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Qu’est-ce que le Récentisme ?

 Notre histoire a été modifiée 5 - les étranges reliques - documentaire archeologie interdite
 
Qu’est-ce que le Récentisme ? Le « Récentisme », ou « Nouvelle Chronologie », est une théorie historique proposée par le mathématicien russe Anatoli Fomenko (né en 1945), reconverti dans l’histoire dans les années 1970. Cette théorie est considérée comme une pseudoscience par l’essentiel des historiens, astronomes et mathématiciens, y compris en Russie (3). Elle peut être résumée de la manière suivante : l’histoire est trop longue de plusieurs siècles, les siècles en trop ont été « ajoutés » par l’Eglise/le patriarcat pour assurer son pouvoir après –selon les versions- un cataclysme majeur ayant détruit toutes traces fiables de l’ancien monde. Fomenko et son équipe de mathématiciens et physiciens moscovites se sont donné pour objectif de remettre en cause la chronologie traditionnelle en recourant à l’astronomie et en critiquant –nous dirons plutôt en rejetant d’un revers de la main- les méthodes actuelles de datations. Ils proposent de reconstruire la chronologie de l’histoire humaine à partir du traitement statistique des sources. Pour les récentistes, l’histoire mondiale telle que nous la connaissons est –plus ou moins selon les auteurs- quatre fois plus longue que ce qu’elle ne serait en réalité. Cela serait le résultat d’une transposition répétée d’événements récents vers des époques plus lointaines. Par conséquent, le Christ serait une transposition du pape Grégoire VII Hildebrand, Jules César, une projection d’Otton III, Charlemagne celle d’Othon Premier etc… Ces recherches ont pour point de départ la question de la détermination d’un paramètre de l’accélération lunaire, dont le calcul nécessite, entre autres, des renseignements fournis par l’Almageste de Ptolémée (4). Fomenko aurait découvert que l’on pourrait éliminer une anomalie dans l’évolution de cette variable en re-datant ce catalogue astral, datant –selon l’Histoire « officielle »- du IIe siècle après J.C., pour le placer dans « l’intervalle entre les ans 600 et 1300» (notons au passage le haut degré de précision d’une telle affirmation). Il aurait ensuite comparé systématiquement les données pour les éclipses solaires fournies par le calcul astronomique aux descriptions de ces éclipses chez les chroniqueurs anciens et se serait rendu compte de l’existence d’incohérences, qui pourraient être résolues en révisant complètement la date et l’endroit de rédaction de ces textes et en les ramenant vers une époque plus récente. En sommes, il s’agit d’une théorie forgée par un mathématicien qui plutôt que de corriger une variable (basée sur des écrits anciens) a préféré adapter la réalité à ses calculs, une dérive purement moderne donc, d’un scientisme dégoulinant, mais le meilleur est à venir. Ces théories s’accompagnent d’une critique des méthodes employées par les historiens pour dater les textes qui parlaient de ces événements. Il critique notamment Scaliger et Pétavius, qu’il présente comme fondateurs du système chronologique utilisé aujourd’hui et par rapport auquel on date les découvertes archéologiques et les événements historiques. Même si Fomenko cite souvent les titres de l’Opus novum de emendatione temporum de Scaliger (1583) et de De doctrina temporum de Pétavius (1627), il est cependant peu probable qu’il ait étudié ces textes dans leurs versions originales. Dans tous les cas, son jugement du rôle de ces auteurs semble s’appuyer presque exclusivement sur un compte-rendu dans un ouvrage russe sur la chronologie du monde ancien par E. Bikerman (1975) (5). Fomenko s’appuie de même sur un ensemble d’auteurs critiques de la chronologie des événements anciens (Isaac Newton, Theodor Mommsen, Nikolaï Morozov (1854-1946) (6) –qu’il considère comme son principal prédécesseur). D’un point de vue méthodologique, cette critique consiste à affirmer que Scaliger se serait appuyé, dans sa systématisation de la chronologie ancienne, sur