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L’échange annuel de Vladimir Poutine avec les Russes

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Le 16 avril, à partir de midi (heure de Moscou), aura lieu la traditionnelle ligne directe de Vladimir Poutine avec les Russes. Les citoyens de la Fédération pourront lui poser des questions par téléphone ou via Internet. Nous retranscrirons l’essentiel de cette ligne directe ici.

La ligne directe de Vladimir Poutine 2015

La ligne directe de Vladimir Poutine 2015

Sur les bilans de 2014

En 2014, il y a eu le rattachement de la Crimée, de Sébastopol, les JO de Sotchi. Nous avons dû travailler dans des conditions économiques difficiles, mais nous nous en sortons –  comme le montre le renforcement du rouble.

Le PIB a augmenté de 0,6 %, ce n’est certes pas beaucoup mais c’est tout de même un résultat positif.

En 2013, le PIB russe s’élevait à 1,3%, contre 0,6% en 2014

Nous avons également atteint un record dans l’extraction de pétrole : 525 millions de tonnes – c’est un record absolu. La production industrielle a enregistré en 2014 une hausse de 1,7 %, et l’industrie de transformation, de 2,1 %. L’agriculture a enregistré quant à elle 3,7 % de croissance. La récolte du blé a représenté 105,3 millions de tonnes en 2014.

La croissance de l’agriculture en 2013 s’élevait à 6,2%, et la production industrielle à 0,3%

En outre, nous avons atteint un record absolu dans le bâtiment  : 82 millions de m2 de surface habitable ont été construits en 2014. En revanche, le capital des PME a diminué, ce qui est déplorable.

Les revenus de la population ont diminué de 1 %.

Le secteur bancaire national a progressé. Les actifs des banques russes ont atteint 77 mille milliards de roubles, ce qui est pour la première fois supérieur au PIB.

À la fin de l’année, l’inflation s’élevait à 11,4 %.

Sur l’économie et la productivité

J’ai effectivement discuté avec les entrepreneurs, et je leur ai dit que les sanctions occidentales ne seraient pas levées rapidement – c’est de la politique.

Nous faisons tout notre possible pour respecter les accords de Minsk-2, ce que Kiev ne fait pas toujours.

Mais nous devons mieux gérer notre économie, tout ne dépend que de nous. Malheureusement, nous avons une économie unilatérale, et c’est une situation qu’il est difficile de modifier rapidement.

Il faut aussi se rendre compte que, ces dernières années, nos salaires ont augmenté, mais pas notre productivité. De fait, la correction du cours du rouble était inévitable – la monnaie devait baisser un jour ou l’autre.

La Russie n’est pas l’Iran. Notre économie est bien plus diversifiée, notre pays est plus grand, notre énergie est plus intégrée au système du marché.

Nous devons profiter de la situation actuelle pour accélérer notre développement, nous devons fabriquer aujourd’hui de nouveaux produits pour moins importer. La hausse de productivité de l’agriculture est nécessaire – et elle va se produire.

Nous avions estimé que le ralentissement économique durerait deux ans, mais en réalité, nous n’avons pas affaire à une chute de production importante. Concrètement, le niveau de la production industrielle est à 99, 4 % le même en mars 2015 qu’en mars 2014.

Et il faut tout faire pour que cette dynamique positive se poursuive et s’accélère.

Nous avons, en Russie, suffisamment de ressources, de talents et d’envie de travailler. Il faut profiter de cette vague de sanctions pour développer notre économie nationale. La croissance de la production nationale est nécessaire pour assurer la sécurité nationale.

Sur le plan de stabilisation sociale

Il faut bien évidemment critiquer le gouvernement, le président et les gouverneurs. La critique est utile. Mais rendez-vous compte que nous ne pouvons pas gaspiller de l’argent en nous imaginant que nous en avons énormément.

Notre plan de stabilisation sociale a été adopté en décembre 2014. Certes, nous aurions probablement pu l’adopter plus tôt, mais je pense que ce plan est bon et qu’il correspond à l’état de notre économie.

Ce plan prévoit l’injection de sommes très importantes dans le système bancaire ; et 250 milliards seront alloués à l’industrie. Nous avons indexé nos retraites, nous avons soutenu notre agriculture et le transport à l’intérieur du pays – aérien et ferroviaire.

