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La Russie doit dépasser la fragmentation féodale.

L’article ci-dessous a été publié le 21 mai 2015, sur la page du Club d’Izborsk du réseau Live Journal. Il est dû à Sergueï Feliksovitch Tcherniakovski, historien, publiciste, politologue, professeur d’histoire et de théorie politique à la Faculté des Sciences politiques de l’Université d’État Lomonossov de Moscou, et membre permanent du club d’Izborsk.

Le texte nous place dans la perspective du Monde russe en tant qu’avenir de la Russie.
URSS carte

Sergueï Feliksovitch, voudriez-vous commenter la politique actuelle de la Russie vis-à-vis de la situation ukrainienne : le «parti ukrainien» de Russie a-t-il perdu ou non ? Pour quoi pouvons-nous encore combattre et quels résultats pouvons-nous espérer en retirer ? Dans quelle mesure l’équilibre que l’on pouvait observer après la chute de l’URSS est-il rompu ? A cette époque, l’Ukraine ne se considérait pas comme une ennemie de la Russie ; et si l’équilibre est rompu, comment revenir à une situation qui puisse être acceptable pour la Russie ?

A vrai dire, la Russie en tant que pays a subi une agression de la part de ses concurrents occidentaux sur le territoire de l’Ukraine. La Russie se trouve aujourd’hui dans une sorte de fragmentation néo-féodale, car malgré l’existence formelle de plusieurs États différents et indépendants, il s’agit avant tout d’un seul et même pays. L’essence du phénomène qui se déroule de nos jours, c’est d’une part la lutte de la Russie en tant que pays, pour sa réunification, et d’autre part une agression des pays occidentaux sur une série de territoires de la grande Russie, au moyen de la création de pseudo-États vassaux, comme c’est le cas en Ukraine.


En Ukraine cela s’est déroulé de la manière la plus claire, sous sa forme la plus évidente, par la création d’une dictature fasciste. J’utilise ici le mot fascisme non pas en tant qu’injure politique, mais je me réfère à l’essence de sa définition ; on a ouvertement constitué en Ukraine une dictature terroriste à l’aide de la couche la plus réactionnaire de la grande bourgeoisie.


La situation présente en Ukraine se résume au pouvoir des clans, plus les détachements de combattants terroristes, avec toutefois une précision : les dictatures fascistes classiques auxquelles nous sommes plus habitués disposaient d’une direction unifiée, d’un pouvoir centralisé et d’un caractère mobilisateur évident. Le régime de Kiev est dépourvu de tout cela.

 

Comment sortir de cette situation critique ?


Premièrement, il faut renverser la dictature fasciste de Kiev et libérer du fascisme tout le territoire de l’Ukraine. Deuxièmement, il est nécessaire de réunifier la Russie sous une forme ou sous une autre, dans ses frontières telles qu’elles furent déterminées par les Accords d’Helsinki, qui font clairement référence aux frontières des années 1945 et 1975.


Il existe tout de même une logique fort simple. Soit nous reconnaissons la validité des Accords d’Helsinki, et alors, il faut réunifier la Yougoslavie, de même que notre pays, élargi à ses frontières de 1985, sous une dénomination que nous choisirons. Soit nous ne reconnaissons pas ces accords. Mais alors, nous devons nous demander sur quelle base nous serions obligés de reconnaître la qualité et la valeur d’État à cette entité qui se désigne elle-même au moyen de l’appellation d’«Ukraine». Car l’Ukraine, dans le cadre de ses frontières actuelles n’a jamais existé auparavant, ni sous l’URSS, `ni sous l’Empire de Russie, sans parler d’époques plus anciennes. Toutefois, Lougansk et Donetsk ne sont pas non plus la Nouvelle Russie. Il s’agit de l’Oblast de l’Armée du Don, entité souveraine depuis la fin du XVe siècle.

 

Évidemment, de façon générale, l’équilibre global des forces a été rompu à la fin des années ’80 et au début des années ’90. Et cet équilibre ne pourra être restauré qu’au prix de la victoire, pas nécessairement militaire, sur nos «partenaires occidentaux». Le résultat d’un tel processus pourrait être la dissolution de l’OTAN, l’interdiction pour les États-Unis d’entretenir des bases militaires sur le territoire européen, le remboursement pas les partenaires occidentaux de tous les dommages qu’ils ont causé à toutes les Républiques de l’Union Soviétique au cours du quart de siècle écoulé, l’adoption d’un statut neutre par les pays européen, sous garantie de la Russie (Union de Russie, Union des Républiques Socialistes, ou toute autre appellation qu’elle adoptera). Fondamentalement, c’est un processus analogue de dépassement de la fragmentation féodale qui fut mis en œuvre en Italie par Giuseppe Mazzini, et en Allemagne, à l’époque de Bismarck, le «Chancelier de Fer»…

 

La guerre qui se déroule de nos jours au Donbass est d’une part, une guerre contre un régime fasciste, et d’autre part, à un autre niveau, c’est une guerre semblable à celle du Nord contre le Sud aux États-Unis. Chez nous, les morceaux «du Sud» de l’ancienne URSS essaient de se détacher du «Nord», c’est-à-dire la Russie.

 

La gamme des solutions possible est très large : depuis une politique menant à la victoire idéologique et économique, jusqu’à une authentique victoire militaire. La situation peut être stabilisée soit par la restauration d’un monde bipolaire à l’image de celui de 1985, soit en écartant les États-Unis de l’Europe, en allant jusqu’à démilitariser l’Europe. Celle-ci ne devrait guère protester contre un tel processus. Cela lui convenait de consacrer peu d’argent pour son armement, profitant du parapluie américain. Sous la garantie de sécurité de la Russie, elle ne devrait plus rien payer du tout.
Bien sûr, pour l’heure, de telles perspectives sont encore relativement éloignées.

Mais la perspective-clé à court terme, c’est le renversement de la dictature de Kiev.


Source.



26/05/2015

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