perlagedediams

perlagedediams

INGOUCHIE : DES JOURNALISTES ATTAQUÉS À LA FRONTIÈRE TCHÉTCHÈNE

 

( Des lampistes des 2 côtés. ONG = infiltrés. complot... )

« Ils nous ont frappés à coups de battes et d’objets pointus. C’était horrible. J’ai cru que j’allais mourir. »


 

21
 
 
 
 
 
 
 
 

Mercredi 9 mars, en début de soirée, un minibus transportant des militants de l’ONG russe Comité contre la torture et des journalistes russes et étrangers a été attaqué par des inconnus à la frontière entre les républiques d’Ingouchie et de Tchétchénie, dans le Caucase russe. Les passagers ont été frappés et leur matériel ainsi que le véhicule brûlés. Décryptage.

Incendie du minibus des journalistes et militant à la frontière entre l'Ingouchie et la Tchétchénie, le 9 mars. Crédits : Egor Skovoroda/MediaZona
Incendie du minibus des journalistes et militants à la frontière entre l’Ingouchie et la Tchétchénie, le 9 mars. Crédits : Egor Skovoroda/MediaZona

Le minibus effectuait le trajet Beslan – Grozny et approchait de la frontière tchétchène, au niveau du village ingouche de Sounja.

Neuf individus se trouvaient à bord du véhicule : le conducteur Bachir Pliev, l’attaché de presse de l’ONG Ivan Jiltsov, la juriste Ekaterina Banslova, le correspondant du journal norvégien Ny TidØystein Windstad, la journaliste suédoise Maria Persson Lofgren, le journaliste du portail russeMediaZona Egor Skovoroda, la journaliste du New Times russe Alexandra Elaguina, le photographe Mikhaïl Solounine et le journaliste Anton Proussakov.

Egor Skovoroda rapporte que l’attaque a eu lieu aux alentours de 19h30. « Des voitures nous ont coupé la route. 10 à 15 jeunes hommes masqués et armés de battes en sont sortis et ont brisé les vitres de notre minibus avant de nous en extraire avec violence. Ils criaient : Vous êtes des terroristes ! Vous aidez les meurtriers de mon père ! », a raconté le journaliste à MediaZona, sans expliquer de « quel père » il pouvait s’agir.

Les agresseurs ont ensuite poussé les membres du groupe contre la glissière de sécurité de la route et mis le feu au véhicule. « Toutes nos affaires – ordinateurs, passeports, matériel – ont brûlé », poursuit Egor Skovoroda.

journaliste norvégien tchétchénie
Photographie de Øystein Windstad publiée sur son Twitter.

« Ils nous ont frappés à coups de battes et d’objets pointus. C’était horrible, a de son côté déclaré au journal norvégienAftenposten Øystein Windstad. J’ai cru que j’allais mourir. »

À en croire Egor, la police est arrivée rapidement sur place, l’attaque ayant eu lieu « à 500 mètres du poste-frontière ».

Tous les passagers ont été conduits à l’hôpital de Sounja. Ekaterina Banslova, Øystein Windstad, Maria Persson Lofgren ainsi que Bachir Pliev ont dû être hospitalisés. Ils doivent rentrer très prochainement à Moscou.

Les journalistes participaient à un voyage de presse organisé par le Comité contre la torture visant à mettre en lumière le travail des ONG en Tchétchénie et en Ingouchie, a expliqué Dmitri Outoukine, juriste de l’organisation, dans une vidéopubliée mercredi soir. Ce dernier y souligne également que, quelques heures après l’attaque contre le minibus, une dizaine d’hommes masqués ont fait irruption dans les bureaux du comité à Karaboulak, en Ingouchie. Les enregistrements des caméras de surveillances publiés (ci-dessous) par Dmitri Outoukine montrent plusieurs hommes en tenue de camouflage, armés de pistolets, de couteaux et d’une arme automatique, en train de tenter de forcer la porte d’entrée de l’intérieur. « Ils ont pénétré dans l’appartement par la fenêtre. Heureusement, personne ne s’y trouvait », a précisé le juriste.

Les autorités d’Ingouchie ont ouvert une enquête pénale pour déterminer l’identité des assaillants. Le secrétaire du Conseil de sécurité de la république, Akhmed Dzeïtov, a par ailleurs souligné que le gouvernement ingouche avait « personnellement pris l’enquête sous son contrôle ».

Les ministères suédois et norvégien des affaires étrangères, pour leur part, ont déclaré être en contact avec leurs ressortissants et attendre que l’enquête soit menée « selon les règles » et que « les coupables soient punis ».

La piste tchétchène

Au lendemain de l’attaque, tous les yeux sont déjà tournés vers la Tchétchénie, en direction de laquelle ont fui les assaillants, a assuré le Comité contre la torture. « Ces deux attaques ont été commises par des individus venant de Tchétchénie, et ressemblent beaucoup à celles contre notre bureau de Grozny, en décembre 2014 et juin 2015 », a déclaré le directeur du comité, Igor Kaliapine, sur le site de l’organisation. Le militant pense que le but de cette action était d’intimider les journalistes.

Une opinion que partage le représentant de Reporter sans frontières en Russie, Johann Bihr, qui adéclaré à Kommersant que l’incident « visait » le Comité contre la torture et avait été « encouragé par les déclarations provocantes » du dirigeant tchétchène contre l’ONG. Ramzan Kadyrov a en effet à plusieurs reprises accusé le Comité de ne pas être une « vraie ONG », de vouloir « engendrer des troubles de masse à Grozny » et de provoquer des incidents dans ses bureaux pour recevoir des « aides américaines ».

"A la frontière tchétchène, on a attaqué mon ami et frère, Egor, des journalistes et militants. Ramzan !Expliquez-vous !", lit-on sur la pancarte d'un manifestant devant le bâtiment de l'administration présidentielle russe à Moscou le 10 mars. Crédits : MediaZona
« A la frontière tchétchène, on a attaqué mon ami et frère, Egor Skovoroda, des journalistes et des militants. Ramzan ! Expliquez-vous ! », lit-on sur la pancarte d’un manifestant devant le bâtiment de l’administration présidentielle russe à Moscou le 10 mars. Crédits : MediaZona

De son côté, Grozny s’est défendue de toute implication dans les attaques de mercredi soir, jugeant « absurde » ce lien établi avec Ramzan Kadyrov. « Ces allusions de Bihr montrent seulement qu’il ne maîtrise pas la question et ne dispose pas d’informations solides sur la situation », a affirmé Alvi Karimov, l’attaché de presse du dirigeant tchétchène. Nurdi Nukhajiev, le représentant chargé des droits de l’homme auprès du dirigeant tchétchène, a pour sa part estimé que les militants pourraient eux-mêmes se cacher derrière cette attaque. « Je ne les accuse pas, je dis simplement qu’il s’agit de leur signature », a-t-il indiqué à la chaîne Dojd.

Créé en 2000, le Comité contre la torture est une ONG spécialisée dans la lutte pour les droits de l’homme en Russie. Financée par diverses structures et fonds russes et étrangers (leur liste est disponible sur le site pytkam.net), l’organisation dispose de bureaux à Nijni Novgorod, dans la république des Maris, au Bachkortostan et dans la région d’Orenbourg. Depuis 2009, l’ONG possède également une cellule à Grozny, en Tchétchénie, dont les bureaux ont été brûlés en décembre 2014, puis de nouveau attaqués en juin 2015.



11/03/2016

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 3 autres membres