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L'échec des frappes en Syrie et la fin d'un ordre mondial

A l'appel des Etats-Unis, malgré les hésitations de Trump, Macron et May ont mis nos pays à la solde des intérêts atlantistes. Sans accord du Conseil de sécurité de l'ONU, en conséquence d'une rumeur à la réalisation de laquelle la Grande-Bretagne a elle-même contribué.
Finalement, une centaine de missiles a été envoyée en Syrie, les deux tiers détruits par le système de défense aérien syrien et des bâtiments vides ont terminé en poussière.
La Russie cherche encore la participation française, qui n'est pas apparue sur leurs radars ...
L'on craignait une Troisième Guerre mondiale, l'on a eu une petite revanche d'egos surdimensionnés.
Le sursaut d'un système condamné. Et qui le sait.

Les dernières déclarations de D. Trump et de ses porte-paroles, qui annonçaient que différentes options étaient à l'étude, laissaient planer un doute sur la réalisation des frappes aériennes, surtout que les experts de l'OIAC se sont finalement décidés à aller en Syrie voir ce qu'il en était de la fameuse attaque chimique de Douma. Et c'est à ce moment que les USA, accompagnés de la France et de la Grande-Bretagne, décident de tirer.
Justement lorsque ces experts sont à la frontière syrienne, comme s'il fallait à tout prix les empêcher d'entrer et de voir. Alors, dans la nuit, une centaine de missiles sont envoyés sur le pays. Mais la perspective de la guerre fait peur, la Russie est largement présente sur le sol syrien. La France prévient donc la Russie des frappes, des lieux, des heures.
Et tous en coeur de répéter, les uns à la suite des autres, dans une litanie macabre et lassante: la Russie est coupable, Assad est un monstre, nous ne voulons pas la guerre contre la Russie, les frappes n'étaient pas dirigées contre Assad. 
 
Ces pays lancent des avions, des navires de guerre dans un conflit sans vouloir la guerre. Ils bombardent sans vouloir tuer. Mais qui sont ces dirigeants d'opérette? Ces dirigeants twitterisés, facebookés. Des dirigeants incapables d'appréhender le réel dans sa complexité. 
 
Pourquoi? Des besoins intérieurs, des exigences d'images
 
Chacun des trois protagonistes avait besoin de ces actions. Elles ont donc eu lieu. Et cela n'a rien à voir avec l'utilisation présumée et non prouvée d'armes chimiques, les droits de l'homme ou autres fétiches du jour.
 
Macron a voulu revêtir les oripeaux des chefs de guerre. Pour le plus grand bonheur de la presse française, qui s'est pâmée dans un orgasme collectif. Et faire ainsi oublier la contestation populaire montante.
 
May s'est embourbée dans son Skripal, il faut faire montrer la pression pour faire oublier les échecs passés. Quant à Trump, pas très chaud dans les actes, brûlants en parole, il ne pouvait plus perdre la face et lâche du mou à l'international en espérant pouvoir un minimum gouverner à l'intérieur.
 
Des frappes illégales
 
Mais le Conseil de sécurité n'a pas suivi, la Russie et la Chine n'ont pas autorisé les frappes. Ce qui irrite totalement le ministre des affaires étrangères français, si l'on en croit la bande-annonce de pure propagandre justifiant l'intervention militaire française. Un relan de Maréchal nous voilà!
 
 
Donc sans autorisation du Conseil de sécurité, qui rappelons-le, prend ses décisions non pas à la majorité mais à l'unanimité, seule garantie de la souveraineté des Etats, trois des membres permanents sont partis en guerre. 
 
Des frappes illégitimes
 
Faute de légalité, nos joyeux lurons ont voulu jouer la carte de la légitimité, c'est-à-dire de la conformité des actions non pas au droit, mais aux valeurs. Assad attaque son peuple aux armes chimiques et est protégé par la Russie, il faut agir.
 