une lecture peu critique de textes ecclésiastiques traditionnels. Il rejette également les méthodes auxiliaires de datation employées en archéologie, notamment la méthode carbo-nucléaire et la dendrochronologie. Selon lui, dans la mesure où elles nécessitent une pré-calibration qui suit la « chronologie scaligerienne », on ne peut utiliser leurs résultats pour confirmer le système chronologique dans son intégralité. Fomenko propose également une nouvelle méthode pour fixer la chronologie des évènements : la méthode statistique. Il cherche à faire de la « chronologie scaligerienne » un corpus quantifiable, traitable par la statistique en assemblant la « carte chronologique globale » mettant en série les évènements et périodes majeures de l’histoire européenne entre 4000 av. J.C. et 1800 après J.C., selon leur description. Cette « carte » met par exemple sur des lignes chronologiques parallèles, les dates des règnes de princes Wisigoths, d’Empereurs byzantins et de pontifes romains. A cette « carte », il applique ses méthodes statistiques, c’est-à-dire le compte des noms et des événements décrits et son expression dans des graphiques. Les résultats sont censés coïncider avec ceux des calculs astronomiques. Ainsi, ces graphiques, mis en série, font apparaître quatre sections, décalées de plusieurs centaines d’années à chaque fois, pour lesquelles les graphiques, pour chacune des régions sélectionnées, semblent se répéter. Une fois ces sections juxtaposées, Fomenko affirme y trouver des parallèles dans les biographies et les événements qui forment le matériel de la quantification. Ces parallèles, forment le corpus produit par le groupe de Fomenko. Pour Fomenko, ces « parallèles » prouvent qu’il existe une « dépendance » systématique entre les quatre périodes repérées, ce qui prouverait que les trois périodes antérieures sont des projections fausses de la quatrième (7). Une autre méthode utilisée par Fomenko consiste à utiliser ce qu’il appelle le « principe de la corrélation des maximums », comparant le nombre de pages consacrées à telle ou telle année dans une série de chroniques historiques. En d’autres termes, si le volume de pages évolue de la même manière, par exemple, pour les années entre 0 et 100 qu’entre 800 et 900, il y a, selon Fomenko, une forte probabilité que les textes qui constituent la base du graphique soient dépendants, et se réfèrent à une même réalité artificiellement dédoublée dans le temps.
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Le récit qu’il propose pour expliquer ce phénomène consiste à dire que Scaliger en synthétisant les différents calendriers employés par ses sources, s’étaient systématiquement trompés dans leur périodisation, et avaient classés dans des périodes différentes des documents qui, bien qu’utilisant des langages variés, avaient décrit une même époque. La Renaissance, que Fomenko fait parfois commencer au XIème siècle, aurait donc été, non pas une période de redécouverte de la culture antique, mais en fait l’époque de la production de la plupart des textes plus tard classés comme antiques. Fomenko précise à plusieurs reprises qu’il voit ses méthodes de calcul astronomique et de traitement statistique de textes comme le noyau de son travail, les reconstructions de «chronologies alternatives» n’ayant qu’un statut d’hypothèses. Ce sont surtout ces hypothèses, cependant, qui ont eu le plus grand écho, en librairie comme sur internet. Dans ses ouvrages, une série de gros volumes intitulés « History, Fiction or Science ? », Fomenko et ses co-auteurs en sont arrivés à une reconstruction de plus en plus radicale de l’histoire mondiale jusqu’au XVIème siècle. Ainsi le XIVème siècle aurait en fait vu l’essor d’un énorme Empire, centré sur la Moscovie, et comprenant (ou plutôt représentant en même temps) les Empires ottoman et mongole et une grande partie de l’Europe. Ce serait suite à la séparation de cet Empire que les nouveaux souverains de Russie, les Romanov, auraient établi une nouvelle version de l’histoire pour légitimer leur