De nouvelles sanctions et, une fois de plus, de nouveaux exercices militaires étasuniens en République de Corée, juste à côté ; de nouvelles intimidations et de nouvelles insultes. Pour nulle autre raison sinon que le pays, qui n’a jamais attaqué personne, est toujours déterminé à se défendre contre d’épouvantables provocations militaires, économiques et propagandistes. 

Quelle est la limite de ce qu’un pays peut endurer ? – Andre Vltchek
Andre Vltchek

Par Andre Vltchek – Le 15 mars 2016 – Source Le Saker océanien

Il y a plus de 60 ans, des millions de personnes sont mortes sur le 38e parallèle, littéralement massacrées par la coalition menée par les États-Unis.

Après cela, après sa victoire, la Corée du Nord n’a jamais été laissée en paix. L’Occident l’a provoquée, l’a menacée, lui a imposé des sanctions brutales et, bien sûr, a manipulé l’opinion publique.

Pourquoi? Il y a plusieurs réponses. La plus simple: parce qu’elle est communiste et parce qu’elle veut suivre sa propre voie ! Comme Cuba l’a fait depuis des décennies… Comme plusieurs pays d’Amérique latine l’ont fait ces derniers temps.

Mais il y a encore une autre réponse, beaucoup plus complexe : parce que la République populaire démocratique de Corée (RPDC) a combattu pour ses principes chez elle, et qu’elle a lutté contre l’impérialisme occidental à l’étranger. Elle a aidé à libérer des pays colonisés et opprimés. Et, comme Cuba, elle l’a fait de façon désintéressée, comme un véritable État internationaliste.

C’est le continent africain qui en a le plus bénéficié, y compris la Namibie et l’Angola, lorsqu’ils subissaient les épouvantables régimes d’apartheid qui leur étaient imposés par l’Afrique du Sud. Il va sans dire que ces régimes étaient totalement soutenus par l’Occident, comme l’était la folie raciste venant de Pretoria (n’oublions pas non plus que l’Afrique du Sud fasciste et ségrégationniste raciale est l’un des pays qui a combattu aux côtés de l’Occident pendant la guerre de Corée).

 

L’Occident n’a jamais oublié ni pardonné l’aide internationale de la RPDC à de nombreux pays africains. Les aviateurs nord-coréens pilotaient des avions de combat égyptiens pendant la guerre israélo-arabe de 1973. La RPDC a pris part à la lutte de libération nationale en Angola (elle a participé à des combats aux coté du Mouvement populaire pour la libération de l’Angola (MPLA), elle a combattu en Rhodésie, au Lesotho, en Namibie (soutenant la SWAPO de manière décisive) [SWAPO, South-West African People’s Organisation – Organisation du peuple du sud-ouest africain, NdT] et dans les Seychelles. Elle a aidé le Congrès national africain (ANC) dans sa lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud. Dans le passé, elle a fourni une assistance aux pays africains alors progressistes, y compris la Guinée, l’Éthiopie, le Zimbabwe, le Mali et la Tanzanie.

Une contrôleuse nord-coréenne du trafic militaire en Namibie

Le fait que le peuple de la RPDC ait versé son sang pour la liberté du continent le plus dévasté (par l’impérialisme occidental) sur la terre – l’Afrique – est une des raisons principales pour lesquelles l’Occident veut aller jusqu’au bout,essayant de la punir, de discréditer et même de liquider cette nation fière. L’Occident est obsédé par sa volonté de nuire à la Corée du Nord, comme il a été obsédé pendant des dizaines d’années par la destruction de Cuba.

L’Occident a pillé l’Afrique, un continent immense et riche en ressources, pendant des siècles. Il a crû sur ce riche butin. Quiconque essayait de l’arrêter devait être liquidé.

La RPDC a été acculée, tourmentée et provoquée. Lorsque Pyongyang a réagi, déterminée à se protéger, l’Occident a déclaré que sa défense était en fait illégale et qu’elle représentait un véritable danger pour le monde.

La RDPC a refusé de renoncer à son indépendance et à sa voie – elle a continué à développer son programme nucléaire défensif. L’appareil de propagande occidental est passé à la vitesse supérieure, propageant des inventions toxiques et polluant ensuite la planète entière avec elles. Résultat, le monde entier est convaincu que «la Corée du Nord, c’est mal», mais il n’a aucune idée pourquoi. Toute la farce est construite uniquement sur des clichés, mais presque personne ne la conteste.

