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Lorsque avant-hier en fin d'après-midi Vladimir Poutine a prononcé son discours corrosif à l'ONU, il était clair que la Russie était sur le point de passer à l'offensive. Cela n'a pas trainé, dés mercredi matin, Sergeï Ivanov, le chef de l'administration présidentielle de Russie a déclaré : « Je veux vous informer que le président de la République arabe de Syrie a demandé son aide militaire au gouvernement de notre pays. Ainsi, on peut constater qu'il faut bien entendu lutter contre le terrorisme, il faut unir les efforts, mais dans le même temps il faut respecter le droit international », (Source) Sous-entendu, ce que ne font pas les pays de la coalition de Washington, qui n'ont pas demandé l'autorisation au pouvoir légitime de Syrie pour intervenir dans l'espace aérien de ce pays.

Le secrétaire d'État John Kerry a affirmé que Washington était disposé à accueillir favorablement les bombardements russes s'ils visaient « réellement » l'EI, tout en considérant que l'organisation djihadiste ne pouvait être vaincue si Bachar al-Assad restait au pouvoir... laissant entendre que Bachar El Assad aurait créé l'État islamique, histoire de se faire bombarder lui-même...

Les forces russes stationnées en Syrie, en soutien aux forces gouvernementales, ont procédé mercredi à leur premier bombardement aérien près de la ville de Homs. Moscou a informé Washington de ses intentions une heure avant le début des bombardements, prenant une nouvelle fois de court la politique américaine.

Suite à la demande du président Bachar el Assad, en conformité avec le droit international, Vladimir Poutine a obtenu de la Douma (parlement russe) l'autorisation d'engager des frappes aériennes en Syrie. Dans la matinée, les parlementaires russes ont approuvé à l'unanimité la demande du Kremlin d'autoriser le recours à un « contingent militaire » à l'étranger, dans un vote similaire à celui qui avait précédé l'envoi de forces spéciales russes dans la péninsule ukrainienne de Crimée peu avant son rattachement à la Russie en mars 2014.

Ces frappes sont intervenues avant que commence une réunion du Conseil de Sécurité des Nations-Unies qui a débuté à 14h00 GMT présidée par Sergueï Lavrov, le ministre de la diplomatie russe. Une réunion dont l'objet était la « menace terroriste ». Une réunion qui, semble-t-il, a quelque peu fait illusion à « Ceux qui sont au sommet de la pyramide » .


Commentaire : On pourra savourer une fois de plus la rhétorique de Poutine, bien loin des discours consensuels et soumis des carpettes occidentales :

Nous savons tous qu'après la fin de la guerre froide, il n'y a eu plus qu'un centre de domination dans le monde entier et ceux qui étaient au sommet de la pyramide se sont dit : puisque nous sommes aussi forts et exceptionnels, personne ne sait mieux que nous ce qui est possible, ce qu'il faut faire et par conséquent il n'y a plus à rendre compte aux Nations-Unies, puisqu'il arrive très souvent que cette organisation gêne et ne fasse que mettre des bâtons dans les roues au lieu de faire adopter des décisions afin de légitimer les actes nécessaires. Des rumeurs ont surgi alors, disant que l'Organisation des Nations Unies dans la forme sous laquelle elle avait été créée a déjà rempli sa mission historique et était devenue obsolète.
Naturellement le monde change et l'ONU doit aussi s'adapter à cette transformation. La Russie est prête à contribuer à cet effort avec ses partenaires sur la base d'un large consensus, mais nous considérons comme étant extrêmement dangereuses les tentatives qui visent à ébranler l'autorité et la légitimité des Nations unies. Cela risque de conduire à l'effondrement de toute l'architecture des relations internationales. Dans ce cas il ne resterait plus aucune règle sinon le droit du plus fort. Ce serait un monde dans lequel l'égoïsme se substituerait au travail d'équipe. Un monde dans lequel il y aurait de plus en plus d'oppression, et de moins en moins d'égalité des droits, de démocratie réelle et de liberté, un monde dans lequel au lieu d'États véritablement indépendants existeraient des régimes qui, de facto, seraient des protectorats et des territoires contrôlés de l'extérieur.

