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Frappes aériennes en Syrie : Poutine prêt à la guerre médiatique

D’après le président de la Commission des affaires étrangères de la Douma, Alexeï Pouchkov, la campagne de frappes aériennes russes en Syrie devrait durer de trois à quatre mois.


 
 
 
 
 
 
 
 
 

Alors que plusieurs pays durcissent le ton contre Moscou, l’armée de l’air russe a mené, jeudi 1er octobre, sa deuxième vague de frappes aériennes en Syrie.

Frappes russes mercredi contre un entrepôt d'armes de l'EI.

Frappes russes mercredi contre un entrepôt d’armes de l’EI.

Au cours des dernières 24 heures, l’aviation russe a effectué 18 sorties et frappé 12 cibles de l’État islamique en Syrie, a indiqué le ministère russe de la défense, vendredi 2 octobre.

« Ces raids ont permis la destruction d’une base de commandement et d’un centre de communication dans la région d’Alep, d’un camp de combattants de l’EI près d’Idleb, d’une base de commandement dans un complexe fortifié de la région d’Hama et d’un camp d’entraînement à proximité de Racca. Les frappes ont détruit complètement d’importants entrepôts de munitions et d’armes de l’organisation terroriste », assure le communiqué.

Frappes contre le camp de combattants

Parallèlement, les gouvernements français, allemand, qatari, saoudien, turc, anglais et américain ont demandé à la Russie, dans une déclaration commune, de cesser ses offensives militaires en Syrie. Selon eux, les opérations russes « constituent une nouvelle escalade et ne feront qu’attiser l’extrémisme et la radicalisation ». « Nous exprimons notre vive inquiétude quant au renforcement de l’engagement militaire russe en Syrie et, en particulier, quant aux frappes de l’armée de l’air russe sur Hama et Homs, hier [mercredi], qui ont tué des civils et ne visaient pas Daech », peut-on lire sur le site du ministère français des affaires étrangères.

À en croire les données cartographiques de la région, les provinces de l’ouest du pays, où sont concentrées les frappes, ne sont pas tenues par l’État islamique mais par d’autres groupes et mouvements, tels l’Armée libre syrienne, le groupe armé salafiste Ahrar al-Cham, financé par l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie, et le Front Al-Nosra (ou Jabhat al-Nosra), un groupe armé salafiste djihadiste, branche syrienne d’Al-Qaida, classé comme « groupe terroriste » par Washington.

Face à ces accusations, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a assuré une nouvelle fois jeudi que « les rumeurs selon lesquelles les cibles ne sont pas des positions de l’État islamique sont sans fondement » et indiqué avoir dit « en toute honnêteté » à son homologue américain, John Kerry, que la Russie intervenait à la demande de la présidence syrienne, pour combattre « Daech et les autres groupes terroristes ».

Concernant le bilan des victimes avancé par certains États, aucun rapport officiel sur les frappes russes n’a encore été publié, et la détermination du nombre de morts, civils ou non, s’avère une mission très délicate depuis le début de la crise syrienne, comme l’ont souligné à de nombreuses reprises les ONG internationales. Les seules informations disponibles, pour l’heure, ont été communiquées par le chef de l’opposition syrienne en exil à New York, Khaled Khoja, qui estimait mercredi que les frappes de Homs avaient tué 36 civils « innocents » dans « des zones ayant combattu » l’EI.

Vendredi, l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), un organisme d’information dirigé depuis le Royaume-Uni par le Syrien en exil Rami Abdel Rahmane, assurait pour sa part qu’au moins sept civils, dont deux enfants, avaient péri jeudi dans la province d’Idleb, selon des informations fournies par un réseau de correspondants sur place.

SYRIE карта-01

Moscou se défend et se dit « victime d’une attaque médiatique ». Selon Vladimir Poutine, qui assure être « prêt à cette guerre de l’information », les données de certains médias sur de prétendues pertes civiles en Syrie ont été diffusées « avant même le décollage de nos avions ». « Toutefois, cela ne signifie pas que nous ne devons pas prêter attention à ces informations », a-t-il ajouté, mercredi, lors d’une réunion du Conseil russe pour le développement de la société civile et les droits de l’homme.

S’exprimant face à la presse, mercredi, le directeur-adjoint de l’état-major de l’armée de l’air américaine, Robert Otto, confirmait une partie des dires du président Poutine, assurant que les forces aériennes russes n’avaient pas visé de cibles de l’opposition syrienne soutenue par les États-Unis. « Nous étudions le scénario dans le cas où de telles frappes auraient lieu, ce qui n’a pas encore été observé », a expliqué le représentant américain, cité par TASS.

Mieux, ce dernier souligne que Washington continue de plaider pour une collaboration russo-américaine en Syrie et, plus particulièrement, pour l’échange d’une partie des informations concernant les missions de vol, afin d’éviter tout incident entre les armées respectives.

Vladimir Poutine s’est d’ailleurs félicité de l’établissement d’un système d’échange de données entre les services secrets et les départements de la défense américain et russe. « C’est en cours, et j’espère que ce processus conduira à la création d’un mécanisme de dialogue permanent », a-t-il déclaré, mercredi, en marge du Conseil des droits de l’homme.

La Russie a mené ses premiers raids aériens en Syrie mercredi 30 septembre, quelques heures après avoir reçu le feu vert unanime du Conseil de la Fédération. D’après le président de la Commission des affaires étrangères de la Douma, Alexeï Pouchkov, la campagne de frappes aériennes russes en Syrie devrait durer de trois à quatre mois.

La guerre civile syrienne est un conflit armé qui fait rage depuis mars 2011. Au départ, il opposait le gouvernement aux rebelles, qui exigeaient le départ de l’actuel président, Bachar el-Assad. Depuis 2014, plusieurs autres factions ont rejoint les combats pour le contrôle du territoire, dont l’État islamique, qui contrôle tout l’Est du pays, le Jabhat al-Nosra et d’autres groupuscules de plus petite taille. Le Nord du pays est contrôlé par le Parti de l’Union démocratique kurde, qui se bat également contre l’EI.

Le régime syrien bénéficie des renforts du Hezbollah, de groupes armés irréguliers et de brigades chiites irakiennes et étrangères, ainsi que du soutien de l’Iran et de la Russie. Téhéran a déjà envoyé de nombreux conseillers militaires à Damas et promis de soutenir le gouvernement syrien jusqu’au bout.

Toutes formations militaires confondues, Bachar el-Assad disposerait d’environ 140 000 soldats, estime l’expert militaire russe Vladimir Evseev, cité par RBK.



03/10/2015

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