pouvoir, altérant par conséquent l’héritage commun, dispersé à travers l’Europe sous formes de mythes et de légendes, en raison de la très faible tradition de chroniques exactes jusqu’au XVème siècle. Bref, l’histoire ancienne est une invention de l’Eglise catholique à travers des ordres religieux du XIIIe siècle ou les jésuites des XVIIe-XVIIIe ou encore à la Renaissance (qui serait du coup selon les versions le début de l’histoire humaine). L’Histoire est de toute manière trop longue puisque les historiens ont considérés comme appartenant à des époques différentes des textes qui parlent en fait d’un même sujet mais dans des langues différentes, ce qui a inévitablement aboutit à son extension. Toute l’Histoire ancienne ne serait en réalité qu’une réécriture effectuée à la Renaissance à partir du récit d’évènements survenus au Moyen Âge (8). Ainsi, l’Histoire ne commencerait qu’au Xe siècle de notre ère (Xe siècle de la chronologie traditionnelle), le Christ a été crucifié en 1183 à Constantinople, et Alexandre le Grand serait le fondateur de l’Islam (nos amis croyants de l’une ou l’autre de ces religions apprécieront), la guerre de Troie et les croisades ne sont qu’un seul et même évènement, l’Histoire anglaise n’est qu’un fragment de celle de Byzance etc… Ces théories ne sont pas le fait du seul Anatoli Fomenko. Le récentisme s’est institué en véritable école en Russie (il compte parmi ses soutiens Gary Kasparov), en Allemagne ainsi qu’en Serbie (le monde anglo-saxon semble cependant épargné). Ces théories servent bien un certain nationalisme russe (et allemand), pour lequel elles permettent de contredire la chronologie occidentale fixée en 1582 par le pape Grégoire XIII, (calendrier grégorien) et d’établir l’existence d’un empire eurasien primordial. De même, le fait que certaines de ces théories affirment que Constantinople se trouve être la véritable Jérusalem arrange une certaine frange de l’Eglise orthodoxe. En France, la visibilité des théories récentistes reste réduite, ses relais étant rares. Ils se limitent en général à quelques sites conspirationnistes, et quelques forums généralistes. Leurs trois relais majeurs ces dernières années en France sont l’Historien récentiste François de Sarre (9), le Mouvement Matricien (qui y trouve une justification du matriarcat spolié par le patriarcat qui a écrit sa propre version histoire pour justifier sa domination) et Pierre Dortiguier dans une de ses conférences relayée par Egalité et Réconciliation (sur laquelle nous reviendront plus loin). Le récentisme revient donc à faire de l’Histoire avec des Mathématiques. Il est l’enfant d’un mathématicien hyperationnaliste qui, se navrant de voir que la distribution des sources selon les endroits et les périodes n’est pas rationnelle, donc insatisfaisante, décide de tout niveler pour la faire correspondre à sa vision du monde : rationnelle, symétrique, épurée. Que ce soit clair, nous ne condamnons pas le réflexe « révisionniste » qui consiste à questionner les acquis des différentes disciplines scientifiques. Il est indéniable que l’Histoire n’ai pas une somme de vérités assurées et immuables, et que certaines conclusions sont critiquables. Il s’agit ici pour nous de démonter une aberrante déviance hypercritique qui ne résiste pas à l’examen des sources et dont les conclusions constituent en dernière instance une menace ontologique contre les racines identitaires de l’Europe.
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Gary Kasparov, soutien du récentisme, déclarait en 2001 au Daily Telegraph : « Si 10% de ce que nous disons est vrai, ce sera la chose la plus importante dans laquelle j’aurai jamais été impliqué. Nous devons prouver ces 10% et après, ce sera comme un château de cartes. Enlevez l’une d’entre elles et tout s’écroule. » (10) En sommes, selon Kasparov, la vérité d’une thèse est divisible en petites unités. S’il s’avère que 10% des unités composant une thèse sont « vraies » alors la thèse est acceptable. Nous laisserons le lecteur seul juge, mais nous