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La Base de Lajes, sur l'île de Terceira aux Açores, en 2009
Alors que la base de l'US Air Force de Lajes, sur l'archipel des Açores, devait être fermée par Washington, elle pourrait trouver une seconde vie. Des députés américains voudraient installer sur cet archipel portugais un centre d'analyse des renseignements américain.

En janvier dernier, l'annonce de la fermeture de la base américaine de Lajes, située dans les Açores, avait provoqué le tollé du gouvernement portugais, mais aussi un grand émoi sur l'archipel. Celle-ci abritait alors 600 militaires et 900 civils sur l'île de Terceira. Le quotidien portugais Diário Economico avait alors évalué à "5 500 habitants l'exode qui serait provoqué par cette fermeture".

Créée en 1941 par le gouvernement portugais, puis utilisée par la RAF en 1943, la base avait été réquisitionnée par l'US Air Force au sortir de la guerre. L'armée américaine n'en était jamais partie. Située en plein milieu de l'Atlantique, elle était un point d'appui essentiel vers l'Europe et le Moyen-Orient.

Avec une projection militaire américaine accentuée vers l'est de l'Europe, la base de Lajes était devenue obsolète. L'ambassadeur américain à Lisbonne, Robert Sherman, l'avait même qualifié de "station-service au milieu de l'Atlantique".

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Dès lors, une initiative avait émergé de la part de membres du Congrès américain d'origine portugaise - notamment des Açores. Le lobby défendant les intérêts portugais au Congrès américain, "Portuguese caucus", avait dès le 9 janvier manifesté "son intention de faire pression pour ne pas abandonner la base de Lajes", comme signalé dans un article publié sur le site de l'antenne locale de la RTP (Radio-télévision du Portugal).

António "Tony" Cabral, membre du Congrès élu dans le Massachusets, avait officiellement demandé un arbitrage de la Maison-Blanche pour "réévaluer la situation de la base de Lajes" comme l'indiquait alors le Diário de Notícias.

Coté obscur de la force

Devin Nunes, président de la United States House Permanent Select Committee on Intelligence, la commission du Congrès qui est chargée de surveiller les activités des agences américaines de renseignements, a ensuite proposé une solution de reclassement pour la base de Lajes.

En effet, le congressiste avait défendu l'installation aux Açores d'un centre d'analyse des informations de l'agence des renseignements de la défense américaine (Defense Intelligence Agency). En construction à Croughton, en Angleterre, celui-ci devait selon Devin Nunes être déplacé vers les Açores, car plus sûr, plus opérationnel et surtout moins cher.

Devant l'ampleur de la nouvelle, Publico titrait le 17 juin que "Lajes bascule du côté obscur de la force". Le quotidien indique dans cet article que Devin Nunes mettait l'accent sur les 300 millions de dollars d'investissements nécessaires pour le développement de la base de Croughton, alors que tout semble à portée de main à Lajes : "Il est alarmant que le ministère de la Défense veuille embarquer les contribuables [américains] dans un voyage fou, en gaspillant des centaines de millions de dollars pour construire des infrastructures dans d'autres lieux, alors qu'elles existent à Lajes."

Une manipulation des données

Coup de théâtre le 20 juillet, quand un article du site d'information Bloomberg fait état de "fuites" mettant sérieusement en doute les conditions d'attribution du centre d'analyse des renseignements à la base de Croughton. L'article cite notamment la réaction du congressiste américain Jason Chaffez, qui explique que "la manipulation des informations est très louche" et "que le Congrès va enquêter jusqu'à en avoir le cœur net".

A la suite de ces révélations, une lettre signée par 112 membres du Congrès - dont Devin Nunes - est publiée, demandant la suspension des travaux dans la base de Croughton jusqu'à la conclusion d'une enquête. Cité par l'hebdomadaire portugais Expresso, la lettre juge que la décision du Pentagone d'installer la base sur le sol anglais peut-être entachée d'"un gâchis, d'une fraude et d'un abus". Un pas supplémentaire vers l'installation du centre sur l'archipel des Açores ? Le Premier ministre portugais Pedro Passos Coelho a appelé à "résoudre le problème et à reprendre la coopération entre les deux pays" sur le dossier de la base de Lajes.