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Urgent : Mamaï tué au combat !

La perte d'un camarade, tué au combat est une réalité de la guerre que tous acceptons de vivre le premier jour où nous débarquons des véhicules vers le fracas des bombardements.
Malgré cette mort qui rôde autour de nous dans les tranchées et les lisières, les ruines et trous d'obus, où nous essayons de survivre que pour mieux danser avec elle, à chaque fois que survient la disparition d'un frère d'armes quelque chose détonne toujours et encore au fond de l'être comme un coup inattendu du destin et qui fait passer les explosions des obus pour des murmures insignifiants.
 
Aujourd'hui notre "Com'bat" a été tué au combat sur Promka, mortellement blessé dans un bombardement ukrainien. 

Nous ne perdons pas seulement un homme, un ami, un officier exceptionnel, c'est un véritable "père d'armes" qui a disparu à l'horizon, laissant dans nos cœurs l'héritage indélébile de son exemple et la mission d'honorer son souvenir par la Victoire. 

Le choc est immense car "Mamaï" était de ces rares chef de guerre qui commandait par la force de l'exemple et l'intelligence du cœur. 
 
Je ne sais plus trouver les mots...
 
 
Vendredi 18 mai 2018
 
Minuit, les grillons réveillés par les lumières de l'Etat Major stridulent sous les étoiles tandis qu'un chat étonné passe lentement devant les carrés des compagnies alignés immobiles et silencieux comme des monolithes. 
 
La nouvelle est tombée il y a quelques heures, Oleg Mamiev, notre "Com'bat" a été grièvement blessé sur la position proche de Kruta Balka tenue par le bataillon sur le front de Promka. Alors qu'il venait de rejoindre son unité déployée sur cette position et déjà engagée par le feu ennemi, un tir de lance grenades automatiques ukrainien (AGS 17) s'est abattu sur la position, une grenade de 30mm l'a grièvement blessé à la tête et au thorax. 
 
A ce moment là et malgré le premier choc nous ne pouvions pas imaginer le pire car un homme de sa carrure et sa bonté ne peut succomber à quelques bouts de métal. Et puis Mamaï en a vu d'autres depuis 4 ans !
 
Mais dans la soirée les officiers passent de chambrée en chambrée et distribuent le cauchemar : "Mamaï est mort !"
 
Le silence qui déjà s'était insinué au milieu de la nuit, la fatigue et l'attente de nouvelles de l'hôpital devient lourd, très lourd et les regards échangés sans mots pour beaucoup se chargent un instant de larmes difficilement retenues.
 
Mamaï était encore venu nous voir sur le front ce lundi, passant des postes de combat aux tranchées, échangeant une chaleureuse accolade avec chacun de ses hommes. Cet homme inspirait un respect naturel et une confiance totale. il n'avait pas besoin de ses galons (d'ailleurs il ne les portait jamais) pour être obéi car il était tout simplement aimé de tous et je peux avancer sans risque que c'était réciproque ! 
Oleg Mamiev, "Mamaï" sur nos avants postes de Promka le 17 avril 2018 
 
J'ai connu beaucoup de "Com'bat" ailleurs et ici mais pas un seul n'était aussi présent en première ligne au milieu de ses soldats que Mamaï, il avait même un bureau d'aménagé dans une pièce de notre "Forteruine" où il menait des réunions d'Etat Major à 100 mètres des avants postes ukrainiens.
 
Il est 2 heures du matin, la fatigue du front est repoussée par les souvenirs des moments passés avec cet homme exceptionnel dont la force n'avait d'égal que sa gentillesse. 
 
La mort de Mamaï ne peut effacer son exemple et encore moins nous affaiblir, au contraire il donne plus que jamais à nos cœurs et nos bras un sens à cette guerre et notre engagement, lui le volontaire ossète venu rejoindre jusqu'à l'ultime sacrifice la défense du peuple du Donbass contre l'esclavage du Monde moderne et la Liberté des peuples face à la dictature de la marchandise.  

 
Au revoir "Commandeur", partez tranquille rejoindre les immortels car vous nous avez donné en héritage cette force qui nous permet d'avancer au combat "joyeux et sûrs de la victoire" même si "devant nous la mort fend les airs de ses coups de fouet". Jamais nous ne vous oublierons et chercherons toujours à rester dignes de votre commandement exemplaire et de votre amitié éternelle.
 
Erwan Castel
 
" Que le souvenir des morts soit la force des vivants ! "

 
 
Les autres extraits de ce journal du front peuvent être retrouvés ici : Journal du Front
 


18/05/2018

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