Et nous voyons déjà les premiers résultats : le rouble s’est stabilisé, les prix commencent à baisser un peu.

Le chômage en Russie s’élevait à 5,5% en 2013, contre 5,8% en 2014

Le pire est derrière nous, nous avons corrigé le cours de la devise, et rien n’a explosé. Certes, l’inflation a augmenté, le chômage aussi – mais pas autant que dans la zone euro. Chez nous, le taux de chômage est de 5,8 %. Et, globalement, nous avons quand même réussi à stabiliser notre devise.

Les experts le constatent : nous avons passé le moment le plus critique. Nous enregistrons un chômage à 5,8 % – en Europe, ce taux dépasse les 11%.

Le gouvernement a fini d’élaborer son plan de redressement national, son plan anti-crise. Maintenant, l’objectif est de le mettre en pratique.

Le niveau réel des revenus de la population a diminué, notamment à cause de l’inflation. Et il faut réagir, en soutenant la population et les emplois. S’il le faut, nous mettrons le budget fédéral à contribution. Nous avons 82 milliards de roubles de réserves pour le soutien au marché de l’emploi.

La formation des jeunes cadres est un point essentiel. Nous travaillons beaucoup sur cette question.

Sur l’embargo

Question : Des produits sous embargo, comme les pommes polonaises, contournent les sanctions. En conséquence, leur prix augmente. Que faire ?

Il faut savoir qui laisse passer ces marchandises à la douane. Toutefois, le plus important n’est pas de lutter contre ceux qui contournent l’embargo, mais de soutenir la croissance de la production nationale afin que les marchandises produites en Russie chassent la production étrangère des rayons des magasins. Il faut que les producteurs nationaux connaissent leur place dans notre économie.

Sur la croissance économique

Question de l’ancien ministre des finances Alexeï Koudrine : Pendant votre premier mandat, la croissance économique était de 7 % et le pétrole se vendait 30 dollars le baril. Aujourd’hui, l’économie ne croit plus que de quelques pourcents par an. L’ancien modèle de croissance est en bout de course, et aucun nouveau modèle n’a été proposé à la place. Que comptez-vous faire ?

Cher Alexeï Leonidovitch, nous avons travaillé ensemble longtemps, et nos relations ont toujours été amicales. Je connais parfaitement votre position, puisque vous étiez l’un des auteurs du programme de développement de notre pays, Stratégie 2020, que nous suivons toujours. Sur ce point, rien n’a changé, et s’il manque quelque chose dans ce programme, c’est aussi de votre faute.

C’est vrai : il faut créer de meilleures conditions de travail pour les entreprises afin d’attirer les investisseurs privés. Il faut aussi améliorer le système judiciaire. Nous devons agir dans tous ces domaines.

Vos collègues affirment que les revenus de la population doivent réduire encore, que nos salaires augmentent trop rapidement, qu’il faut repousser l’âge de la retraite. En théorie, vous avez raison – pour construire une politique économique, il faut avoir la tête sur les épaules.

Si nous voulons garder la confiance des gens, nous devons aussi écouter notre coeur

Mais si nous voulons garder la confiance des gens, nous devons aussi écouter notre cœur. Nous devons sentir les gens, comprendre comment ils vivent. Si nous parvenons à garder leur confiance, nous pourrons mener à bien des réformes. Mais si nous la perdons, nous retournerons rapidement au début des années 1990 – et de nombreux problèmes sociaux apparaîtront. Et, pour les résoudre, il faudra injecter dans l’économie beaucoup plus d’argent que prévu – ce qui nous coûtera très cher.

Quoi qu’il en soit, vous savez combien nous respectons votre position, et nous vous écouterons toujours.

Sur l’industrie laitière

Question de John (d’origine anglaise) : Je suis fermier en Russie depuis 15 ans. J’ai 1700 vaches. Je vends mon lait moins cher que ce qu’il me coûte. Je ne fais pas de bénéfices et je vais bientôt devoir vendre ma maison. J’ai cinq enfants nés ici, je veux être sûr que leur avenir sera bon. Vous faites confiance aux chiffres qu’on vous montre, vous ? Peut-être que l’on vous ment par peur de vous dire la vérité.