Le ministère russe de la Défense a déclaré que l'aviation avait procédé à des « frappes de précision » en Syrie, détruisant notamment des « équipements militaires », des moyens de communication et des « stocks d'armes et de munitions » de l'Etat Islamique. La Syrie précise que l'aviation russe, en coopération avec l'armée syrienne, a frappé « des positions terroristes » situées dans trois provinces de Syrie, à Hama, Homs et Lattaquié, dans le nord-ouest et le centre du pays.

Le respect du droit international

Vladimir Poutine a déclaré lors d'un conseil des Ministres : « Le seul moyen de lutter efficacement contre le terrorisme international - en Syrie comme sur les territoires voisins - (...) est de prendre de vitesse, de lutter et de détruire les combattants et les terroristes sur les territoires qu'ils contrôlent et ne pas attendre qu'il arrivent chez nous ». Des propos retransmis par la télévision russe. Le Président russe a insisté pour préciser que les bombardements de l'aviation russe étaient conformes au droit international puisqu'ils répondaient à une demande d'aide militaire formulée par la présidence syrienne qui a confirmé que l'envoi d'une lettre officielle avait été fait par Bachar el-Assad, de manière à suppléer à une résolution de l'Onu. Poutine a également précisé que le dispositif ne concernait pour le moment que des frappes aériennes sans engagements au sol.

Les Etats-Unis qui ont, les premiers, annoncé les frappes russes, ont été pris de vitesse une fois encore. Le secrétaire d'Etat américain John Kerry s'en est d'ailleurs plaint à Sergeï Lavrov au téléphone. Le Pentagone a précisé, pour sa part, que la coalition menée par les USA poursuit ses frappes, malgré le conseil donné par la Russie d'éviter l'espace aérien syrien. Ce qui signifie que des erreurs de frappes pourraient survenir dorénavant entre les deux coalitions bien que sensées poursuivre le même but. Le président de Russie l'a exprimé clairement à l'ONU :
Il est aussi irresponsable de manipuler ces réseaux extrémistes afin de les engager à ses propres services pour défendre ses propres fins politiques. Nous considérons que toute tentative de flirter avec les terroristes ou de les armer est une approche myope qui risque de provoquer l'incendie et de faire déborder la menace terroriste qui pourrait se propager à de nouvelles régions de la planète. (...) Les données récentes sur les transferts d'armes à l'opposition « modérée », entre guillemets, en sont la meilleure preuve. » a déclaré M. Poutine
Les guillemets à la modération de ses opposants démontre que le Kremlin n'est pas dupe.

Hollande à l'ONU plaide pour les intérêts arabes

A propos des « opposants « modérés », Hollande a précisé dans un livre qu'il les avait lui-même armés. D'ailleurs, a part pour se faire élire, jamais on n'avait vu François Hollande défendre avec tant de fougue un sujet. C'est pourtant ce qu'il a fait à l'ONU. Il a défendu les groupements terroristes islamiques qui opèrent en Syrie, en minimisant au maximum les horreurs qu'ils commettent, pour les mettre sur le dos d'Assad. Plutôt qu'écouter le discours de Poutine il a préféré recevoir à la représentation française à l'ONU la coalition syrienne, qu'il estime être la seule opposition « démocratique, modérée et légitime » dans le pays. (Source) Les chrétiens qui n'ont pas été assassinés peuvent témoigner de la modération des protégés de M. Hollande.

On se rappelle de quelle belle façon l'armée française sous Sarkozy avait attaqué, en 2012, la Libye pour la « libérer » du dictateur qu'était Kadhafi, avec le résultat que l'on sait, c'est-à-dire que depuis le chaos et la terreur sont installés dans ce pays, qui sans être un paradis était en paix et florissant. Hollande avait voulu faire le même coup en Syrie mais la Russie avait alors neutralisé l'attaque, ce que l'oligarque français ne cesse de déplorer depuis. Sarkozy avait mis l'armée française au service des intérêts qatari et arabes, les mêmes que F. Hollande continue de servir avec un zèle que N. Sarkozy pourrait lui envier.