 
Le seul problème est que ces frappes interviennent juste après que le ministère de la défense russe ait démontré lors de son briefing devant la presse le montage de l'affaire des soi-disant victimes à Douma par les Casques blancs et l'organisation médicale américano-syrienne.
Avant déjà, la porte-parole du ministère des affaires étrangères russe, Maria Zakharova, avait signalé que la Russie s'était adressée aux ONG en question pour savoir dans quels hôpitaux étaient soignées les victimes, où étaient les corps de ces victimes et quelle en était la liste. Aucune information. A part la bande vidéo virale qui s'est emparée du net et des médias.
 
Or, il apparaît que la Russie a retrouvé un des soignants qui s'était trouvé sur les lieux et qui déclare que tout à coup, des inconnus sont entrés dans l'hôpital en criant à l'attaque chimique, tenant des caméras. Les gens se sont précipités pour s'arroser d'eau. Les médecins de l'hôpital de leur côté, ont déclaré qu'il n'y avait aucune trace d'arme chimique. Le ministère de la défense russe a ajouté qu'il détenait des preuves de l'implication de la Grande-Bretagne dans la mise en oeuvre de cette provocation sordide.
 
Donc, pas de décision internationale qui donnerait un cadre légal, ni de fondement moral puisque l'attaque est un Fake. 
 
Peut-être est-ce pour cela que finalement, l'acte de guerre n'a pas été très ... guerrière. Que la Russie a été prévenue, selon les dires de la France. 
 
Une opération militairement ratée
 
Selon les acteurs de cet acte de bravoure sans précédent (il faut quand même beaucoup de courage pour bombarder de nuit), l'opération est un grand succès.
 
Position répétée à loisir par les "alliés". Pourtant, un rapport du ministère de la défense russe entre désagréablement - pour nos amis bellicistes - dans le détail. Et comme disait J.-P. Sartre, une guerre racontée en détail, on ne sait plus ce qui la différencie d'une défaite.
 
L'on apprend ainsi que les systèmes de défense syriens, qui datent encore de l'époque soviétique, ont descendu les deux tiers des missiles lancés contre le pays, qu'aucun aérodrome n'a été touché. Que des cibles civiles ont été touchées, notamment trois bâtiments qui servaient, avant qu'Israël ne commence à les prendre pour cible, à la recherche et à l'enseignement. Mais justement en raison des différents raids d'Israël, ces bâtiments étaient totalement vides. Les USA, la Grande-Bretagne et la France peuvent se féliciter de les avoir détruits.
 
En ce qui concerne plus particulièrement la participation de la France, des questions se posent. Dans les médias, les déclarations, nous sommes au sommet. Pour 16 millions d'euros, quand même:
Sur les 105 missiles tirés sur des installations syriennes par la France, les États-Unis et le Royaume-Uni, 12 l'ont été par les forces tricolores. Dans le détail, 9 missiles Scalp, d'une portée de 250 km, ont été tirés par les 9 avions Rafale engagés et 3 missiles missiles de croisière navals MdCN, d'une portée de 1.000 km et "d'une précision de l'ordre du métrique", ont été tirés par la frégate multimissions Aquitaine, déployée en Méditerranée orientale. 
Et maintenant, si l'on compare avec le rapport présenté par les forces russes. Eux n'ont malheureusement pas remarqué la participation annoncée des forces françaises ... Ils nous font le décompte des missiles britanniques et américains qui sont arrivés vers la Syrie, aucun des missiles tirés par les avions n'a pu être aperçu ... car les avions eux-mêmes n'ont pas été remarqués. Quant aux 3 missiles tirés depuis la frégate... les autres bâtiments de "nos alliés" sont bien cités, mais lui ... également absent.
 
Et pour ceux qui ont des doutes quant à la véracité de la destruction des "missiles démocratiques et salvateurs", dont les médias occidentaux ne disent un mot, les réseaux sociaux commencent à sortir des photos, mais qui elles étrangement ne sont pas reprises par nos journalistes, tant avides de justice:
 
 
Réaction mesurée de la Russie
 
Face à cela, la Russie a décidé de réagir mesurément: on ne déclenche pas une guerre mondiale pour 5 blessés (puisque les 103 missiles ont fait ... 5 blessés) et des bâtiments vides détruits.
 