Poutine : Faut-il « chercher la femme », comme on dit ?

John : Je suis effectivement marié à une Russe, oui. Depuis 23 ans.

Poutine : Dans tous les pays, on critique les statistiques. Personnellement, j’aurais plutôt tendance à les croire.

Le gouvernement a décidé de créer une aide pour favoriser l’obtention de crédits agricoles. Vous travaillez depuis 15 ans – continuez. Si les choses allaient si mal, vous auriez arrêté depuis longtemps.

Nous devons également parler avec nos partenaires (biélorusses notamment, ndlr) pour nous mettre d’accord sur une politique de subventions commune.

Sur le crédit bancaire

Question relative aux taux de crédit, que les entrepreneurs trouvent trop élevés en Russie.

Pour les PME, il existe tout un programme de soutien. Comme dans l’agriculture, c’est un domaine où l’on manque toujours de ressources, et il est normal que les gens en veuillent plus. Un taux de crédit de 35 % à 55 %, c’est effectivement beaucoup trop élevé. Je vais demander à ce qu’on y travaille. C’est surréaliste.

Question relative aux prêts immobiliers contractés en devises étrangères, que les gens ne peuvent plus rembourser avec la chute du rouble.

Le gouvernement est prêt à aider les gens. Mais le fait de prendre un crédit en devises étrangères implique que ces personnes spéculent sur ces devises : elles doivent donc en assumer la responsabilité en cas de fluctuations monétaires.

Un journaliste : Mais certaines personnes ont dû recourir à des crédits en devises étrangères parce qu’on leur avait refusé des crédits en roubles…

Poutine : Comment ça ?! Nous vivons en zone rouble – les banques doivent accorder des crédits en roubles ! Le taux actuel est de 19 %, et le boum historique récent du marché de la construction montre que ce taux est correct.

Sur la livraison des missiles S-300 à l’Iran

[L’interdiction qui pesait sur ces livraisons a été levée par Vladimir Poutine le lundi 13 avril, ndlr]

En 2007, nous avions signé avec l’Iran un accord pour leur livrer ces armes. Puis, ce contrat a été suspendu en 2010, sur ordre présidentiel, à cause de problèmes liés au programme nucléaire iranien.

Mais aujourd’hui, la situation a changé. Nos partenaires iraniens veulent parvenir à un compromis et se montrent très flexibles. Voilà pourquoi nous avons pris la décision d’autoriser la livraison de ces missiles.

Je tiens aussi à souligner que ce geste n’équivaut absolument pas à une « levée unilatérale » des sanctions, car la livraison de ces missiles n’a jamais été interdite par l’ONU. Je rappelle également que nous avons beaucoup contribué à la résolution du problème iranien.

Ces missiles ont été produits par nos entreprises – ils leur ont coûté 900 milliards de dollars. Elles prévoyaient qu’ils seraient vendus, mais ce n’est toujours pas le cas – à leur détriment.

Quand nous fournissons des armes à une région, nous tenons toujours compte de la situation géopolitique. Il nous est même arrivé d’annuler une commande d’armes à destination d’un pays du Proche-Orient à la demande d’Israël. D’ailleurs, les États-Unis livrent bien plus d’armes que nous au Proche-Orient.

Nous faisons preuve d’une grande prudence. Ces armes sont défensives et ne menacent en rien Israël. Avec ce qui se passe actuellement au Yémen, la livraison de ces missiles à l’Iran constituera aussi un facteur de dissuasion.

Nous connaissons tous la tragédie d’Odessa ; j’espère qu’un jour, le peuple ukrainien portera un jugement sur cet acte de barbarie.

Sur l’Ukraine

Question relative au dialogue avec le président ukrainien Petro Porochenko

Je considère que le gouvernement ukrainien fait beaucoup d’erreurs. Le président ukrainien avait une opportunité de régler la question du Donbass de manière pacifique, en se mettant d’accord avec la population locale, mais il a préféré user de la force. Et les tragédies se sont accumulées. C’est une erreur colossale, qui a abouti à une impasse.

Pourtant, il existe une issue à la crise : les accords de Minsk, qui doivent être suivis de réformes sociales et économiques.

