perlagedediams

perlagedediams

UNE MÉDAILLE D’OR À MARIO DRAGHI, FOSSOYEUR DE L’EUROPE SOCIALE

La Fondation Jean Monnet décernait début mai sa médaille d’or au président de la Banque centrale européenne.

Un geste inadmissible pour une fondation abritée par une institution universitaire et soutenue par la Confédération, estime Claude Calame, directeur d’études de l’EHESS à Paris et prof. hon. à l’UNIL

 

Par ce geste, la fondation lausannoise non seulement honore, mais aussi encourage la politique de stricte obédience néolibérale conduite par la seule banque centrale au monde qui ne prête pas aux Etats ayant adopté la monnaie qu’elle émet.

La BCE contraint ainsi les pays de la zone euro à emprunter sur les marchés financiers; par ce biais les emprunts des Etats européens sont soumis à des taux d’intérêt qui furent très élevés, relatifs à l’appréciation d’agences de notation largement dépendantes de la place financière de New York.

C’est un des très nombreux moyens par lesquels les dirigeants libéraux ont vidé les institutions politiques de tout pouvoir. C’est la raison pour laquelle ils s’accommodent fort bien du national-libéralisme qui règne désormais même sur les Etats-Unis.

Non-respect des règles

Mais en particulier Grecques et Grecs ne sont pas près d’oublier le coup d’Etat financier de fait dont ils ont été les victimes le 13 juillet 2015, au nom du principe du néolibéralisme économiste et banquier le plus strict. En dépit d’un refus exprimé par une procédure référendaire parfaitement démocratique, Mario Draghi s’est allié avec sa collègue Christine Lagarde, directrice du Fonds monétaire international, et avec son collègue Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, pour imposer à la Grèce un troisième «plan de sauvetage».

 

Fondé sur des mesures d’ajustement structurel, assorti en mai 2016 d’un quatrième «plan d’aide» et de nouvelles coupes budgétaires en février 2017, ce plan d’austérité drastique a eu les effets destructeurs que l’on connaît, mais que la troïka continue à ignorer: plus de 3 millions de citoyennes et citoyens grecs n’ont plus accès aux soins de santé; le taux de suicide a été multiplié par deux; la mortalité infantile a fortement augmenté; le taux de chômage se maintient à 25% de la population active; et depuis 2010, le PIB de la Grèce a diminué de 25% (encore – 0,5% en 2016) alors que la dette souveraine reste d’environ 180% du PIB.

 

Mario Draghi et ses complices ont enfreint plusieurs principes inscrits dans les traités qui fondent l’Union européenne

Hélas, il n’y a pas de surprise à ces conséquences destructrices puisque l’essentiel de ces «plans d’aide» est allé aux banques grecques et surtout aux banques européennes qui avaient spéculé sur la dette grecque.

Ce faisant, Mario Draghi et ses complices ont enfreint plusieurs principes inscrits dans les traités qui fondent l’Union européenne. Par exemple, l’article 9 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (26.10.2012) dispose que «dans la définition et la mise en œuvre de ses politiques et actions, l’Union prend en compte les exigences liées à la promotion d’un niveau d’emploi élevé, à la garantie d’une protection sociale adéquate, à la lutte contre l’exclusion sociale ainsi qu’à un niveau élevé d’éducation, de formation et de protection de la santé humaine».

Au service des banques

Par l’application d’une stricte politique d’austérité budgétaire et par la promotion d’une vague de privatisations destructrices de services publics, Mario Draghi et ses associés, désormais avec le consentement du gouvernement grec, ont donc sur la conscience le chômage, la pauvreté extrême, la privation de tout service de santé et finalement la mort prématurée d’innombrables citoyennes et citoyens européens.

Dans ces conditions, il est inadmissible qu’une fondation abritée par une institution universitaire et soutenue par la Confédération, l’Etat de Vaud et la Ville de Lausanne, honore des dirigeants qui, au nom de la «gouvernance économique», sont au service des seules banques, de leurs directeurs et de leurs riches actionnaires, pour la ruine sociale et culturelle des pays appartenant à l’Union européenne.

 

En 2014, la médaille d’or de la Fondation Jean Monnet a été décernée à José Manuel Barroso, alors président sortant de la Commission européenne; il l’a désormais quittée pour rejoindre les rangs de la grande banque d’affaires états-unienne Goldman Sachs. Mario Draghi, quant à lui, est passé de la responsabilité européenne auprès de Goldman Sachs à la direction de la BCE. La messe est dite.



26/05/2017

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 8 autres membres