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JOSÉ, L'ÉBOUEUR DE BOGOTA, QUI SAUVE LES LIVRES DES BENNES POUR LES OFFRIR AUX ENFANTS PAUVRES

Droits Réservés

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Un cri dans la nuit: “José, José!“. Un des éboueurs fait des grands signes à l'arrière du véhicule. Le conducteur du camion à ordures freine pile. “Que pasa? interroge-t-il de sa grosse voix en passant la tête à la fenêtre. “Libros, libros! (Des livres, des livres!”) hurle l'autre, comme s'il venait de découvrir un lingot d'or. Alors José, casquette vissée en haut du crâne et moustache frémissante, saute illico du camion, se saisit des ouvrages ("gracias, gracias!"), les serre contre son coeur, puis les pose délicatement sur le siège à côté de lui et reprend le volant, heureux comme un gamin! 

Son étrange rencontre avec Ana Karénine

Son premier déclic, il l'a eu avec Ana Karénine. C'était il y a 19 ans mais il s'en souvient comme si c'était hier et ses yeux en brillent encore. "En pleine nuit, dans le quartier riche où j'étais affecté pour ramasser les poubelles, j'ai soudain vu cette superbe édition posée là, comme çà, sur le trottoir!“ raconte-t-il en montrant du doigt un bout d'asphalte, comme s'il y était encore! 

Le choc! Et comme un signe, aussi, pour le gamin qu'il avait été. Un gamin dont la mère adorait les livres et qui, - trop pauvre pour pouvoir lui offrir des études - lui avait pourtant communiqué son amour des livres en lui lisant chaque soir une histoire qui le faisait rêver. 

Alors il ramasse le livre, le glisse dans sa combinaison et depuis cette nuit-là, il ne s'arrête jamais plus de "sauver des livres” pour les offrir ensuite aux gamins des quartiers pauvres de Bogota. 

En près de deux décennies, que ce soit comme éboueur ou chauffeur de camion-benne, José Gutierrez, 52 ans, a patiemment amassé plus de 30.000 ouvrages, romans, essais, encyclopédies... 
Le souterrain des livres
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Tout cela est entassé jusqu'au plafond dans le sous-sol de sa modeste maison d'el barrio Nueva Gloria, à San Critobal, un des districts les plus pauvres de Bogota, là où la majorité des gamins se retrouvent très vite dans des gangs et les gamines sur le trottoir. 

“L'éducation et les livres peuvent les sauver!“ dit José! J'en suis sûr!“. 

C'est pour eux qu'il passe ses nuits à ramasser ces livres et qu'il a monté cette surréaliste bibliothèque au doux nom de “La Fuerza de las Palabras ("La Force des Mots“). C'est pour tenter de les sauver, de les arracher à la rue, de mettre à bas la violence et la misère, le non-avenir et la mort. 

Et vous savez quoi? Ca marche! Les enfants viennent par dizaines, par centaines, se faufiler dans cet étrange sous-sol au milieu de ces piles de livres et de ces étagères brinquebalantes. Ils ont tous les âges! Il y en a des tout petits que leurs mères laissent ici en confiance et des grands qui viennent y faire leurs devoirs d'école. 
Chacune et chacun s'entraide, se donne des conseils, se recommande des lectures, sous l'oeil attendri de José. 

“Le Seigneur des Livres”

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De bouche à oreilles son histoire s'est propagé dans tout Bogota. Du coup, des collègues éboueurs se sont mis eux aussi à la récupération de livre et passent lui en apporter chaque matin, les yeux rougis, après leur tournée de nuit. Des gens des quartiers riches ont même pris l'habitude de lui faire porter les ouvrages dont ils ne veulent plus plutôt que de les mettre à la poubelle. 

José est heureux. En quelques années, non seulement sa bibliothèque gratuite est devenue un exemple, mais il a aussi pu aider à la création d'une centaine d'autres à travers toute la Colombie. 

Certains journalistes de Bogota le surnomment “Le Seigneur des Livres”. Qu'en pense-t-il? 
Il hausse les épaules. Il n'a besoin ni de titre ni de récompense, bredouille-t-il, gêné. 
Son seul bonheur, c'est de voir les yeux émerveillés des gamins en train de lire un livre, assis dans un coin de son garage. il se dit que, peut-être, ils ont désormais une chance d'échapper au sombre destin qui était le leur et qu'ils auront, maintenant, la chance de se construire une autre vie... 

José, mon ami, mon frère, je t'embrasse - nous t'embrassons - de tout notre coeur. 

Pierre MARTIAL 

A partager le plus largement possible, mes amies et amis. 
Partager, c'est déjà agir.


05/10/2016

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