Bien sûr, nous ne voulons pas nous en mêler, mais avons le droit de donner notre avis, notamment en notre qualité de membre du groupe de Normandie. Nous sommes en droit d’exiger la mise en œuvre des accords de Minsk.

Le Donbass est victime d’un blocus économique

Sur l’économie du Donbass

J’ai discuté avec Petro Porochenko de la reprise économique dans le Donbass. Actuellement, les autorités kiéviennes ne veulent y restaurer ni l’économie, ni la sphère sociale. Le Donbass est victime d’un blocus économique ; les pensions et les allocations ne sont pas versées. Certes, il y a dans le Donbass des gens qui combattent avec des armes, mais il y a aussi des gens qui n’y sont pour rien, des personnes âgées qui ont travaillé toute leur vie pour pouvoir toucher une retraite. Conformément à la loi, Kiev se doit de leur payer ces retraites, mais ce n’est pas fait. L’Ukraine est en train de couper le Donbass de son territoire elle-même, de ses propres mains.

Le régime politique change, mais le peuple reste. Je ne fais pas de distinction entre les Russes et les Ukrainiens, je pense qu’il s’agit du même peuple.

Question : Pourquoi la Russie offre-t-elle à l’Ukraine des crédits et des réductions sur le prix du gaz ? 

Les régimes politiques changent mais les peuples restent. Je ne fais pas de distinction entre les Russes et les Ukrainiens, je pense qu’il s’agit du même peuple. Tout le monde n’est pas de cet avis, c’est vrai, et nous pouvons en discuter. Mais là n’est pas la question. Nous aidons le peuple ukrainien, nous voulons que l’Ukraine sorte de la crise. Ce sont nos voisins, nos partenaires, nous voulons pouvoir coopérer avec eux. Nous savons qu’ils ne sont pas en mesure de payer le gaz au prix normal, vu l’état de leur économie. C’est pourquoi nous leur offrons des réductions, alors que nous ne sommes pas obligés de le faire. Nous voulons restaurer nos relations avec l’Ukraine.

La Russie veut que l’Ukraine la considère comme un partenaire égal. Nous voulons que les droits des Russes et de ceux qui se considèrent comme russes en Ukraine soient respectés – tous ces gens qui ont le russe pour langue maternelle et considèrent la culture russe comme la leur.

38 000 réfugiés ukrainiens vivent rien que dans la région de Rostov, en Russie

Nous voulons que nos relations avec l’Ukraine reviennent à la normale, et nous ferons tout pour y parvenir. La seule solution au problème actuel est politique. Et j’espère que tous le comprendront un jour.

(…)

Pendant des années, nous avons aidé l’Ukraine avec des livraisons gazières et pétrolières à des prix sensiblement inférieurs à ceux du marché. Cela représente des dizaines de millions de dollars d’aide indirecte. Nous coopérions dans beaucoup de domaines, nos liens économiques étaient très intenses et diversifiés.

Que s’est-il passé en Ukraine ? À un moment, les gens s’y sont lassés de la corruption, des oligarques, du vol organisé. Pour sortir de cette situation, ils se sont adressés à ceux qui proposent des solutions faciles – aux nationalistes. Nous sommes nous-mêmes passés par là, au début des années 1990.

L’Ukraine est un État souverain. En 1991, nous l’avons libérée de nous-mêmes et, aujourd’hui, nous devons respecter son indépendance. Mais nous ne pouvions pas tolérer le coup d’État qui y a eu lieu et la hausse du nationalisme que nous observons en ce moment.

En s’adressant aux habitants de la région de Rostov, située à la frontière avec l’Ukraine :

La guerre entre l’Ukraine et la Russie n’aura pas lieu, elle est impossible, ne vous inquiétez pas.

Sur l’Union économique eurasiatique

Nous ne voulons pas « attirer à nous » les États de l’UEEA. Ce que nous voulons, c’est que les habitants de la Russie, de la Biélorussie, du Kazakhstan et d’Arménie vivent mieux. Pour nous, les droits des Russes doivent être respectés, où qu’ils vivent.

Il n’est pas question de restaurer l’empire russe. Les processus d’intégration dans l’espace eurasiatique sont comparables à ceux qui se déroulent dans le reste du monde – en Amérique latine, en Asie, en Europe. Mais quand ces processus se déploient chez nous, on nous dit que nous voulons restaurer l’empire. Nous n’avons pas d’ambitions impérialistes, nous voulons simplement assurer une vie digne à tous les Russes, où qu’ils vivent.

