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L'ARMÉE ISRAÉLIENNE CONTRE UNE ADOLESCENTE, OU LE COURAGE D'AHED TAMIMI

Andrés Perezalons Sott.net  jeu., 20 déc. 2018 15:02 UTCAhed Tamimi palestinian activist teenage girl

© Asra Voice
Ahed Tamimi au tribunal militaire d'Ofer, 20 décembre 2017.

Ahed Tamimi habite à Nabi Saleh, un village de Cisjordanie. Sa lutte bec et ongles - littéralement - contre les soldats de l'occupation israélienne a commencé alors qu'elle n'avait pas treize ans. Dans la vidéo ci-dessus de 2015 , nous la voyons lutter contre un soldat israélien qui tente d'enlever son frère Mohamed âgé de 11 ans. Depuis cette vidéo, Ahed est devenue un symbole de résistance palestinienne et dans le même temps, une cible aisément reconnaissable des Israéliens, civils et militaires. 

Elle a déclaré à Al Jazeera : 
« Après la publication de la vidéo, beaucoup d'Israéliens m'ont menacée sur les réseaux. Ils exigeaient que je sois arrêtée ou même tuée... Ce harcèlement a considérablement réduit ma liberté de mouvement, j'avais même peur de sortir ou de rendre visite à mes amis. » (...) 

Le harcèlement a commencé immédiatement après la publication de la vidéo, rapporte sa famille. Sur les réseaux sociaux, des Israéliens ont commencé à la traiter de « terroriste », la menaçant de mort. Son père, Bassem, un homme d'influence dans le village rappelle que le frère de Ahed, Waed, âgé de 19 ans, avait été arrêté après la publication de la vidéo. Au début du séjour de dix mois en prison de Waed, la mère de Ahed, Nariman, avait obtenu la permission d'entrer en Israël pour lui rendre visite. Ahed l'avait accompagnée. 

« À un barrage de contrôle près de Jérusalem, quand les soldats israéliens sont montés dans le bus, ils ont tout de suite dirigé leur hostilité sur elle, rapporte Nariman à El Jazeera. « Alors qu'il ont laissé passé tous les autres, ils ont sorti Ahed du bus et lui ont dit qu'elle n'était pas autorisée à entrer en Israël ». 

Lorsque des protestations avaient eu lieu au village, les soldats israéliens criaient souvent le nom de Ahed, en l'accompagnant d'injures. Ce cri d'un soldat résonne encore dans les oreilles de Bassem : « Regardez, c'est Ahed Tamimi, tirez-lui dessus ! » 

La famille avait souvent peur pour Ahed. « Dès qu'ils la reconnaissent, les soldats font tout pour lui compliquer la vie. Chaque fois qu'elle sortait de la maison, nous tremblions pour elle ». Ahed avait même été contrainte de s'installer chez son cousin à Ramallah parce que c'est là que se trouve son école, ce qui lui permettait d'éviter le danger des postes de contrôle sur le chemin de Nabi Saleh.
Elle commença à participer aux manifestations à Nabi Saleh à l'âge de neuf ans alors qu'elle était deux fois plus petite que les soldats armés qu'elle affrontait : 


Comme on peut le voir dans le tweet ci-dessus, le 19 décembre tôt le matin, elle a été arrachée de chez elle par les soldats israéliens. 

Une arrestation qui fait suite aux mouvements de protestation contre la décision par Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël, protestations au cours desquelles le cousin de Ahed, Mohamed, âgé de 14 ansavait été placé en coma artificiel pendant trois jours, après avoir reçu en plein visage une balle en métal enrobée de caoutchouc tirée par les soldats israéliens. La balle avait brisé sa mâchoire avant de se loger dans son crâne. C'est le père d'Ahed, Bassem, qui a annoncé sur Facebook l'arrestation de sa fille. 