partirons du principe qu’une thèse est indivisible, et qu’elle ne peut être que « vraie » ou « erronée ». Que quelques affirmations ou objections du récentisme posent certaines questions intéressantes, pourquoi pas ? Cela ne saurait suffire à témoigner de la validité du récentisme dans son ensemble. Quoi qu’il en soit, cette citation montre bien quelle logique anime les tenants du récentisme : quelques « invraisemblances » supposées suffiraient à remettre en cause tout un édifice. Pourtant, le récentisme n’est qu’affirmations subjectives et approximations. Il est d’ailleurs intéressant de souligner que les différentes thèses récentistes se contredisent entre elles (le nombre d’année « rajoutées » par l’Eglise pouvant aller de 300 à 800). Tentons cependant de déconstruire certaines affirmations. Pour cela nous nous appuierons entre autres sur certains propos tenus par Pierre Dortiguier dans sa conférence sur le sujet (elle aussi pleine d’approximations, Monsieur Dortiguier reste assez vague, citant un certain nombre de personnes sans les nommer). Premièrement, pour justifier l’idée que l’histoire de l’humanité commencerait en l’an Mil de notre ère, les récentistes arguent que les italiens du XVe siècle disaient vivre dans le « quattrocento » (« 400 ») et non le « mil quattrocento »… De même, dans sa conférence, Pierre Dortiguier affirmait-il : « La première date dont nous usons […] c’est 1583 » (11). Outre l’aspect anecdotique de cet argument raisonnons par l’absurde : j’espère que dans, disons, cinq siècles, des mathématiciens reconvertis dans l’histoire ne déduirons pas en lisant une conversation dans laquelle l’un de nos contemporain affirme être né dans « les années 60 » qu’il parlât des années soixante après J-C ! De même, nous disposons de documents médiévaux où il est écrit en toutes lettres des dates en mille, comme dans ce document émanant de la chancellerie de Philippe VI de Valois (si l’auteur pensait parler de l’année 1346 selon la chronologie récentiste, alors ce document vient du futur !). Pour ce qui est de l’assimilation des croisades avec l’Illiade, nous nous contenterons de dire que tout individu honnête ayant déjà tenu ne serait-ce qu’une fois l’Illiade dans ses mains ne peut pas croire une seule seconde qu’il s’agisse d’un récit transposé des croisades. On pourrait néanmoins faire remarquer qu’il y a eu en tout huit croisades, mais que l’Illiade ne parle que d’une seule et même campagne… Cette remarque vaut aussi pour réfuter l’idée que le sac de Constantinople prouverait que les croisades ne furent qu’une affaire interne à la chrétienté. Le sac de Constantinople par les croisés eut lieu en 1204, au cours de la quatrième croisade. Ce ne fut donc pas un objectif majeur des croisades, mais un épisode ponctuel. De même, Pierre Dortiguier dans cette même conférence, pose avec une ingénuité suspecte la question suivante : « comment se fait-il que les chartes [de Saint-Denis] se multiplient-elles ? ». Il suppose ici que quelque faussaire aurait fabriqué des faux. On pourrait lui répondre que l’Etat royal médiéval n’a jamais cessé de produire des documents et que si le nombre de ces documents croit au fil des années, c’est tout simplement du fait du développement de l’Etat royal. De plus, Pierre Dortiguier, se réfère à ce qu’il croit être une référence d’autorité en ce qui concerne la critique de la validité des documents : le Père Jean Hardouin (1646-1729), jésuite de Quimper, qui aurait affirmé que nous n’avons « aucun documents sur les mérovingiens ». De même, il n’existerait pas de documents fiables avant Saint-Louis, en tout cas « pas de documents décisifs ». Avant de nous intéresser à ce Père Hardouin, nous ferons remarquer aux lecteurs qu’ils peuvent consulter le site du ministère de la culture, où ils pourront voir de leurs yeux des documents signés du roi mérovingien Dagobert Ier (12) (roi des Francs de 629 à 639). En ce qui concerne le Père Hardouin, nous ferons simplement remarquer que ce jésuite a de son vivant été accusé d’avoir supprimé, lors de