Christopher Black, un avocat international de premier plan basé à Toronto, au Canada, considère de nouvelles sanctions contre la RPDC comme un véritable danger pour la paix mondiale :

«Le chapitre VII de la Charte des Nations Unies stipule que le Conseil de sécurité peut prendre des mesures contre un pays s’il y a une menace pour la paix et c’est la justification qu’ils utilisent pour imposer des sanctions. Cependant, ce n’est pas la RPDC qui constitue une menace pour la paix, mais les États-Unis qui menacent militairement la RPDC d’annihilation. La RPDC a déclaré clairement que ses armes nucléaires sont là uniquement pour dissuader une attaque américaine, qui est une menace pour la paix.

Les fait que les États-Unis, en tant que membres du Conseil de sécurité, imposent des sanctions contre un pays menaçant est hypocrite et injuste. Que les Russes et les Chinois se soient ralliés aux États-Unis dans cette démarche au lieu d’appeler à des sanctions contre les États-Unis pour leurs menaces contre la RPDC et leurs nouveaux exercices militaires, qui représentent un danger évident et actuel pour la RPDC, est honteux. Si les Russes et les Chinois sont sincères, pourquoi n’insistent-ils pas pour que les États-Unis retirent leurs forces là-bas, de manière à ce que la RPDC se sente moins menacés et prenne des mesures pour garantir sa sécurité ? Ils n’expliquent par leurs actes, mais leurs actes font d’eux des collaborateurs des États-Unis contre la RPDC.»

Les États-Unis et l’Otan menacent la RPDC, la Chine et l’Extrême-Orient russe

Les bases militaires US/Otan en Asie (et ailleurs dans le monde) sont effectivement le principal danger pour la RPDC, la Chine et l’Extrême-Orient russe.

D’immenses bases aériennes situées à Okinawa (Kadena et Futenma), ainsi que les bases sur le territoire de la République de Corée, menacent directement la Corée du Nord, qui a tout à fait le droit de se défendre et de défendre ses citoyens.

Il est aussi complètement illogique d’imposer des sanctions à la victime et non à l’Empire, qui est responsable de centaines de millions de pertes humaines dans tous les coins du globe.

Andre Vltchek

Andre Vltchek est philosophe, romancier, cinéaste et journaliste d’investigation. Il a créé Vltchek’s World, il est un utilisateur de Twitter engagé et travaille en particulier pour le magazine en ligne New Eastern Outlook.

Article original paru sur Global Research

Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par nadine pour le Saker francophone

À bas l'embargo sur la corée du nord !

Plus d'un demi siècle après la fin de la guerre de Corée, la tension est toujours palpable entre la République Populaire Démocratique de Corée (RPDC), communément appelée Corée du Nord, et la Corée du Sud. Le 23 novembre 2010, leurs armées respectives échangeaient des tirs à l'artillerie. La presse bourgeoise a présenté unilatéralement cette escarmouche comme "le bombardement d'une île sud-coréenne par la Corée du Nord". La réalité est plus complexe. Depuis la fin des années 90 les accrochages se multiplient entre les deux Corée. La cause de la "guerre du crabe", la contestation par la RPDC du prolongement de la frontière avec la Corée du Sud en Mer Jaune.

 

Cette ligne de démarcation maritime a été tracée en 1953 par les États-Unis au nom des Nations Unies et n'a jamais été reconnue par la RPDC. Pour cause, elle trace un corridor d'une dizaine de kilomètres de diamètre le long des côtes nord-coréennes, et laisse le reste de cette région riche en crustacés à la Corée du Sud. La RPDC réclame conformément au droit international de la mer une ligne de démarcation équidistante des côtes dans le prolongement de la frontière terrestre.

 

La Corée du Sud, les États-Unis et le Japon multiplient les manoeuvres militaires et les tirs d'artillerie "d'essais" mobilisant parfois près de 100 000 hommes à quelques kilomètres des côtes de la RPDC. Sans doute possible, ces démonstrations de force, véritables provocations, ont pour but d'impressionner le gouvernement nord-coréen et déclenchent parfois, comme en novembre 2010, une réaction prévisible.

Cet incident fait le jeu du gouvernement sud-coréen de Lee Myung-bak qui peine à rassembler derrière lui sa population, en particulier pour l'opposer à la Corée du Nord. L'incident pourrait aussi bien faire le jeu de l'impérialisme US, bien-sûr hostile au maintien d'un des derniers régime collectiviste, mais surtout en plaçant dans une situation embarrassante la Chine qui ne tient pas à se couper des grandes puissances impérialistes d'Europe et d'Amérique, mais qui est le seul soutien économique de la RPDC.

