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Tillerson à Moscou: la position américaine fragilisée par la radicalisation du fond médiatique

 
Hier, en fin d'après midi, le Secrétaire d'américain R. Tillerson est arrivé à Moscou pour sa première visite officielle. Cela dans un contexte particulièrement tendu, après l'attaque chimique à Idlib, les accusations immédiatement formulées par la coalition US à l'adresse d'Assad et de la Russie qui aurait volontairement fermé les yeux. Ces événements auraient justifié le bombardement de la base aérienne syrienne en réponse par l'armée américaine, sans autorisation du Conseil de sécurité ni de son Congrès, donc hors tout cadre légal, intérieur et international. En plus de cela, une suite de déclarations peu amènes se sont enchaînées dans les heures qui précédèrent l'atterrissage de Tillerson, posant un cadre informationnel particulièrement radical. 

Tillerson a pris l'avion pour Moscou après la réunion du G7, qui fut un échec total pour la coalition anglosaxonne (Etats Unis et grande Bretagne), la question de l'élargissement des sanctions ayant été totalement rejetée par les autres membres du G7, sous l'impulsion de l'Italie: il ne sert à rien de chercher à mettre la Russie dos au mur, il y a plus d'intérêts à dialoguer.
Other members of the G7 appear to have been lukewarm on the plan. "There is no consensus on additional new sanctions," the Italian Foreign Minister Angelino Alfano said, adding that sanctions would be counterproductive. Alfano said sanctions risked isolating Moscow: "We must have a dialogue with Russia and we must not push Russia into a corner," he said.
C'est le premier enjeu de ce nouveau tandem diplomatique Johnson-Tillerson et c'est son premier échec. Déjà l'annulation par Johnson de sa visite en Russie a été très mal prise et lui a fait perdre toute crédibilité (traité de "caniche" des Etats Unis), soumettant officiellement la diplomatie anglaise à l'américaine, mais c'est aussi l'échec de Tillerson qui arrive sans le soutien du G7, alors que tout le fond médiatique de sa visite en Russie a été centré sur la Syrie, justement pour mettre la Russie en porte-à-faux et donner à Tillerson l'avantage dans les négociations. L'on notera les tweets du Secrétaire d'Etat:
 
 
La presse américaine titre la fin de l'ère Assad:
 
 
Sur le fond, le Secrétaire d'Etat lance quasiment un ultimatum largement diffusé dans les médias: soit vous êtes avec nous, dans le camp du Bien, soit vous êtes dans celui des régimes autoritaires et vous n'avez aucune perspectives sur la scène internationale:
'Russia has really aligned itself with the Assad regime, the Iranians, and Hizballah. Is that a...long-term alliance that serves Russia’s interest, or would Russia prefer to realign with the United States, with other Western countries and Middle East countries who are seeking to resolve the Syrian crisis?' 
Ce qui laisserait sous-entendre que seuls les Etats Unis luttent contre le terrorisme en Syrie, position assez surprenante lorsque l'on voit à quel point l'intervention de la Russie a permis de faire reculer Daesh qui, jusque là, ne faisait que progresser contre Assad. La Russie a l'intelligence de ne pas prendre cette déclaration pour un ultimatum, la porte-parole du ministère des affaires étrangères russe rappelant que cela n'a aucun sens de venir en Russie avec des ultimatums.
 
Et à l'intérieur de l'enjeu en lui-même de la visite et de la rencontre avec S. Lavrov, se pose la question de la rencontre avec le Président russe, V. Poutine. Des bruits contradictoires courent: il y aura un rendez-vous - mais le porte-parole du Kremlin a annoncé que rien n'était inscrit dans l'agenda présidentiel, ou bien il n'y en aura pas. Rappelons que V. Poutine recevait J. Kerry lorsqu'il était à Moscou. Les Etats Unis mettent eux-mêmes la pression, ce qui montre la fragilité de leur position. Mark Toner, le porte parole du Secrétaire d'Etat, déclare:
'If there is an invitation for him to meet with Putin, of course, he’ll do so. I think that’s a decision for the Kremlin to make and to announce, and up till now we’ve not seen such an offer extended,' Toner said. 'Now, it could come. So as I said...he’s certainly willing to meet with President Putin to discuss all of these issues.'
S'il y a une invitation, R. Tillerson l'acceptera évidemment. Pour l'instant, il n'y a pas d'invitation. Ce qui est déjà une claque. Le Président russe peut évidement, au dernier moment, le rencontrer, mais ce n'est pas une grande marque de respect.