la rédaction d’un ouvrage qu’il supervisait, des documents importants et d’avoir intercalé subrepticement des documents apocryphes. De plus, dans certains de ses écrits, il voulait prouver qu’à l’exception d’Homère, Hérodote, Pline, Virgile, Cicéron et Homère tous les écrits de l’Antiquité classique étaient des faux fabriqués par des moines du XIIIe siècle sous la direction d’un certain Saverus Archontius (13). Récentiste avant l’heure ? Non. Selon l’historien de l’Antiquité Henri-Irénée Marrou, la dérive hypercritique de cet érudit est à replacer dans le contexte de la lutte opposant les Jésuites aux Jansénistes au XVIIe siècle. Or, les Jansénistes, s’appuyaient sur Augustin d’Hippone (354-430), d’où la volonté de certains jésuites tels Hardouin de contester l’authenticité des pères de l’Eglise. On le voit, les théories fumeuses tombent toujours au moment opportun. Enfin, nous pourrions souligner qu’Hardouin fut aussi vertement critiqué dans son propre camp (en la personne de René Joseph Tournemine, lui aussi jéssuite), et qu’il dut se rétracter (14). Un autre argument utilisé par les récentistes pour contester la datation des textes anciens est le « style » (15) des auteurs. Certains vont jusqu’à affirmer que la plupart des textes attribués aux auteurs classiques sont du même âge que ceux des troubadours. Ainsi, Monsieur Dortiguier parle-t-il de l’ « élégance suspecte » de la littérature latine de l’âge classique. « Suspecte » par rapport à quoi, à quels critères, quels textes ? Vous n’en saurez rien en suivant sa conférence, ces objections apparaissent comme purement subjectives. Pour quelles raisons les auteurs de l’antiquité n’auraient pu développer une élégance de style ? Vous n’aurez pas de réponses non plus. Ces jugements se portent ainsi sur Jules César, dont le latin aurait été « trop scolaire », et Platon, dont les connaissances seraient trop « modernes »… D’une part, on reproche à Jules César de parler parfaitement la langue de ses pères –un comble, bien que sa langue maternelle fut le grec-, d’autre part, on refuse aux hommes de l’Antiquité la possibilité qu’ils aient pu eux aussi savoir se servir de leurs cerveaux. Nous rappellerons un fait peu connu mais authentique : le principe de la machine à vapeur était connu dès l’Antiquité (16). De même, les « modernes » se sont-ils appuyés sur les travaux des « Anciens » pour leurs découvertes à partir de la Renaissance, en les prolongeant, ou en les réfutant. Il n’est donc pas étonnant de voir des éléments « modernes » dans les propos d’auteurs anciens, à moins de confondre la modernité en tant que paradigme (quant à elle, bien née à la Renaissance) et l’avance scientifique et technique. Dortiguier affirme aussi que Platon parle d’un Dieu unique, et non de « dieux » au pluriel. Là encore, il se trompe, ou il ment ouvertement. Ouvrons Gorgias (17), nous pouvons lire que Platon fait dire à Socrate que « l’homme tempérant s’acquitte de ses devoirs envers les dieux ». « Les dieux » sont aussi présents dans La Politique. En conséquence, nous invitons Monsieur Dortiguier à prouver ses propres assertions avec un peu plus de rigueur avant d’affirmer : « j’attends la contre hypothèse ». Pour couronner le tout, Pierre Dortiguier ose affirmer : « Il est impossible qu’il y ait une très grande civilisation […] et que l’on pédale treize siècles ou quatorze siècles pour qu’il y ait une Renaissance ». Nous saisissons ici l’aspect parfaitement moderne des thèses récentistes. En effet, tels les tenants d’une vision positiviste (progressiste et linéaire) de l’Histoire, les récentistes nient la cyclicité de l’histoire, la possibilité que les civilisations connaissent à la fois un apogée et un déclin. On y retrouve aussi le point de vue frelaté consistant à voir le Moyen Âge comme une longue période de stagnation et de déclin (mais évidemment quand on méprise les sources, impossible de voir le génie de cette période, encore moins les continuités avec la période précédente qui elle-même n’a pas été exemptes de périodes de stagnation).