 

La RPDC fut l'un des pays les plus développés du bloc socialiste avec un taux de croissance à deux chiffres jusqu'aux années quatre-vingt.

Mais depuis l'effondrement du bloc soviétique, la RPDC se trouve dans une situation d'asphyxie économique quasi-complète.

Avec la fin de l'aide, essentiellement énergétique, apportée par l'URSS et avec le maintien de l'embargo international mené par les États-Unis, l'économie nord-coréenne s'est littéralement effondrée.

 

La production agricole a été en l'espace de 5 ans réduite de moitié puis au tiers. La RPDC a connu le pire en 95, lorsqu'une famine sévit 3 ans durant et fit selon les sources entre 200 000 et plus d'un million de morts. Les progrès précaires enregistrés pendant les années 2000 n'ont pas permis de combler le déficit alimentaire actuellement de 900 000 tonnes pour un besoin total de 5 millions. Plus du tiers de la population souffre ainsi de malnutrition. À cela il faut ajouter les inondations qui provoquent parfois dans cette économie fragile des dégâts considérables.

C'est dans cet environnement extrêmement dégradé que perdure le régime Nord-coréen. La RPDC n'a pas restauré le capitalisme, elle n'a pas suivi l'exemple de la Russie ou de la Chine. L'ensemble des unités de production nationales restent collectivisées.

 

La bureaucratie est toujours plus tentée de faire appel aux forces économiques capitalistes pour sortir de l'impasse, mais non sans convulsions internes. Ainsi à Pyongyang la capitale, ont été ouverts, puis fermés, puis finalement réouverts des marchés dans lesquels les particuliers peuvent venir vendre leur propres produits mais dont les prix sont régulés par l'État. Quelques zones à la frontières ont été mises en place permettant aux capitalistes chinois ou sud-coréens d'employer la main-d'oeuvre très bon marché nord-coréenne, et inversement à l'État nord-coréen d'employer les travailleurs vivant à ses frontières.

 

Ces mesures qu'on pourrait assimiler à une NEP, fragilisent la base collective de l'économie mais sont pour autant dans la situation actuelle tout à fait indispensables à lui redonner un peu de souffle. Jusqu'à aujourd'hui, elles n'ont pas donné l'occasion à la reconstitution d'une bourgeoisie nationale dominante. Le maintient de la propriété collective se fait à un prix très élevé. L'asphyxie économique due à l'embargo et les sanctions financières pratiqués par la communauté capitaliste internationale en font le pays le plus sanctionné économiquement au monde. Les puissances impérialistes, et en particulier les puissances américaines et nippones, y sont directement responsables des ravages de la faim.

 

La bureaucratisation de l'État a atteint un degré certainement inégalé par aucun régime ouvrier. L'extrême précarité de la situation économique et militaire renforce considérablement l'assise de la bureaucratie. Dans la perpétuelle menace d'une guerre et chaque jour affrontant la faim, la population accepte encore la dictature d'une bureaucratie comme gage d'un minimum de stabilité et de sécurité. Au sommet même de l'État, la vieille garde s'est soumise au principe de succession dynastique, limitant ainsi au maximum les luttes internes à l'appareil qui pourraient le faire voler en éclats. Triste ironie de l'histoire qu'un état ouvrier qui réintroduit en son sein des éléments de féodalité.

 

Le préalable à l'instauration d'une réelle démocratie ouvrière, c'est la levée de l'embargo meurtrier, c'est l'arrêt des provocations militaires impérialistes, c'est le renvoi des troupes américaines de ses bases sud-coréennes! Le peuple travailleur nord-coréen pourra enfin se lever contre l'affreuse dynastie des Kim, mettre fin à la confiscation bureaucratique du pouvoir, conquérir l'ensemble des libertés dont il est aujourd'hui privé lorsque la faim et la peur des obus ne lui tirailleront plus le ventre ! La RPDC joue aujourd'hui dans la région le rôle de pion de la Chine impérialiste. Mais coûte que coûte le prolétariat coréen doit défendre ses conquêtes, si chèrement acquises dans la lutte contre l'impérialisme US. Le prolétariat nord-coréen doit pouvoir compter sur le soutien de ses frères du Sud, ainsi que sur le soutien du prolétariat international face aux menaces de l'impérialisme. À bas les impérialismes US et nippon ! Brisons l'embargo meurtrier ! Que vive et revive la révolution coréenne !

Galois