En effet, côté russe, l'accueil est frais. Lors de la conférence de presse entre les présidents russe et italien qui se tenait à Moscou alors que Tillerson était dans l'avion vers la Russie, V. Poutine semblait pour le moins exaspéré. L'on appréciera sa déclaration à propos de l'hystérie russophobe en Europe et aux Etats Unis disant que la Russie est encore prête à être patiente, en espèrant que cette phase soit dépassée. Voici ses réponses concernant la Syrie:
 
 
Pour reprendre les deux moments les plus importants: des provocations sont en préparations qui vont permettre de justifier de nouvelles frappes américaines :
« Nous avons des informations provenant de sources différentes, selon lesquelles de telles provocations, puisque je ne peux pas les nommer autrement, sont en train d'être préparées dans d'autres régions de la Syrie, y compris dans la zone au sud de Damas, où l'on envisage de placer à nouveau quelque produit et d'accuser les autorités syriennes de son utilisation »
Mais aussi, il est difficile de ne pas faire de parallèle avec l'Irak:
« La situation en Syrie me rappelle les événements de 2003. A l'époque, les représentants des États-Unis ont présenté des prétendues armes chimiques, qu'ils auraient découvertes en Irak, lors d'une réunion du Conseil de sécurité de l'Onu. Ensuite ils ont lancé une campagne militaire en Irak qui a ruiné le pays, entraîné la montée de la menace terroriste et l'entrée de Daech sur la scène internationale »
Trump vient toutefois de déclarer sur Fox ne pas avoir l'intention de s'impliquer plus avant militairement en Syrie. 
 
Malgré les accusations diverses et variées lancées à l'adresse de la Russie, la visite du Secrétaire d'Etat n'a évidemment pas été annulée, c'est justement le rôle de la diplomatie d'intervenir lorsque les tensions internationales montent. Par ailleurs, M. Zakharova a clairement expliqué pourquoi la Russie était intéressée dans la visite de Tillerson: car, pour l'instant, personne ne comprend la politique étrangère américaine. En effet:
“In my opinion, nothing is clear to anyone now…We don’t understand what they’re going to do in Syria. And not only us. It’s not clear to anybody what they’re going to do in the Middle East, because the Middle East is a very complex region...No one understands what they’re going to do with Iran. It’s not clear to anyone what they’re going to do with Afghanistan. And excuse me, I haven’t even mentioned Iraq yet…No one understands what they’re going to do with North Korea… Until recently, few understood what they're going to do with NATO.”
De part et d'autre l'on a fait montre de sa force et de sa résolution. Maintenant, les négociations vont commencer, mais la position des Etats Unis n'est pas très forte. Son Président a un très faible soutien intérieur et a cessé, en tant que tel, de gouverner pour suivre les injonctions qui viennent de l'establishment qu'il était censé combattre et ce pour quoi il avait eu un soutien populaire. Il n'est donc plus apte ni à développer une vision politique quelconque, ni à faire contre poids aux dérives extrêmes des néoconservateurs, ce que prouvent et les frappes en Syrie et les menaces contre la Corée du Nord. Sur le fond, en Europe comme aux Etats Unis, il est évidement que combattre le terrorisme sans la Russie est un leurre et la Russie n'a aucun intérêt à trahir ses alliés, qui eux sont sur le terrain contre Daesh. Objectivement, la coalition US n'est pas apte à faire tomber les groupes terroristes, l'expérience l'a montré, surtout si certains de ces pays continuent à les soutenir. Elle ne peut pas plus proposer un réel avenir au pays, les exemples irakiens et libyens sont dans toutes les têtes.
 
Finalement, en forçant le fond médiatique sur la Syrie et en multipliant les déclarations cassantes, les Etats Unis ont eux-mêmes fragilisé la position américaine pour cette première rencontre décisive pour l'avenir proche des relations avec la Russie.
 


13/04/2017

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