rebelles reste sous contrôle russe et rebelle jusqu’à la tenue d’élections dans le Donbass, donc jusqu’à la fin 2015 au plus tôt.

3)  Le rétablissement du paiement des retraites et autres sommes dues par Kiev aux habitants du Donbass.

4) L’accord Minsk2 est cette fois soutenu par une déclaration commune des 4 chefs d’État français, allemand, ukrainien et russe, mettant ainsi les quatre sponsors de ce document devant leurs responsabilités.

Il y a néanmoins 2 points cruciaux qui pourraient menacer dès dimanche 15 février, la mise en place de cet accord :

1) Debaltsevo. Ce saillant entre Donetsk et Louhansk concentre depuis 3 semaines l’essentiel des combats dont l’intensité a atteint un degré très élevé au cours des derniers 5 jours. L’armée ukrainienne, qui insiste sur le fait qu’il n’y a pas d’encerclement, est déterminée à conserver cette ville du côté loyaliste après la mise en place du cessez-le-feu. Les séparatistes semblent cependant avoir encerclé le saillant et considèrent cette zone comme leur. Si les combats acharnés autour de Debaltsevo ne cessent pas d’ici au 15 février à 00h00, Minsk2 risque d’être mort-né.

2) Dans le cas – peu probable – où les armes se taisent dès dimanche et ce, pour une durée significative, il restera à Poroshenko la difficile tâche de faire accepter à une opinion publique de plus en plus hostile et à un Parlement capricieux un accord qui lui fut imposé par des partenaires européens de plus en plus las des risques que pose ce conflit aux portes de l’UE. N’oublions pas que toute réforme constitutionnelle a besoin d’un vote des 2/3 (soit 300 sur 450) au Parlement et que la cohérence de la coalition, qui dispose de suffisamment de votes pour l’instant, pourrait être menacée.

Le rôle des États-Unis

Grand absent des négociations de Minsk, les Américains ont fait part de leur espoir prudent quant aux chances que cet accord aboutisse à une paix durable. L’option militaire, naguère inimaginable, commence à faire son chemin et de plus en plus de membres de l’administration se rallient aux positions bellicistes du sénateur McCain – le vétéran du Sénat maintenant à la tête de la puissante commission des armées.

Malgré ses faiblesses et grâce à la détermination de Susan Rice, son Conseiller à la Sécurité Nationale, le président Obama a, jusqu’à présent, résisté aux appels des faucons visant à intensifier et officialiser l’aide militaire, déjà très active, en Ukraine. Toutefois, avec la décision d’envoyer en mars prochain 600 parachutistes de la 173ème brigade aéroportée américaine à Lvov, afin de former les forces ukrainiennes, la position du Président américain apparaît de plus en plus comme une modération de façade.

Finalement, en dépit d’une réelle volonté d’aboutir à une stabilisation du Donbass, les signataires de l’accord pourraient voir leurs efforts compromis et le processus de désescalade saboté par l’intervention maladroite et brutale de 600 GI’s américains sur le sol de Galicie.

Alexis Nemiroff

 

À propos de l'auteur

Alexis Nemiroff est spécialiste des marchés émergents qu'il couvre depuis 20 ans. Il a passé plus de 10 ans en Ukraine et en Russie pour le compte de différentes banques d'investissement et a travaillé comme reporter en Afrique et en Asie du Sud Est. Après des études scientifiques à Paris, il a obtenu un MBA en Angleterre.

1 commentaire sur "Chronique des temps présents : Minsk 2, la paix ou la guerre ?"

  1. Vladimir K 15 février 2015 à 8:12 · Répondre

    Imaginons que la guerre s’arrête demain, que se passe-t-il concrètement ?

    – Les américains perdent la face, car ils ne sont pas à l’origine de ce “succès”
    – l’Ukraine devient démocratique : Poroshenko et Yatsenyuk devront donc se débarrasser de leurs avoirs (pour rappel, Poroshenko est devenu milliardaire alors qu’il était député, puis ministre… ce qui n’est pas sans poser de questions ; il serait intéressant d’étudier leurs revenus/patrimoines depuis le début de la crise), les milices devront être démantelées.

    – l’Ukraine devient démocratique donc : aux prochaines élections, si une opposition passe, les actuels dirigeants risquent le même sort que Yulia Timoshenko, vont-ils se laisser faire ?

    Interrogeons nous à qui profite la guerre, à qui profite la paix. Après tout, on nous prépare un peu beaucoup au fait que cet accord ne sera pas respecté.

 



17/02/2015

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