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LE SERVICE SANITAIRE OU LA CULTURE DE LA PENSÉE MÉDICALE UNIQUE

Avez-vous entendu parler du service sanitaire, promesse de campagne d’Emmanuel Macron ? Très peu de médias nationaux ont couvert l’info. Comme il n’est pas si courant qu’un gouvernement exhauce une promesse de campagne sans bruit ni publicité, cela donne matière à réflexion : est-ce bon ou mauvais signe ?

 

Au garde-à-vous pour le service sanitaire

Agnès Buzyn, ministre de la Santé, et Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, ont présenté le 26 février dernier à l’Université d’Angers cette réforme qui implique leurs deux ministères. Deux heures de présentation, – ouvertes « à la presse accréditée », lit-on sur la page officielle du ministère des Solidarités et de la Santé –, pour dévoiler les modalités concrètes et le calendrier de la mise en œuvre du service sanitaire.

 

La mise en place est prévue pour la rentrée 2018 dans des territoires « précurseurs ». De quoi s’agit-il ? De rares brèves présentent cette réforme sous un angle angélique. En synthèse, la prévention, c’est bien et l’obésité coûte cher.

 

Vœux pieux et bons sentiments

Ainsi, 47 000 futurs médecins, pharmaciens, sages-femmes et infirmiers vont conduire des missions de prévention dans les écoles, entreprises, maisons de retraite et autres lieux de vie. L’enseignement de ces formations, d’une durée de trois mois, est déjà mis en place à l’Université d’Angers. Il s’agit d’une mission d’éducation, destinée plus particulièrement à un public d’enfants au travers de 5 thèmes, dont Le Figaro [1] mentionne les principaux.

 

Les sujets vont des bienfaits d’une bonne alimentation et de l’exercice physique, à la prévention des addictions, en passant par l’« information » sexuelle et la contraception.

 

Rien de bien neuf, mais pourquoi pas ? On ne va pas critiquer les rares velléités de prévention en matière de santé, nous qui les réclamons depuis si longtemps. La réforme vise les zones sensibles, les déserts médicaux, et se donne pour ambition de lutter contre les inégalités territoriales d’accès aux soins. C’est encore mieux.

 

Mais les faits sont têtus. Alors que nos jeunes sont très suivis médicalement depuis plusieurs décennies, leur santé au contraire se trouve être de moins en moins bonne. Ils ont été vaccinés, amenés régulièrement en PMI, dépistés au collège, prévenus des méfaits du tabac, ils ont accès au Planning Familial, etc.

 

Et pourtant, de nombreuses statistiques montrent l’état de détérioration de la santé de la jeunesse, comparé aux générations passées : plus de dépression, plus de caries dentaires, beaucoup de troubles auditifs et visuels, des désordres posturaux plus précoces.

 

Face à ce constat, que penser ? Difficile de ne pas émettre quelques doutes sur la méthode employée et sur les effets à attendre de ce type de prévention.

 

Un conditionnement sur les bancs de l’école

Mais, au-delà du questionnement sur l’efficacité de cette réforme, nous craignons que sa mise en pratique ne modèle un peu trop les étudiants sur des axes ciblés, pas innocents du tout. Ce service sanitaire se fera en cours de formation, donc sans recul sur le métier. Il faut savoir que ce nouveau service sanitaire est imposé et non optionnel. Et surtout, il devient une étape obligatoire pour l’obtention du diplôme des futurs professionnels de santé.

 

La médecine n’est certainement pas un théorème mathématique qu’il faut connaître par cœur ! Alors comment ne pas y voir de la propagande, quant il s’agit de recracher le syllabus pour l’obtention de son diplôme ? Un discours martelé, ingurgité comme « scientifique », avec tous les biais que nous ne cessons de rappeler au fil de nos articles (Voir Réflexion sur la recherche médicale , et N’ayez pas peur du crabe ).

