À commémorer

Par James Howard Kunstler – Le 28 mai 2018 – Source kunstler.com

 

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La guerre, pour les États-Unis contemporains, est une entreprise étrange et peu concluante.

Nos objectifs sont mal discernés, et encore moins articulés, juste un modèle pour traverser les crises de manière aussi destructive que possible, sans fin en vue.

Combien d’Américains peuvent dire quelle est notre mission en Afghanistan après dix-sept années de gaffes dans ses montagnes et de ses vallées dénudées ?

Quel a été le but de nos exercices en Syrie ?

Se débarrasser de Bachar al-Assad pourraient avancer les « intellectuels ». Vraiment ?

Et le remplacer par qui ?

Par les maniaques dépenaillés d’EI que nous avons inondés d’armes et d’argent ?

 

Que se passe-t-il aujourd’hui dans la zone verte de Bagdad avec l’opération Inherent Resolve toujours en cours ? Comment se fait-il que quatre soldats des forces spéciales américaines aient été tués au Niger en 2017 ?

Savez-vous ce qu’ils faisaient là ?

Combien d’Américains peuvent même dire où se trouve le Niger sur une carte ?

À quel point la vie en Somalie est-elle meilleure aujourd’hui avec des soldats américains sur place ?

Quel a été l’effet net de nos efforts pour libérer la Libye en 2011 (Opération Freedom Falcon) ?

Quelles factions sont formées par des conseillers militaires américains en Ukraine ?

Et pour quoi ?

Le secrétaire à la Défense, James Mattis, a déclaré : « Nous travaillons avec eux pour réformer leur armée. » Hmmm … pour qu’ils puissent être plus comme nous ?

 

Avez-vous remarqué dimanche que de nombreuses équipes de la ligue majeure de baseball arboraient des casquettes de camouflage sur le thème militaire ?

Qu’est-ce qui se passe avec ça ?

Avons-nous l’intention d’envoyer Aroldis Chapman lancer des balles rapides à 170 km/h contre le Hezbollah ?

En fait, le camouflage a été un thème populaire de la mode pendant des années, de sorte que tout le monde, des chauffeurs de camion aux stars millionnaires du rap, pouvait se gargariser de devenir un puissant guerrier. Savez-vous que, depuis 2009, la Ligue nationale de football est sous contrat avec l’armée américaine pour organiser des hommages patriotiques sur le terrain et des survols d’avions de combat ? Combien coûtent ces shows (alerte aux contribuables) ?

 

Je suppose que ces prouesses militaires sont tout ce qu’il nous reste dans le sac de la fierté nationale en ces temps d’échec impérial.

Peu de gens sont trompés de nos jours par cette « terre d’opportunité » où tant de jeunes ont de la chance d’avoir un emploi à temps partiel sur les quais de chargement de Wal-Mart, plus trois soirs par semaine de pêche au homard rouge local.

Bien sûr, il y a quelques veinards perchés sur le capital-risque dans la Silicon Valley ou concoctant des obligations de prêt garanti dans les salles obscures de Wall Street. Mais personne ne joue « Fanfare for the Common Man » d’Aaron Copeland pour célébrer ces efforts.

 

Il y a une équivalence macabre entre nos diverses opérations de guerre à l’étranger et les fusillades dans les écoles qui sont maintenant une caractéristique routinière de la vie quotidienne américaine. Les objectifs y sont tout aussi obscurs et les dégâts tout aussi impressionnants. De nombreuses vies y sont ruinées sans raison valable.

 

Mais considérons qu’il y a plus de vies perdues chaque année dans les accidents de la route que dans la seule guerre contre le Mexique des années 1840 et que plus d’Américains meurent chaque année d’overdoses d’opioïdes que le nombre total de morts pendant la guerre du Vietnam. L’âme de l’Amérique est en guerre contre son mode de vie tant vanté.

 

C’est dur d’être un empire, bien sûr, mais il est encore plus difficile, apparemment, d’être une société vraiment vertueuse. Premièrement, je suppose que vous ne devez pas être fou.

Il est difficile de penser à une facette de la vie américaine qui ne soit pas folle maintenant.

Notre politique est folle.

Nos idéologies sont folles.

Les universités sont folles.

La médecine est folle.

Le show-biz est fou.

Les relations sexuelles sont folles.

Les arts sont fous.

Les médias sont complètement fous.

Et ce qui se passe aujourd’hui dans le marais des affaires aux États-Unis est quelque chose de plus fou encore que des essaims de serpents et de chauves-souris qui sortiraient de la bouche de l’enfer dans des triptyques médiévaux. Comment commémoreriez-vous tout cela ?

 

James Howard Kunstler

Too much magic : L'Amérique désenchantée

Pour lui, les choses sont claires, le monde actuel se termine et un nouveau arrive. Il ne dépend que de nous de le construire ou de le subir mais il faut d’abord faire notre deuil de ces pensées magiques qui font monter les statistiques jusqu’au ciel.

Traduit par Hervé, relu par Cat pour le Saker Francophone