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Retour sur mon séjour en Turquie...

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Ma rue, en 2011, qui se transforme en rivière de boue lors des grandes pluies.

 

Je vis ici dans les mêmes conditions que des centaines de millions de gens sur Terre.

 D'autres ont tout, ne frissonnent jamais l'hiver et n'ont aucun souci quant au lendemain. 

D'autres encore n'ont que la terre battue sous leurs pieds sans chaussures et ne savent pas quand sera leur prochain repas. Ces différences sont une insulte à la condition humaine.

A mi-chemin entre ces sociétés, exceptionnellement aujourd'hui, je vous transmets ici un texte qui est de Tarik Ramadan.

 

 ..." Quel sens peut avoir une réflexion sur la liberté si la société ne me garantit aucune des conditions de mon humanité ? A mi-chemin entre l'approche sociologique et l'étude philosophique, il faut commencer par formuler les vérités simples et pourtant essentielles : il n'y a aucune liberté, ni aucun pouvoir, si les besoins de première nécessité ne sont pas assouvis.

 

Les histoires de Havy et de Robinson, comme les projections nourries par le mythe du "bon sauvage" de Montaigne, regorgent de nombreux à priori implicite sur le statut de l’homme. Dans son état de nature, l'homme mange, boit et satisfait ses besoins élémentaires et cela lui permet de passer à l'étape supérieure du questionnement philosophique.

 

En octroyant le minimum vital, l'environnement libère l'individu des contraintes des premières causalités objectives qui immanquablement déterminent le comportement humain.

Or, ce qui semble un acquis à l'état de nature (et est clairement absent des réflexions de trop de philosophes) n'a jamais été la réalité quotidienne et objective pour des milliards d'êtres humains à travers l'Histoire et le monde contemporain.

La pauvreté, la misère et l'injustice des sociétés ont parfois renvoyé les êtres humains à un statut de régression en deçà même de l'état du bon "sauvage"...

 

Priver l'être humain de ses droits et pouvoirs élémentaires, c'est effectivement le renvoyer à ce qui va le déterminer, accaparer tout son être et l'emprisonner, en amont même de son humanité : il est un individu sans réelle liberté et les libertés que peuvent prendre sa pensée ou son imagination n'y change rien. Une société humaine qui ne pourvoit pas ce minimum à ses membres leur vole leurs droits, leur dignité et leur humanité.

 

Nous en sommes là aujourd'hui pour des milliards d'individus : alors que nous entamons notre cheminement circulaire en quête de " liberté ", nous rencontrons ici le premier écueil, le premier obstacle réel, palpable, brut, qui déjà stoppe notre cheminement : parler de liberté dans la misère, c'est philosopher sur l'humanité de l'inhumain.

 

Les sciences sociales rappellent ici à l'ordre la philosophie : c'est aussi ainsi qu'il faut lire et comprendre les réflexions philosophico-politiques, économiques et sociologiques qui parcourent le XIXe siècle en Occident.

 

Une industrialisation forcenée, un accroissement de la pauvreté, des fossés qui se creusent entre les classes, un sentiment de déshumanisation des systèmes de production et de la société en général : le socialisme utopique de Fourier, d'Owen ou de Proudhon, le socialisme scientifique de Marx et Engels jusqu'à la pensée de l'anarchiste Bakounine sont d'abord interpellés par ces réalités sociales et économiques brutes et brutales.

 

C'est à ces réalités que fait allusion le préambule de la Déclaration universelle des droits de l'homme parce qu'elles conditionnent toute l'entreprise en faveur des droits, des libertés et de la paix.

 

Quand la raison humaine se libère enfin des contraintes des instincts, des besoins du corps et de sa propre survie, elle découvre le monde, se découvre et cherche à comprendre. Parmi les dispositions presque immédiates de la conscience humaine, on trouve l'aspiration naturelle, le désir, le besoin d'apprendre et de connaitre.

 

Interagir avec l'environnement et les humains, dialoguer et réfléchir sur soi et autrui, maitriser les principes élémentaires de la causalité naturelle sont les premières sphères de l'éducation qui, au-delà des besoins de première nécessité, développent et parachèvent l'humanité de l'homme. "

 

Extrait du livre :

"L'autre en nous"

Pour une philosophie du pluralisme

Tarik Ramadan



16/07/2018

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