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L’énigme de la servitude volontaire – état des lieux [1/2]

 

Le point de départ de mon analyse se base sur le billet de Juan Pérez Ventura, intitulé "Como nos controlan desde el poder ?" (Comment les pouvoirs institués parviennent-ils à nous dominer?)

Synthèse schématique

 


En 2015, le monde est régi, dans sa presque totalité, par le capitalisme (peu ou prou) international. Si on lui adjoint ses instruments institutionnels (FMI, Otan, OMC, la Fed, la BCE…) et culturels (les médias de masse, Hollywood…), on définit ainsi le Système (ou Matrix pour les geeks). En Occident, le Système use presque exclusivement de violence verbale [soft power] (cf : les assistés de la sécurité sociale, les fonctionnaires fainéants), symbolique (cf : privilèges de la nomenklatura républicaine, déclaration d’amour pathétique, usurpatrice, et déplacée, au nom du peuple français, du premier ministre à la communauté juive, qui a besoin de sécurité et non de compassion) et d’intimidation (cf : procès à répétition contre les gêneurs, Dieudonné, Denis Robert, Pierre Péan ) afin de contrôler les masses, la classe dominée selon Ventura.

Ailleurs, dans le monde, il utilise carrément la violence meurtrière (cf: les guerres actuelles en Ukraine, en Syrie, en Palestine, au Congo…). Chez nous donc, en Occident, tout émane de la com’ – démagogie, propagande, narrative, intox, manipulations des chiffres font et défont la vie politique – quand, ailleurs, c’est la Kalachnikov qui parle. Mais rien ne garantit qu’il en sera toujours ainsi (cf: la fascisation – en moyens militaires et idéologiques – des forces de police aux US et en Europe). Or, le paradigme de la classe dominante nous impose de croire que le peuple est une entité monolithique, homogène dans sa composition et ses aspirations : un troupeau docile de veaux avec des boucles d’oreilles d’identification en plastique agrafées à l’oreille – je suis d’une région agricole.

L’argument central de mon exposé, c’est qu’il n’existe pas de société en soi ; il n’y a pas, en Occident (ailleurs, c’est une autre histoire), d’opprimés terrorisés, mais plutôt une agrégation d’individualités en interaction, relativement autonomes et donc relativement responsables de leurs actes.

De fait, malgré la crise (les subprimes, les scandales politiques à répétition…), et les dénis patents de démocratie (le référendum de 2005 en France sur le traité de Lisbonne, le référendum grec tout récemment, tous deux ignorés) rien ne bouge ! Pas de grand soir en perspective. «Aujourd’hui… rien», écrivait Louis XVI dans son journal à la date du 14 juillet 1789. Les gens paraissent heureux. Le capitalisme semble devoir durer 1000 ans! Comme le IIIe Reich?

Comme disait le camarade Lavoisier, «Rien ne se perd, rien ne se crée» ; et s’il n’y a pas de révolution à l’horizon, c’est probablement parce que les éléments précurseurs de celle-ci ne sont pas au rendez-vous et que les esprits ne sont pas mûrs («Merci, Monsieur de La Palice»).

Mais pourquoi donc la révolution n’est-elle pas en marche? Pourquoi, par exemple en Grèce, n’ont ils pas tous voté Syriza? En fait, la question est très mal posée, car la Grèce, ça n’existe pas en soi. Il y a en revanche des Grecs. En l’occurrence, certains grecs ont voté « oui » et d’autres ont voté « non » au référendum, or ce n’est pas une question de QI mais bien d’interprétation subjective (car tout le monde voit midi à sa porte…).

Comme le disait un autre camarade, La Boétie, «Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux». Et nous le sommes surtout parce que nous pensons ce que le Système veut que nous pensions : que nous sommes une masse uniforme, dotée d’une seule volonté. Il convient donc de réfléchir à l’état réel de la société en tant que collection d’individualités, et de l’organiser en conséquence en fonction de ses manquements, défauts et qualités.

Il s’agit de sortir du paradigme dominant qui veut que soit la lutte des classes n’a plus de sens, soit elle serait en voie de se résorber dans, et par, le capitalisme. Car si la lutte a disparu, les classes, par contre sont toujours là, et bien vivaces !

Humblement, je souhaite contribuer à l’élévation du niveau de réflexion quant aux moyens de générer une dynamique révolutionnaire. Je présente donc ci-dessous une typologie – que je tiens pour exhaustive – des citoyens de la société occidentale limitée à l’Europe (je n’aurai pas la prétention de parler des autres continents, bien que je pense semblables tous les êtres humains sur terre).

La domination du Système est protéiforme. Nos sociétés, locales ou nationales, jeunes ou âgées, riches ou pauvres, ont été méthodiquement atomisées, socialement, culturellement, géographiquement et économiquement par le Système.