Sur le meurtre de Boris Nemtsov

Irina Khakamada (femme politique russe, membre de l’opposition) : À propos de l’assassinat de Nemtsov : comment avance l’enquête et saurons-nous qui a réellement tué Boris ? Est-ce lié au dossier qu’il s’apprêtait à publier sur la présence de Russes dans le Donbass ? Et à la fin des fins : y a-t-il des soldats russes en Ukraine ?

L’opposition a le droit et le devoir de participer à la vie politique. C’est positif qu’il y ait une opposition, mais c’est au peuple de choisir qui il veut voir siéger à la Douma.

Boris Nemtsov était fortement opposé à moi et au gouvernement, même si, à l’époque où nous travaillions ensemble, nous ayons eu de bonnes relations. Son assassinat est honteux. À propos de l’enquête, je rappelle qu’il n’a fallu qu’une journée et demie pour mettre la main sur les tueurs. C’est un excellent travail. Y a t-il un commanditaire, et le trouvera-t-on ? Je ne sais pas.

Enfin, je le dis clairement : Il n’y a pas de troupes russes en Ukraine. Même le commandant des forces armées ukrainiennes a récemment déclaré publiquement qu’il ne se battait pas contre des troupes russes.

- Voudriez-vous vous faire cloner ?

– Non.

Sur les incendies en Sibérie

Une habitante d’un village qui a brûlé, en pleurs : Huit maisons ont brûlé dans notre village. Nous avons tout perdu. Aidez-nous. 

Dix mille roubles seront versés à chaque personne ayant souffert des incendies, un million de roubles – à chaque famille ayant perdu un parent, 100 000 roubles – à ceux qui ont perdu leur patrimoine, et 60 000 – à ceux qui ont perdu une partie de leurs biens.

Nous devons reconstruire 2 400 maisons ; le gouverneur procédera à la reconstruction complète de toute l’infrastructure d’ici au 1er septembre 2015.

Sur le nationalisme

Question : Konstantin Remtchoukov, rédacteur en chef de Nezavissimaïa gazeta : À quelles conditions pourra-t-on normaliser les relations avec l’Occident en général et les États-Unis en particulier ? Quel est le lien entre patriotisme et xénophobie ? Et entre patriotisme et nationalisme ? 


Le patriotisme et la xénophobie sont deux choses très différentes, comme les pommes et les oranges. Je ne comprends pas comment on peut les associer. Le patriotisme, c’est l’amour pour sa patrie, alors que la xénophobie, c’est la haine pour les autres.

Concernant le nationalisme, j’ai dit à plusieurs reprises que c’était une chose mauvaise pour l’État russe, car nous sommes un pays multiconfessionnel et multinational.

Quant aux relations avec l’Occident, ce n’est pas nous qui sommes à l’origine de leur dégradation. Nous avons toujours entretenu de bonnes relations avec tout le monde.

Pour que ces relations s’améliorent, il faut une seule chose : qu’on respecte la Russie. Certains grands pays ne supportent pas que la Russie ait son point de vue propre et l’affirme. C’est pourtant un point que tout le monde doit entendre. Car en ce qui nous concerne, nous sommes et nous serons toujours prêts à collaborer. Nous ne voulons pas nous isoler.

Toutes ces façons de tenter d’influer sur notre pays, comme les sanctions, ont montré leur faillite. Ça ne fonctionne pas avec nous. Et nous, les Russes, quand nous sommes victimes d’une conduite injuste et inégalitaire, nous réagissons : il se crée naturellement, au sein de la population, une réaction inverse de défense. Et nous avons vu ici, chez nous, ce soutien de la population. Je remercie la population russe pour ce soutien.

Sur la Russie et ses ennemis

Nos ennemis sont les terroristes internationaux. La Russie ne considère personne, parmi les autres acteurs de la scène internationale, comme son ennemi. Et nous recommandons à tous de ne pas nous considérer comme un ennemi.

Question : L’Etat islamique constitue-il une réelle menace pour la Russie ? Et pouvons-nous la contrer ?

