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Igor Kolomoïsky dit : «L’Ukraine est comme un enfant qui vient de naître» (+ une ribambelle de mensonges à la US-mode...)

Mis en ligne le 19.02.2015 à 05:59

IGOR KOlOMOÏSKY «Je suis pour les réformes en cours. Je suis prêt à travailler selon les nouvelles règles. Je n’en ai pas peur.»

Michel Guillaume

Interview. Igor Kolomoïsky partage sa vie entre Dnipropetrovsk, Kiev et Genève, où réside désormais sa famille. Il appelleà une thérapie de choc en Ukraine, à l’image de celle qu’avait administrée Leszek Balcerowicz en Pologne.

Vous partagez votre vie entre Dnipropetrovsk, Kiev et Genève. Quelles sont vos attaches avec la Suisse?
J’y suis venu pour la première fois en 1994, en touriste. Ma fille, qui a aujourd’hui 29 ans, a suivi sa scolarité à Genève dès 2001, avant d’entrer à l’université et de se marier. Mon deuxième enfant, âgé de 15 ans, étudie dans une école internationale et participe au championnat suisse U19 de basketball. Tous deux sont bien intégrés ici, ils parlent couramment le français et l’anglais.

Le système politique suisse est très décentralisé. Pourrait-il servir de modèle à une Ukraine elle aussi riche de nombreuses diversités?
Dans deux cents ans peut-être! L’Ukraine est un Etat jeune, qui aura besoin de temps pour s’en inspirer. La Suisse, épargnée par les guerres, n’a pas connu le même destin tragique que le nôtre. Actuellement, notre priorité est d’unifier le pays. Nous venons de faire une mauvaise expérience avec la Crimée, qui disposait d’un statut d’autonomie. La Russie en a profité pour soutenir un référendum et l’annexer.

Avez-vous cessé toutes vos activités d’homme d’affaires depuis votre nomination en tant que gouverneur de l’oblast de Dnipropetrovsk?
Je ne serais pas sincère en prétendant cela. Cette nomination a été trop soudaine, elle a été une surprise pour moi. Mais comme j’étais un de ces oligarques qui n’étaient pas liés avec l’ancien régime, ma décision a été plutôt facile à prendre.

On vous dit très proche des nationalistes ukrainiens…
La propagande russe a répandu des craintes concernant l’arrivée imminente des banderevistes* au pouvoir après le Maïdan en faisant croire qu’une fois aux affaires ceux-ci se mettraient à massacrer les Russes et les juifs, leurs ennemis dWe toujours. De telles craintes ont été dissipées par ma nomination, étant donné que je suis juif. D’ailleurs, il n’existe plus de vrais banderevistes purs et durs dans l’Ukraine actuelle.

Mais un parti nationaliste comme le Pravy Sektor est-il un allié de circonstance?
Les nationalistes ukrainiens sont des alliés de toujours. Il ne faut pas confondre nationalisme et nazisme, un amalgame que font volontiers les Russes. Il n’y a pas de nazis ukrainiens, à part quelques marginaux, comme il y en a dans tous les pays. Il y en a certainement plus en Russie qu’en Ukraine.

L’un de vos voisins, la Pologne, est l’un des pays les plus prospères d’Europe, alors que l’Ukraine est au bord du gouffre. Comment l’expliquez-vous?
Lorsque éclate l’empire soviétique dans les années 90, la situation de l’Ukraine est meilleure que celle de la Pologne. Mais cette dernière a disposé en Leszek Balcerowicz d’un réformateur qui a administré une thérapie de choc au pays. Et, aujourd’hui, elle connaît le succès économique grâce à un réseau dense de PME. En Ukraine, les PME ne réalisent que 10% du PIB. Nous devons encore trouver notre Balcerowicz!

Vous, par exemple?
Non, pas moi! Je suis un ancien oligarque. Je ne peux pas reprendre un tel rôle, qui doit être assumé par une personnalité à l’intégrité morale intacte aux yeux de la population.