Le réseau de la coalition russe

Selon le général russe Iouri Iakoubov, les informations sur les frappes aériennes seront transmises aux États-Unis via le centre d'information et de coordination antiterroriste mis sur pied à Bagdad par la Syrie, l'Iran, l'Irak et la Russie, à l'initiative de Moscou. L'Irak s'échappant de la sorte de la domination américaine, les USA qui avaient mené une guerre d'invasion meurtrière dans le pays pour en prendre le contrôle en 2003. Vladimir Poutine a d'ailleurs proposé à tous les États intéressés de participer à l'activité du centre d'information et de coordination de Bagdad... Ce qui signifie que si Obama et Hollande veulent cesser leur double-jeu avec les islamistes, ils sont les bienvenus pour le combattre réellement, parmi les États qui sont en première ligne. D'ailleurs la déclaration du porte-parole du ministère irakien de la Défense, ne laisse aucun doute: « Si la Russie participe aux frappes, cela aura forcément une influence positive dans la lutte contre les terroristes en territoire irakien », a-t-il indiqué. La Chine de son côté s'est réjouie que la Russie crée les bases d'une coalition internationale en Syrie... faisant fi de celle dirigée par Washington.

Le Président russe a précisé que tous les pays ont été informés des axes de l'action russe en Syrie. Pour bien montrer que la Russie et ses alliés n'agissent pas dans « un petit cercle d'amis qui décide en cachette » a l'insu de tout le monde, ainsi qu'il l'a dénoncé dans son discours à l'ONU.

L'objectif assumé de la Russie dans son intervention, est de lutter contre les terroristes islamistes et pour soutenir le pouvoir légitime syrien. « Il ne s'agit pas de réaliser un quelconque objectif géopolitique ou d'assouvir une quelconque ambition, comme nous en accusent régulièrement nos partenaires occidentaux. Il s'agit des intérêts de la Russie », a poursuivi Sergueï Ivanov.
« Aujourd'hui nous apportons notre soutien militaire et technique à l'Irak, à la Syrie et à d'autres pays de la régions qui mènent le combat contre les groupements terroristes. Nous pensons que c'est une grave erreur de refuser de coopérer avec les autorités et l'armée gouvernementale syrienne », a précisé Poutine sans détours à l'ONU lundi.
La locomotive russe face aux double-jeu occidental

Le bras de fer entre Barack Obama et Poutine est donc passé à la phase active. Moscou ayant pris le temps de tirer les leçons de l'échec flagrant de la coalition de plus de 60 pays qui n'a pas entravée l'expansion des groupes islamistes terroristes. Lors de son discours à l'ONU en début d'après-midi lundi, Barack Obama avait écarté toute possibilité de maintenir Bachar el Assad au pouvoir et l'avait qualifié de « tyran ». François Hollande, pour plaire au roi d'Arabie saoudite et au prince du Qatar avait lui aussi déclaré au cours de la 70ème session de l'ONU, avec hauteur et sans crainte de mentir que Bachar el Assad était le soutien de l'État islamique et qu'il fallait le destituer. Même refrain qu'avec John Kerry..

Ainsi que le montre la large coalition régionale obtenue au Moyen-Orient par la Russie et notamment par les pays les plus concernés par le terrorisme islamique, Moscou ne s'est pas lancé dans la bataille sans préparer minutieusement le terrain, tant d'un point-de-vue diplomatique, que du point-de-vue des infrastructures mises en place à Tartous et à Lattaquié. Lorsque Obama s'est rendu compte de l'avance des russes, il a tenté de la bloquer en interdisant le survol par les avions-cargo russes des espaces aériens, d'Ukraine, de la Grèce, de la Bulgarie, de la Turquie, etc. Mais il était trop tard pour l'Irak qui lui a opposé une fin de non recevoir, et quant à l'Iran, Washington n'a pas osé lui demander de boucher son espace aérien, sachant que la demande était refusée d'avance.