De quoi l'accusait-on ? Bassem a déclaré que la famille a été réveillée à trois heures du matin par au moins trente soldats israéliens qui ont violemment frappé à leur porte. Après avoir mis la maison sens dessus dessous, ils ont déclaré, sans fournir de raison à leur acte, qu'ils étaient venus arrêter Ahed. (Il est possible de constater dans cette vidéo qu'elle n'a opposé aucune résistance à cette arrestation). Cependant, un porte-parole de l'armée israélienne a déclaré à Al Jazeera qu'elle était soupçonnée d'avoir agressé un soldat et un officier israéliens, scène que semble décrire la vidéo ci-dessous et qui s'est déroulée vendredi, Les soldats venaient juste de tirer sur Mohamed et avaient tiré des grenades lacrymogènes sur la maison des Tamimi, brisant plusieurs vitres


Quand on considère le contexte et l'accusation d' « agression » lancée à l'encontre d'Ahed, on est frappé par ce cynisme typiquement israélien. Ahed n'a rien fait d'autre qu'exprimer sa colère après avoir vu son cousin recevoir une balle en plein visage et sa maison vandalisée. D'après son père, elle a simplement insisté pour que les soldats quittent la maison. La gifle et les coups de pieds découlent manifestement du dépit qu'elle a ressenti en voyant que ses demandes étaient ignorées. Comment peut-on concevoir qu'une fille aussi menue soit capable d'une « agression » contre des soldats entraînés et armés ? Il est clair qu'Ahed a été arrêtée à cause de son courage face à la barbarie israélienne, courage qui est source d'inspiration pour les Palestiniens dans leur lutte contre les vols de terres et l'apartheid israéliens. 

Nariman Tamimi, la mère de Ahed, a elle aussi été arrêtée quand elle s'est rendue au commissariat de police pour voir sa fille. Le même sort attendait le père de Ahed, Bassem, quand il a tenté d'assister à l'audience du tribunal militaire devant lequel comparaissait sa fille. Une autre des proches de Ahed, sa cousine Nour Tamimi, 21 ans , a elle aussi été arrêtée au cours d'une rafle nocturne. 

Après l'arrestation d'Ahed, Avidgor Lieberman, le ministre israélien de la Défense a considéré la jeune fille de 17 ans comme une criminelle si notoire et si dangereuse qu'il a amis un avertissement explicite à son encontre :
Le Ministre de la Défense, Avidgor Lieberman, a menacé d'user de représailles à l'encontre de la jeune activiste Ahed Tamimi, de sa famille, et du village de Cisjordanie, Nabi Saleh, où elle habite, suite à la diffusion d'une vidéo où elle gifle et frappe de ses poings des soldats israéliens (aucun d'entre eux n'a répliqué). 

« Toutes les personnes impliquées, pas seulement la jeune fille mais aussi ses parents ainsi que leur entourage recevront ce qu'elles méritent », a assuré Lieberman lors d'une visite à la frontière Sud d'Israël. 

Les Forces de Défense Israéliennes sont l'armée la plus humaine qui soit et ses actions se font toujours dans le respect de valeurs qui n'existent nulle part ailleurs. Mais il n'est pas question que cet humanisme se pratique au détriment de sa force et de sa capacité de dissuasion. 

« Quiconque se montre turbulent durant le jour sera arrêté la nuit, voici un message important », ajoute Lieberman.
Les punitions collectives, interdites sous la Quatrième Convention de Genève, sont une procédure routinière au sein de « l'armée la plus humaine qui soit ». 

Alors qu'Ahed est censée ne subir qu'une détention de dix jours, certaines personnes au sein du gouvernement israélien (le plus humain qui soit) réclament la prison à vie pour Ahed.
Le Ministre de l'éducation, Naftali Bennet, a déclaré à la Radio de l'Armée qu'elle devrait être emprisonnée à vie. 