L’EI s’est développé initialement sur le territoire de l’Irak. Je tiens à rappeler qu’avant que Saddam Hussein ne soit destitué du pouvoir, il n’y avait pas de terrorisme.

L’EI ne représente pour nous aucune menace directe. En revanche, nous sommes inquiets du fait que des ressortissants de la Fédération de Russie et de pays de la CEI l’aient rejoint et s’y entraînent. Nous sommes inquiets car ces individus reviennent ensuite sur le territoire russe.

Nous sommes conscients de cette menace, nous la prenons en considération. Nous savons relativement combien ils sont et où ils se trouvent. Nos services secrets, en collaboration avec ceux d’autres pays, gardent un œil sur eux.

Non, je ne veux pas devenir secrétaire général de l’ONU.

Sur les alliés de la Russie

Je citerai simplement le tsar Alexandre III : « La Russie a deux alliées : son armée et sa flotte. » Il disait également que l’immensité de notre territoire fait peur. Nous avons des amis, pourtant, notamment les pays des BRICS et de l’Organisation de coopération de Shanghai.

Nous n’avons pas l’intention de faire la guerre, mais nous allons renforcer nos capacités de défense afin que personne ne se mette en tête de nous la faire, à nous.

Sur le réarmement de la Russie

Nous avons suffisamment d’équipement technique militaire moderne. Et notre plan de réarmement et de modernisation de l’armée prévoit que d’ici 2020, 70 % minimum de notre armement seront renouvelés.

Sur l’assassinat du journaliste ukrainien Oles Bouzina

Ce n’est pas le premier assassinat politique. Et, alors que l’Ukraine affirme être un État démocratique, elle ne semble pas s’empresser de rechercher les coupables.

Sur le communisme et le nazisme

On ne peut pas mettre le stalinisme et le nazisme sur un pied d’égalité. Les nazis déclaraient ouvertement vouloir anéantir des peuples entiers, les Juifs et les Tziganes.

Aussi mauvais qu’ait été son régime et malgré toutes ses répressions, Staline n’avait pas pour objectif d’anéantir des peuples entiers.

Nous portons aussi notre part de responsabilité dans le fait qu’aujourd’hui, certains veuillent placer au même niveau le stalinisme et le nazisme. Nous avons tenté d’imposer notre modèle de développement à un certain nombre de pays européens, souvent par la force. Nous n’aurions jamais dû le faire, c’était une grave erreur. Et nous en subissons encore les conséquences.

D’ailleurs, c’est ce que tentent aujourd’hui de faire les États-Unis ; ils veulent imposer leur modèle de développement au monde entier. Et ils vont échouer.

Sur les chefs d’État ayant refusé de participer aux célébrations du Jour de la Victoire, le 9 mai, à Moscou

Certains ne veulent pas venir, en effet ; d’autres le voudraient, mais n’y sont pas autorisés par les États-Unis. Nous respectons tous les choix. Si des dirigeants veulent exprimer leur solidarité avec les victimes des nazis, nous sommes toujours prêts à les recevoir. Mais quoi qu’il en soit, c’est notre fête à nous, et nous la célébrons – afin de ne jamais oublier ce qui s’est passé.

Il y a de nombreuses années, Gerhard Schröder est venu me voir dans ma résidence. Nous sommes allés au bania, et le bania a pris feu. Lorsque j’ai dit à Gerhard que nous devions partir en courant, il m’a répondu : « Oui, une seconde, laisse-moi finir ma bière. » À part ça, j’aime bien aller au bania.

Sur les porte-hélicoptères Mistral et le refus de la France de les livrer

Le refus de livrer ces navires est évidemment un mauvais signe dans nos relations, mais je vous le dis sincèrement – cela n’affecte en rien notre défense nationale.

C’est vrai, nous prévoyions de les utiliser en Extrême-Orient, mais il n’y a pas de mal.

Le gouvernement français est honnête et je suis sûr qu’il nous rendra l’argent, s’il le faut, sans problème, et sans pénalités. Il faut simplement que notre argent et les échéances de retard nous soient rendus.

Et bien évidemment, cette affaire affectera nos relations commerciales, mais aussi notre collaboration avec l’OTAN.