Depuis quand vous considérez-vous comme un ancien oligarque?
Depuis que je suis devenu gouverneur. En fait, je ne me suis jamais considéré comme un oligarque. Notre groupe Privat a développé ses affaires sans le soutien du gouvernement en reprenant des entreprises dites du «second marché», soit qui avaient déjà été privatisées. Personnellement, je suis pour les réformes qui sont en cours. Je suis prêt à travailler selon les nouvelles règles. Je n’en ai pas peur.

Soutenez-vous le nouveau gouvernement, qui compte trois ministres étrangers?
Je pense que c’est une bonne mesure. L’important est que ces ministres soient compétents. Dans un pays où le pouvoir est divisé en plusieurs clans, ils auront l’avantage de venir de l’extérieur et d’avoir un regard neutre.

La nouvelle ministre des Finances vient des Etats-Unis. Faut-il craindre une américanisation de l’Ukraine avec un fossé qui s’accroît entre les plus riches et les plus pauvres?
C’est beaucoup trop tôt pour le dire. Notre pays a 23 ans, mais il est encore dans la situation d’un enfant qui vient de naître, dont on ne sait absolument pas ce qu’il va devenir. Nous sommes encore très immatures. Il est difficile de dire la voie que nous emprunterons, sauf que ce ne sera pas celle de la Russie.

Justement: le temps n’est-il pas venu de pacifier vos relations avec ce grand voisin?
La Russie nous a agressés. Nous sommes en guerre avec elle, une guerre non déclarée. Il y a désormais deux scénarios possibles. Ou bien, sous la pression extérieure, la Russie retire ses troupes du Donbass et nous rend la Crimée. A ce moment-là, elle peut redevenir un partenaire pour nous. C’est le scénario optimiste. Ou bien la Russie s’effondre d’elle-même sous l’effet des sanctions économiques, et tous les territoires qu’elle a occupés redeviennent ukrainiens. C’est le scénario pessimiste.

Et quelle est votre vision personnelle?
En signant un accord d’association avec l’UE, l’Ukraine a franchi un pas en direction de l’adhésion. Bien avant, il est prévu que nos citoyens puissent entrer en Europe sans visa à la fin de 2015. Cela pourrait rendre l’Ukraine très attrayante aux yeux de nombreux Russes du Sud, qui pourraient demander la nationalité ukrainienne. Ne souriez pas! Que l’Ukraine devienne un pays heureux et prospère serait un coup fatal pour la Russie.

Ces derniers temps, les rebelles séparatistes ont gagné du terrain. Craignez-vous une offensive sur Marioupol pour obtenir un accès à la Crimée?
Oui, je le crains.

Souhaitez-vous que l’OTAN livre des armes à l’Ukraine?
Oui.

* Stepan Bandera (1909-1959). Héros des nationalistes ukrainiens, mais très controversé car accusé d’avoir participé aux pogroms des juifs durant la Seconde Guerre mondiale. Certains considèrent aujourd’hui qu’un parti comme le Pravy Sektor est son héritier.


APRÈS LE BUSINESSMAN, LE GOUVERNEUR

L’article ci-joint est le deuxième consacré par L’Hebdo à Igor Kolomoïsky et porte sur le rôle politique joué en Ukraine par cet homme d’affaires basé à Genève.

Il fait suite à un premier sujet, publié en mai 2014, qui portait en priorité sur les activités économiques d’Igor Kolomoïsky. Au motif que cet article portait atteinte à sa personnalité, M. Kolomoïsky a obtenu de la justice vaudoise son retrait provisoire du site internet de L’Hebdo et une interdiction provisoire de le republier.

Plutôt que de continuer d’en découdre en justice, M. Kolomoïsky et L’Hebdo ont convenu d’une enquête en Ukraine sur son rôle de gouverneur de l’oblast de Dnipropetrovsk. 

La rédaction


Hebdo » Cadrages



24/03/2015

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