 

Un bon conditionnement en somme qui assène sans complexe la ligne du parti. Jouons à deviner quelles seront les premières campagnes d’information, pourtant non citées dans les maigres articles. Allez, les paris sont ouverts : la vaccination peut-être ? Car le doute n’est plus permis : la formation va coller en tout point à la doxa. 

 

L’esprit critique est un fossile

La mise en place de ce module va faire de sacrés dégâts collatéraux. La faculté de médecine n’enseigne plus depuis longtemps l’esprit critique à ses étudiants : elle les façonne. Le « sujet pensant » a disparu du cursus en médecine. Or, – pour reprendre les fondamentaux de Kant –, le centre de la connaissance doit être le sujet connaissant, et non pas une réalité extérieure imposée.

 

Le contenu de l’enseignement du service sanitaire exprime un point de vue, critiquable et partial, face auquel les étudiants ne pourront avoir ni recul ni interaction. Ainsi, cette réforme assume le fait qu’une opinion, – la doxa officielle –, va primer sur une autre, en remplaçant toute vraie réflexion critique.

 

Or, si les étudiants ne peuvent plus s’entraîner à la gymnastique du penseur qui se forge sa propre opinion, il deviendra très difficile pour eux de sortir du conditionnement. Ce sont les allers-retours de la théorie à la pratique qui peuvent construire une expérience de terrain, et donner le recul nécessaire à un exercice ancré dans le monde réel des résultats. C’est ce qui permet de passer de l’hypothèse aux savoir-faire basés sur les faits.

 

Médecins aveugles et patients dociles

Aujourd’hui, les futurs médecins puisent leur connaissance dans un discours bien rodé, que ce soit à l’université ou dans des revues financées par les laboratoires. Ils deviennent, réformes après réformes, les animateurs d’un système d’offre de service. La recherche de la vérité, la rigueur et sens critique en ont fait les frais.

 

Sur un autre registre, la vocation de se placer au service de l’humain, qui existe forcément à l’origine de ce choix de carrière a malheureusement toutes les chances de se pervertir elle aussi. L’exercice médical se transforme en une succession de messages formatés et de gestes techniques, réalisés de façon routinière pour le plus grand profit des actionnaires.

 

Finalement, sous le masque positif de la prévention et de la lutte contre les inégalités en matière de soins, une nouvelle mesure de contrôle de la profession voit le jour.

Non plus en discréditant les opposants, ou en faisant en sorte qu’ils ne passent pas à des heures de grande écoute, mais en tuant dans l’œuf toute idée dissidente.

Il se joue à bas bruit, après l’étape du contrôle de l’information (voir La santé dés(in)formée ), celle du contrôle de l’enseignement.

 

Cette réforme nous enfonce d’un degré supplémentaire dans la médiocrité, la dépendance et la contrainte. Ayons bien conscience de l’envergure des enjeux sociétaux car les générations futures en paieront le prix. Voici une citation à méditer :

« Chaque citoyen devra réaliser que la médecine qu’on lui impose n’est que le bras armé d’une puissance industrielle quasi illimitée qui tient désormais le monde entre ses griffes. Ceux qui ne parviendront pas à cette prise de conscience seront rendus, année après année, indifférents, dociles et non-pensants par un système fasciste qui saura les faire consommer grâce à la puissante motivation de la peur envers des dangers largement exagérés, inexistants ou inventés. » Dr Édouard Broussalian

Pour finir sur une note positive, il faut se souvenir que les changements de paradigme se font de toute manière, qu’on soit pour ou qu’on soit contre. Nous vivons une période d’accélération de l’histoire, et les prises de conscience se font tout azimut. Et il a suffit parfois d’un petit grain de sable pour enrayer une puissante machine. Alors, à chacun de décider de prendre consciemment la responsabilité de sa santé, ou de rester « indifférent, docile et non-pensant ».

- La Section Santé d’E&R -

 

Notes

[1] Le Figaro.fr avec AFP 26/02/2018.

Prendre soin de sa santé avec Kontre Kulture :

Les excellents articles de la Section Santé d’E&R :



24/05/2018

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