Sur les hommages à Boris Nemtsov

La décision d’installer ou non une plaque commémorative sur le lieu de l’assassinat de Nemtsov revient à la mairie de Moscou. La loi stipule que des plaques commémoratives peuvent être installées jusqu’à dix ans après le décès. Mais la mairie peut aussi décider de ne pas en mettre.

Je ne vois aucun problème à ce que les habitants viennent déposer des fleurs et des icônes sur le lieu de l’assassinat. Je dirai au maire de ne pas instaurer de restrictions à ce sujet.

Sur le chantier de construction du cosmodrome Vostotchny, en Extrême-Orient

Nous avons réellement besoin de ce cosmodrome, puisque nous n’avons toujours pas de cosmodrome civil digne de ce nom.

Le cosmodrome que nous utilisons actuellement se trouve au Kazakhstan. Or, la Russie, en tant que puissance spatiale, se doit d’avoir son propre cosmodrome. Nous prévoyons par ailleurs de créer notre propre station spatiale à l’horizon 2023. Depuis la station internationale, nous ne voyons que 5 % du territoire russe, alors que, depuis notre station, nous pourrons le voir entièrement, ce qui est très important, notamment d’un point de vue économique.

Sur les revenus des grands patrons

Question : Pourquoi les grands patrons des principales compagnies russes ne dévoilent-ils pas leurs revenus ?

C’est lié au fait que les conseils d’administration de nos grandes compagnies comportent aussi des ressortissants étrangers, même si ces derniers n’occupent pas des postes de direction. En Ukraine, à propos, ces postes sont occupés par des ministres d’autres pays – comme s’ils n’avaient personne de compétent chez eux.

Quoi qu’il en soit, on ne peut pas obliger ces spécialistes étrangers à dévoiler leurs revenus, ni ne l’exiger que des Russes qui y siègent.

Les grands patrons qui dévoilent leurs revenus en Occident le font volontairement. Personnellement, à la place de nos grands patrons, je le ferais.

Sur l’industrie pharmaceutique

Nous allons développer notre industrie pharmaceutique en y investissant 180 milliards de roubles. Nous avons déjà de nombreux fabricants nationaux qui produisent des médicaments conformes à toutes les normes internationales. Pour autant, nous n’avons pas l’intention de renoncer aux médicaments importés.

Sur l’âge du départ à la retraite

Notre espérance de vie augmente ; elle s’élève aujourd’hui à 71,5 ans, hommes et femmes confondus. La population active se réduit alors que le nombre de retraités s’accroît ; nous pourrions donc, un jour, en arriver au point où nous n’aurons plus de quoi payer toutes les retraites. Néanmoins, je ne pense pas que nous soyons prêts, aujourd’hui, à repousser l’âge de la retraite. Car l’espérance de vie des hommes n’est toujours que de 65,5 ans. Si on repousse l’âge de leur retraite, qu’arrivera-t-il ? Ils s’en iront dans une redingote de bois ? Les Européens prennent leur retraite plus tard, mais leur espérance de vie est aussi plus longue.

Sur la Crimée

Question : Des mesures vont-elles être prises pour diminuer le prix des billets d’avion Russie-Crimée et dynamiser le tourisme ?

Les prix des vols intérieurs doivent diminuer de 10 %. La Crimée a un statut particulier car il s’agit d’une destination touristique. D’ailleurs, Aeroflot a déjà décidé de baisser ses prix sur les vols en provenance d’une cinquantaine de villes russes, afin d’atteindre une moyenne de 7 500 roubles aller/retour.

Le principal problème demeure le piteux état des infrastructures de l’aéroport (de Simferopol). Il y a beaucoup à faire : l’équiper, le moderniser et refaire la piste. Mais pas de panique – les vols ne sont pas remis en question. Ce problème est connu des autorités de Crimée, qui doivent y remédier.

Sur l’interdiction faite aux policiers de passer leurs vacances à l’étranger

La décision a été débattue au Conseil de sécurité de Russie. Certes, les policiers ne détiennent pas de secrets d’État, toutefois, le ministère de l’intérieur a estimé que cette mesure de restriction devait concerner tous les officiers, tous ceux qui portent des épaulettes. Mais je vous l’accorde, cette mesure peut en effet paraître exagérée, ou superflue.

 



18/04/2015

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