En vérité, mon propos n’a rien d’original : je me borne ici à appliquer la théorie du marketing à la segmentation de la société dans son ensemble, sous l’angle politique. D’autres l’ont fait avant moi. Parce qu’il y a différents types de clients par rapport à un produit à vendre, il y a différents types de citoyens face à la res publica – ce sont d’ailleurs les mêmes personnes…

Communiste, je pense comme Mme Thatcher que la société est une construction artificielle mais, à la différence de la dame de fer-blanc, je considère que le lien social incarne notre humanité commune, et constitue, en ce sens, le moyen et la fin de notre lutte.

Détruire la société, détruire les échanges humains naturels, et les remplacer par du contractuel (cf : interdiction des petits boulots de jardinage entre voisins, selon la règle du bénévolat), tout cela caractérise la manière du Système. Celui-ci a d’ailleurs fort bien réussi, secondé en cela par ses troupes d’élites nolens volens (journalistes, grands patrons, magistrats…). Les citoyens sont ainsi devenus veules, lâches, intéressés ou tout simplement idiots : des profils qui ne permettent aucune mobilisation utilement subversive.

Huit profils de base donc, huit comportements fondamentaux et autres attitudes encouragés par le Système pour nous maintenir sous sa dépendance.

Les «Libertins» : Hédonistes ou épicuriens, leur truc, c’est d’en profiter au maximum (avant la fin inéluctable, dont ils sont peu ou prou conscients), ils ne participent à rien, ne votent jamais, et ne s’intéressent pas aux guerres à l’étranger (sauf pour leurs vacances…). Cela va du club libertin à la grosse bouffe, en passant par les collections de BD rares et autres capsules de bouteilles de bière (je suis belge, je connais le genre). En général, leurs professions les mettent à l’abri des aléas économiques (fonctionnaires ou rentiers…).

Les «Lâches» : Ils occupent tous des emplois précaires, ils sont serviles quand d’autres sont obséquieux, ils affectent un sourire gêné quand on leur parle de grève. Selon eux, pour vivre heureux, il faut vivre à genoux. Qui osera les juger, au vu de leurs salaires et de leurs conditions de vie?

Les «Fatalistes» : Ils savent que les dés sont pipés – que ce soit au niveau politique ou économique ; ils pensent que tout est déjà plié, qu’il convient de limiter la casse et d’attendre que ça passe ou évolue. En général, ce sont d’anciens militants de quelque chose. Trop vieux pour tout ça, de toute façon…

Les «Crétins» : Il y a difficilement plus bêtes – les fameux consommateurs compulsifs –, ils mangent tout ce qu’on leur donne, sans se poser de questions ; S’il y a de la fringue, du Nike, de l’iPhone, de l’iPad, Facebook et, pour d’autres ou les mêmes, de la bière, du foot et du porno, ça roule pour eux. Ça peut aussi être la moto ou Johnny.

Les «Combinards» : Ils savent que le discours libéral-démocratique est une arnaque : eux ne sont pas dupes! Selon eux, question argent, il suffit de savoir où chercher, mais il ne faut pas être trop regardant quant à la manière. Ce sont des garagistes qui trouvent toujours une panne – pas forcément la panne – des avocats du genre «On ira en appel» – honoraires doublés, des médecins qui connaissent un nouveau traitement anti-cancer, des petits patrons qui oublient de payer les heures sup’… De toute façon, dans la vie, c’est chacun pour soi, et de qualifier l’altruisme de couillonnade…

Les «Névrosés» : On y trouve les sociopathes et les dépressifs. Les premiers détestent tout ce qui n’est pas eux-mêmes, harcèlent leur entourage (toxic people) et sont irrécupérables. Pas mal de retraités qui jalousent la jeunesse à en vomir. Les autres, souvent les victimes de ceux-ci, se traînent dans la vie, épuisés d’une existence sans Amour (ils ont oublié quant ils ont souri – ou pleuré – pour la dernière fois) ; par pudeur, on détourne le regard mais l’état de santé mentale de certains de nos concitoyens est absolument débilitant. Sans l’alcool, les psychotropes, le prime time à la télé, et autres drogues légales, l’Occident s’effondrerait!

Les «Larbins» : Ce sont des fanatiques du marché, qu’ils considèrent encore comme vertueux (concurrence libre et non faussée, travailler plus pour gagner plus…). Pour eux, les fraudeurs du fisc sont des héros. La dissonance cognitive les caractérise par excellence, ils sont en permanence sarcastiques et persifleurs. Le petit patronat mais aussi certains prolétaires y trouvent leur compte (surtout dans le nord de l’Europe).