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Enfin, nous ferons remarquer que la critique des documents anciens n’a pas attendu les récentistes. Tous les historiens depuis Hérodote se sont dotés d’appareils critiques, avec des résultats plus ou moins heureux (plutôt moins que plus pour le cas d’Hérodote). Mais c’est surtout à partir de la Renaissance, en réponse à la multiplication des sources d’informations provoquée par l’arrivée de l’Imprimerie dans la deuxième moitié du XVe siècle, qu’une critique affutée des documents s’est développée, à travers notamment la Philologie et le Droit (Lorenzo Valla, Etienne Pasquier. Les controverses religieuses consécutives à la Réforme vont aussi nourrir les techniques d’authentification des textes, la critique des sources adverses, l’épuration de ses propres sources, vont encourager le développement de l’érudition critique chez les Jésuites (école Bollandiste) et les Bénédictins (Congrégation de Saint Maur). En 1681, le bénédictin Jean Mabillon (1632-1707) publie un discours sur la méthode d’authentification des documents : le De Re Diplomatica. Ouvrage fondateur de la Diplomatique (science visant à établir les règles régissant les actes anciens), il énonce les indices permettant d’établir l’authenticité des documents, ainsi que leurs places dans la chronologie : nature de l’encre, paléographie, formules, sceaux. Cette méthode s’est bien sûr affûtée au fil des siècles, et d’autres méthodes s’y sont ajoutées, permettant une critique toujours plus pointue des sources. C’est faire bien peu d’honneur à la mémoire de ces érudits, religieux pour la plupart, que de les soupçonner de fabrication pure et simple de faux, eux qui par leur travail ont éliminé un nombre important de faux historiques, et ont permis de sauver un nombre tout aussi important de vieux papiers en voie de dégradation, en produisant des copies de ces derniers. Pour finir, encore une fois, nous laisserons le lecteur seul juge de la vraisemblance de l’idée selon laquelle une institution ayant chargé un groupe d’érudits aussi motivé qu’il soit, ait pu croire qu’il puisse produire tout le corpus de document relatif à une période fictive de plusieurs siècles, en prenant garde de varier les langues, les supports, les écritures, les calligraphies, les encres utilisées, les sceaux, les formules d’usages (le tout selon des découpages nationaux et civilisationnels fictifs) pour donner l’impression d’une profondeur de champ historique, sans oublier de produire des versions différentes de plusieurs mêmes évènements selon les auteurs inventés. Le mythe de la méchante Eglise catholique monolithique manipulatrice à la sauce Dan Brown a encore frappé. Nous pourrions continuer sur des kilomètres linéaires la critique de ces élucubrations d’une confusion extrême, par exemple en évoquant les cas où les textes et l’archéologie convergent (18). Nous pourrions aussi parler du «grand cataclysme planétaire d’origine cosmique» (19), véritable Deus ex machina de ces théories (cataclysme qui n’a toutefois laissé aucune trace dans les mémoires collectives) mais nous pensons que ces quelques éléments suffiront pour quiconque garde un soupçon d’honnêteté intellectuelle. Le récentisme en lui- même ne nous apprendrait rien de concret. Il reflète simplement un certain état de l’université russe, assez hermétique aux travaux étrangers (héritage soviétique) (20). Cependant, l’engouement qu’il suscite dit énormément de chose sur l’état mental d’une certaine frange de la population. En conclusion, la popularité de ces théories révèle un certain penchant de la mouvance « dissidente » ou plus largement de la périphérie politique s’exprimant sur internet vers un certain complotisme mainstream très américain dans ses formes communes. Celui-ci alimente un réflexe boulimique et systèmatique de ré-information mortifère. Pierre Dortiguier d’ailleurs illustre parfaitement cette tendance, lui qui affirme : « l’avantage du récentisme, c’est qu’il permet de remettre en cause des vérités établies ». En sommes, le point positif de ces théories, c’est qu’elle permet d’entretenir une méfiance envers tout, la remise en cause devenant une fin en soi, développant une valeur intrinsèque. Ce réflexe de crédulité envers tout ce qui diffère de l’ « Histoire Officielle » (qui a parfois fort bon dos) montre bien l’urgence d’intensifier la formation politique et historique de ce magma informe qu’est encore la « dissidence » alors qu’elle refuse toujours d’établir sa critique positive. Le manque de rigueur dans le choix des théories, des faits, et des analyses sur lesquelles elle prétend appuyer son action sera peut être l’un des clous du cercueil dans lequel sera enterré son rôle politique dans les années à venir. Le récentisme est un poison car, outre le fait qu’il ne résiste pas à l’examen des sources, il sape les fondements historiques de l’identité européenne. On voudrait accentuer le déracinement mental des européens que l’on ne s’y prendrait pas mieux. Autant être clair : si nous faisons le choix du complotisme et de ses pendants divers, plutôt que celui de l’Histoire toute tentative de ré- enracinement est illusoire. (21) Nous pourrons dès lors dire adieu à toute perspective de victoire sur le paradigme moderne, puisque nous nous conformerions aux mécanismes mentaux de l’un de ses avatars les plus bas, qui nous pousserai à un révisionnisme autodestructeur envers nos fondements identitaires tout en nous maintenant dans une sorte d’apathie faite de de l’espoir illusoire de trouver et dévoiler une « vérité » insaisissable.


27/10/2016

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