L'ancien ambassadeur israélien aux États-Unis, Michael Oren (Kulanu), a tweeté : « la famille Tamimi - qui n'est peut-être pas une vraie famille - affuble les enfants de vêtements américains et les paie pour provoquer les soldats de l'armée israélienne devant les caméras. Cette utilisation cynique et cruelle des enfants constitue une atteinte grave (aux droits de ces enfants). Les organisations de défense des droits de l'homme doivent enquêter.
Ce monsieur ne se contente pas d'accuser la victime, il pousse le ridicule jusqu'à prétendre qu'il éprouve de la compassion pour les enfants palestiniens alors que son armée, « la plus humaine qui soit », vient juste de loger une balle dans le crâne d'un enfant palestinien.
MK Merav Michaeli ( l'Union sioniste) a tweeté : « la première chose que je dois faire aujourd'hui, c'est dire merci aux soldats qui sont restés dignes face à la jeune palestinienne qui a tenté de les attaquer et de les humilier ». 

L'ancien directeur exécutif du mouvement « La Paix Maintenant », Yariv Oppenheimer, a tweeté « l'armée israélienne devrait être fière d'avoir agi en héros contre une jeune fille. La dissuasion israélienne est de retour. Elle sera utile, avec tous ces jeunes qui viennent des collines alentour et qui ont attaqué la police. Ils pourront dormir sur leurs deux oreilles la nuit, car personne ne viendra les arracher à leurs lits ».
Lieberman a raison à propos d'une chose au moins : les valeurs des Forces de Défense israéliennes n'existent nulle part ailleurs. Connaissez-vous une armée qui reçoit des louanges pour avoir empêché une fille mineure d'humilier ses soldats mais qui, deux jours plus tard, riposte en la mettant en prison ? » 

Malheureusement, ce qui arrive à Ahed n'est pas une exception. Depuis 2000, au moins 8000 enfants palestiniens âgés dé 12 ans ou moinsont été arrêtés et poursuivis par l'armée israélienne. Les prisons militaires israéliennes sont connues pour les mauvais traitements qu'elles infligent à leurs détenus. La torture pratiquée par les interrogateurs du Shin Bet a été décrite comme institutionnelle.
 Dans son rapport de 2016, Amnesty International a constaté que des membres du Shin Bet et de l'armée avaient « torturé ou soumis à des mauvais traitements les détenus palestiniens, y compris des enfants, en particulier lors des arrestations ou des interrogatoires », en usant de méthodes telles que « les coups de bâtons, les gifles, la suffocation, l'enchaînement prolongé, les postures intenables, la privation de sommeil et les menaces ». 

D'après des recherches de Defence for Children International-Palestine, au moins deux tiers des enfants palestiniens détenus en Cisjordanie ont subi des violences physiques après leur arrestation. Dans plusieurs cas ( 23% en 2013 par exemple), on avait montré aux enfants ou obtenu de ceux-ci qu'il signent des documents - vraisemblablement des « confessions » - rédigés en hébreu, une langue qu'ils ne comprennent pas. 

Ahed Tamimi Palestinian girl activist
Le principal argument que les partisans de l'État d'Israël utilisent pour défendre ce « shitty little country » (ce petit pays de merde) est que la brutalité dont il fait preuve à l'égard des Palestiniens depuis 70 ans est due au fait que ceux-ci « ne reconnaissent pas le droit à l'existence d'Israël ». La réponse la plus évidente à ce genre d'arguments est qu'avec sa configuration actuelle d'État d'Apartheid qui bafoue constamment le Droit International, quelle personne décente pourrait reconnaître ce droit ?
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Andrés Perezalonso (Profile)

Andrés Perezalonso contribue à Signs of the Times versions anglaise et espagnole depuis 2007, et est également membre de l'équipe éditoriale du Dot Connector Magazine depuis 2010. Titulaire d'un doctorat en Politique, d'un master en Études internationales et d'un diplôme en Communication, il a travaillé en tant qu'analyste des médias. Passionné par le décryptage des événements mondiaux actuels, il prône une approche interdisciplinaire qui ose sortir des sentier battus. Né au Mexique, où il a passé son enfance, il réside actuellement au Royaume-Uni.



07/01/2018

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