Les «Idiots utiles» : Parfois appelés écolos, ils croient pouvoir changer le monde en signant des e-pétitions ou en observant des minutes de silence ; bien sûr, ils disent «Non à la violence!» (encore que, les antifas…) ; ils n’ont aucune notion historique en matière de luttes sociales, ils flottent dans le néant de la pensée alter-mondialiste (ni capitaliste ni communiste, alors… quoi d’autre? ben… capitaliste, y a pas le choix : en fait du vide entre les oreilles). Ils sont aussi pas mal dissonants, en mode crédule/incrédule selon le contexte qui les favorise. Parfois, leur raisonnement confine à la pensée magique. Quand ils sont jeunes, leurs propositions politiques sont ahurissantes de mièvrerie et de naïveté. Plus mûrs, ils veillent à leurs intérêts immédiats : porte grande ouverte sur la schizophrénie. Ils sont tous Charlie. Et travaillent généralement pour le secteur soi-disant non-marchand, le culturel, les soins aux personnes âgées…).

Le Système agit comme une pieuvre, dont les multiples tentacules capturent leurs proies en fonction de leurs faiblesses. Leurs chaînes ne sont pas d’acier, elles sont mentales, car en Occident, la com’ est l’instrument de prédilection de la domination : sophismes, récits trompeurs, concepts erronés, généralisations abusives, démonstrations incohérentes, mensonges éhontés…

En l’occurrence, les cupides cultiveront leur goût du lucre, les lâches seront frappés de terreur par la violence des attaques du Système, les libertins se vautreront dans la débauche de la dolce vita…

Ce qui caractérise néanmoins tous les prolétaires, la masse laborieuse dans son ensemble, c’est la volonté de poursuivre une illusion éminemment matérialiste, celle de la vie éternelle, celle du moyen de chercher et surtout de trouver, dans le Système, le secret de l’immortalité – une sorte de prothèse mentale.

Tous veulent faire durer leurs vies médiocres jusqu’à la dernière extrémité. Décidément, le projet de Mai ‘68 – dont on commence à découvrir qu’il s’agissait d’une opération de regime change avant l’heure pour se débarrasser du régime gaulliste, hostile à l’hegemon d’outre-atlantique – n’en finit pas de pourrir nos existences. Car c’est cette déchéance morale des Européens qui rend compte de l’asservissement de nos vies. Tous les compromis avec la morale, toutes les redditions et autres lâchetés quotidiennes ne pouvaient pas rester sans conséquences. Seul l’individu vertueux est libre de toute emprise de la pieuvre du Système.

La rébellion passe donc par l’éthique. Une éthique absolue, radicale et irréductible. Pour améliorer la société, il faut que l’homme s’améliore, par lui-même, parce qu’il est l’alpha et l’oméga. Les bouddhistes nous avaient pourtant prévenus…Et pas seulement eux 1

Conclusions…

Il y aurait donc huit profils de citoyens, huit façons de répondre aux injonctions du Système… La belle affaire, et à quoi ça sert, me direz-vous !

Eh bien… à le savoir – et donc à le comprendre. Le savoir devrait permettre aux prolétaires qui se sentent une étoffe de meneur d’éviter de prononcer des discours qui ne portent pas. On ne parle pas à un lobotomisé de la télé ou à un fan de Johnny comme on peut parler à un anti-fa. Le manque de pertinence des alternatives, quand il y en a, est le propre de certains pseudo-dirigeants (Mélenchon, Dupont-Aignan…) incapables de saisir que la société, la collectivité, et même la nation sont devenues aujourd’hui des idoles creuses et stériles.

En outre, toutes les armées du monde ayant une avant-garde, il convient de déterminer qui est susceptible d’en être. Personnellement, je penche pour les chômeurs : ils n’ont rien à perdre à lutter contre le Système, rien à gagner à lui obéir. Cela me rappelle le récit rapporté d’un résistant des camps nazis qui, comprenant qu’il ne survivrait pas (malnutrition, épuisement…), sabota les infrastructures qu’il construisait, et causa de nombreux dégâts. Il fut bien sûr fusillé, mais non sans crier «Vive la France». C’est ça, selon moi, le devoir de mémoire…

Au terme de cet exposé, il demeure une énigme – quoique un peu déflorée – nécessitant d’être relevée : comment expliquer que certaines personnes soient des rebelles, résistant à l’ordre des choses, et pas d’autres ? Cela fera l’objet d’un autre article : Théorie de l’engagement

Geoffrey, le communiste belge

J’encourage fortement le lecteur à étudier de plus près la philosophie cynique de Diogène, la vraie, la subversive, celle qui a toujours dérangé en prônant la vertu et l’insoumission – cette dernière exigeant, avant tout, que l’homme vive sa vie en conformité avec ses principes – et non la définition que toutes les époques en ont donné, c’est-à-dire le contraire de ce qu’elle disait

Source



11/08/2015

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