C'est également dans ce contexte qu'il faut placer l'action de la diplomatie russe dans la conclusion du traité de l'Iran sur le nucléaire, qui avait permis un accord avec les USA.

Si l'action de la Russie au Moyen-Orient a bénéficié de l'effet de surprise ce n'est que parce que les oligarques mondialistes qui sont à la manœuvre à Washington sont trop imbus d'eux-mêmes pour avoir perçu la longue préparation de ce projet. Vladimir Poutine, sans précipitation, mais en assurant ses positions comme à son habitude, s'est imposé face à Barack Obama. Washington a été pris de court par Moscou qui a solidement établi ces derniers temps sa position militaire au Proche-Orient à partir de la Syrie, en déployant de l'équipement militaire et en construisant une base aéronavale à Lattaquié. La Russie a également intensifié ses livraisons d'armes à l'armée régulière syrienne. Lundi à l'Onu, l'homme fort du Kremlin avait appelé à la formation d'une « large coalition antiterroriste » contre l'EI, incluant Damas et Téhéran, tandis que Washington avait reconnu l'échec de sa propre coalition.

Réactions occidentales

Comme d'habitude Laurent Fabius, jamais en retard d'une bourde avait déclaré : « Je pense que M. Poutine ne fait que des mots ». Pour des affabulateurs tels que les socialistes qui dirigent la République, on comprend qu'ils aient du mal à imaginer que certains, contrairement à eux, remuent autre chose que du vent. Toujours aussi bien inspiré par « ceux qui sont au sommet de la pyramide », selon les termes de Poutine à l'Onu, le ministre des Affaires Étrangères français a déclaré aujourd'hui : Il y a « des indications selon lesquelles les frappes russes n'ont pas visé Daech, il faudrait vérifier quels étaient les objectifs » des avions russes. »


Commentaire : Est-ce tout ce qu'ils ont à dire ? Des simples "suspicions" sans aucun fondement, comment lorsqu'ils ont faussement accusé la Russie d'avoir frappé le vol MH17 ?


On le voit « l'hypocrisie » dénoncée par Poutine n'est pas prés d'être abandonnée par les instances républicaines. Il est vrai que venant de Fabius, qui s'est officiellement solidarisé avec le Front Al-nosra, on peut s'attendre à tout.

Poutine a pourtant été très direct à la tribune des Nations-Unies, il a précisé que pour la Russie il n'y a aucune différence entre les terroristes islamistes:
Il est hypocrite et irresponsable de dénoncer solennellement la menace du terrorisme international tout en fermant les yeux par ailleurs sur ses canaux de financement et les soutiens au terrorisme. Notamment le trafic de drogue, la contrebande de pétrole et d'armes. Il est aussi irresponsable de manipuler ces réseaux extrémistes afin de les engager à ses propres services pour défendre ses propres fins politiques, tout en espérant ensuite leur régler leur compte et les anéantir. Les données récentes sur les transferts d'armes à l'opposition « modérée », entre guillemets, en sont la meilleure preuve, a déclaré distinctement, traduit dans toutes les langues, diffusé partout, le président russe lundi.
Une guerre réelle est enfin déclarée aux groupes terroristes - soutenus par la coalition turco-arabo-occidentale -, qui peut laisser espérer un règlement du conflit du Moyen-Orient et la fin de la barbarie islamique, mais aussi l'arrêt de la déferlante musulmane en Europe. Mais si la guerre est lancée contre le terrorisme, en même temps la guerre de la désinformation est, en miroir, elle aussi lancée, comme ce fut le cas à propos de la Crimée et de l'Ukraine. « Ceux qui sont au sommet de la pyramide » sont beaucoup plus doués pour faire la guerre de la désinformation plutôt que pour veiller à la paix et à la sécurité des peuples.