Le président russe a qualifié les frappes menées par les USA, la Grande-Bretagne et la France d'acte d'agression contre un pays souverain, à l'avant-poste de la lutte contre le terrorisme, acte commis en violation du droit international. Le ministre des affaires étrangères S. Lavrov souligne le danger de destruction du système international sous l'effet de la violation constante de ses règles élémentaires.
 
La réunion du Conseil de sécurité n'a évidemment débouché sur aucune résolution: les trois pays agresseurs criant à la légitimité de viser "le régime syrien". Comme s'il ne s'agissait pas d'un pays avec des gens, mais d'une chose abstraite, "un régime", et forcément mauvais. Pour reprendre les paroles du représentant russe Nebenzia, en quoi bombarder les aérodromes d'un pays luttant contre le terrorisme va aider à la lutte contre le terrorisme, ce n'est pas très clair ...
 
Pour sa part, le ministère de la défense russe envisage à nouveau la possibilité de livrer à la Syrie et à d'autres Etats se trouvant en difficulté le système de protection aérien S300.
 
Le résultat de cette opération est plus que mitigé. A ce niveau, il n'est pas mitigé, il est simplement déplorable. En ce qui concerne la Syrie, ne supportant de voir leur défaite et leur mise à l'écart du processus de règlement politique, les Etats-Unis aidés par les pays dont les dirigeants en avaient le plus besoin sur le plan intérieur, ont voulu reprendre la main. Même si l'OTAN et l'UE les soutiennent, car ils soutiennent la position atlantiste, dans les pays européens (et ailleurs), les forces politiques se divisent.
 
La France a remplacé l'Allemagne dans le coeur des atlantistes et s'est allongée comme une prostituée toute enjouée. La Grande-Bretagne a désespérément besoin d'un ennemi, rien de tel que la Russie, pour faire oublier les scandales intérieurs et la dégradation. D'une manière générale, l'on assiste à la dégradation du politique, car nos populistes ont oublié que la politique est une affaire de professionnels, pas de business man, pas de la société civile, mais de professionnels. 
 
Sur le plan intérieur, Trump a voulu sauver la face sans faire réellement la guerre. Il ne s'agit pas d'une action d'envergure de plusieurs jours comme le demandaient les militaristes, ni d'une intervention au sol. Le conflit direct avec la Russie fait peur, il ne veut pas d'une guerre, Mattis non plus, mais veut garder la face faute de pouvoir réellement diriger ce pays, tenu par des élites qui le rejettent. 
Il tente le compromis à l'extérieur pour garder la main sur la politique intérieure. Que ce pari soit un pari gagnant, il y a peu de chances. Qu'il tente de limiter les dégâts à l'international en faisant plus de gesticulations que de réelles et dangereuses actions, oui. Mais il n'a objectivement ni la force ni les moyens de mettre en place une véritable politique extérieure, il n'y a aucune stratégie, seul de l'empêchement.
 
Le problème est que le véritable ennemi reste la Russie, pas la Syrie, ou les terroristes. Il faut continuer à la discréditer pour reprendre la main. Mais en radicalisant le discours et le comportement, l'Occident se discrédite de plus en plus. Se renie. 
 
Finalement, c'est la fin d'un monde. Sans qu'un nouveau ne soit arrivé. En effet, l'ONU ou l'OTAN sont en échec. Mais l'on ne change pas un système international lorsque le conflit existe. Car même sans tanks et avec de fausses attaques, le conflit existe réellement. A la fin de celui-ci, l'on pourra mettre en place un nouvel ordre international.
Pour l'instant, les acteurs principaux se battent pour gagner leur place dans un hypothétique schéma à venir. Tout cela semble d'autant plus chaotique qu'ils ne savent pas ce qu'il sera. Mais sans combat aujourd'hui, ils seront absents demain.
 


16/04/2018

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