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Zak Novak, entre l’Amérique et la Serbie, jusqu’au Donbass

Zak Novak, entre l’Amérique et la Serbie, jusqu’au Donbass

Zak Novak, entre l’Amérique et la Serbie, jusqu’au Donbass

Les « gueules » du Donbass recèlent parfois quelques histoires de vie et des sensibilités insoupçonnées. Ce fut le cas de ma rencontre avec Zak Novak, un Américain d’origine serbe qui a débarqué un jour de janvier 2015 à Donetsk. Son idée première était de combattre. Il n’en fut rien malgré son ardent désir de servir. Il en fut dissuadé pour servir dans un bataillon assez spécial, le Bataillon humanitaire d’Ekaterina Goubarev, l’épouse du célèbre résistant et insurgé de Donetsk. Mais revenons sur cette rencontre particulière et sur l’une des figures emblématiques des volontaires étrangers dans le Donbass. Histoire d’hommes.

Né en 1963 dans le New Jersey, Zak a vécu toute sa vie à New York. Ses parents étaient serbes et ont été toute leur vie d’ardents partisans de la Monarchie yougoslave. C’est dans le mouvement Tchetnik qu’ils baignèrent, originaires d’ailleurs de Skopje, aujourd’hui capitale de la République de Macédoine. Le mouvement Tchetnik monarchiste fut lâché par les alliés durant la Seconde Guerre mondiale au profit des partisans communistes de Tito.

Après des tractations durant la Conférence de Téhéran, Staline obtînt des alliés l’abandon de leur aide aux monarchistes tchetniks qui furent finalement les marrons de la farce. A la fin du conflit, les tchetniks qui ne furent pas tués, émigrèrent partout dans le monde, essentiellement dans les pays comme les USA, la Grande-Bretagne, l’Australie et la France. C’est ainsi que les parents de Zak arrivent à la fin des années 50 aux Etats-Unis. Leur évasion de Yougoslavie fut un périple dangereux, mari et femme suivant un itinéraire différent et périlleux. Mais ils purent s’enfuir et donnèrent naissance à Zak et d’autres enfants.

Il fut élevé dans une famille simple, recevant une solide éducation, sévère et juste. Comme il le dit lui-même : « Mes parents étaient des petites gens, modestes, ils avaient envie d’apprendre l’anglais, de s’intégrer, de travailler, de devenir Américains, mon père a travaillé dans le bâtiment ». Travaillant dur, ils fondèrent finalement un magasin à New York, vivant honnêtement de leur commerce.

Zak n’avait pas dans ces jeunes années spécialement d’activités politiques, seulement un intérêt pour son pays d’origine à travers les récits de ses parents et de leur idéal d’une monarchie yougoslave. Un premier choc intervient dans sa vie lorsqu’une bande de criminels attaquèrent à main armée le magasin parental, son père fut gravement blessé ayant reçu un coup de revolver. C’est une histoire qui marqua beaucoup la vie de Zak : « j’ai commencé à perdre confiance dans l’Amérique à ce moment-là, mes parents avaient tellement fait d’efforts, tellement travaillés dur, c’est difficile de voir son père aux portes de la mort, le paradis américain s’effritait déjà ».

En 1992, la guerre qui éclate en Yougoslavie sera un appel puissant. Il s’envole pour la Serbie, puis atterrit dans une unité tchetnik combattant les forces musulmanes en Bosnie. « J’étais devenu un fanatique, ce qui était en jeu ici c’était la survie de mes frères serbes. J’ai servi trois ans dans cette guerre, jusqu’en 1995. J’ai vu l’horreur absolue de la guerre, j’étais avec le commandant Dorogan et j’ai assisté impuissant au génocide des civils.

J’ai vu les corps déchiquetés, je me souviens d’un type qui trimballait une brouette pleine de cadavres, des pendus accrochés à des arbres, tout cela c’était les milices musulmanes qui massacraient dans l’Est, mais tout le monde massacrait finalement les civils dans cette satanée guerre. Je suis rentré aux Etats-Unis, ramenant un trophée neutralisé, un AK-47, je n’imaginais pas qu’il me poserait plus tard de graves ennuis. Je suis rentré sans problème, mais l’année suivante, en 1996 la CIA est venue m’arrêter.

J’étais accusé d’être un terroriste ayant pour plan d’assassiner le président des Etats-Unis, ils sont venus m’arrêter avec plus de 15 voitures et des dizaines de policiers. Cela a été un réel traumatisme pour mes vieux parents. Ils ont fait de la casse dans la perquisition, j’ai été emmené, on me demandait de livrer mes plans. Je fus interrogé au rez-de-chaussée du World Trade Center où à cette époque se trouvaient des bureaux de la CIA. J’ai subi un interrogatoire épuisant jusqu’au lendemain, toute la nuit, sans répit. Et puis ensuite je fus relâché, tout cela était du vent, mais je fus menacé et on m’intima l’ordre de me tenir tranquille et de ne jamais avoir d’activités politiques ».

« Ma mère avait été très affectée par cette arrestation violente et j’avoue moi-même avoir vécu et subi une grave dépression et une traversée du désert à mon retour. Cela a quasiment duré dix ans et puis la guerre m’a rendu finalement pacifiste, j’étais déjà un antifasciste, alors tout doucement je suis revenu à la politique et à l’activisme vers 2007. J’ai travaillé comme moniteur d’auto-école et comme éducateur avec des enfants, j’ai adoré ce travail. Et puis j’ai participé à de nouvelles manifestations contre les guerres américaines dans le Monde. C’était impressionnant tous ces hélicoptères, des milliers de policiers bien armés. Alors j’ai recommencé à militer activement dans différents milieux de gauche, la guerre des tchetniks était déjà très loin. Mais je n’ai jamais oublié la Serbie et aussi les nombreux camarades et frères russes qui étaient venus combattre avec nous en Yougoslavie. Les événements du Maïdan m’ont beaucoup marqué, mais c’est la guerre du Donbass qui m’a convaincu de partir. Je me devais d’y aller, je ne pouvais rester impuissant. Alors j’ai répondu à l’appel, je n’ai prévenu presque personne, c’était quelques mois après la mort de ma mère, un autre choc dans ma vie. J’ai rassemblé quelque argent et je suis parti en Macédoine, puis en Serbie et de-là vers la Russie et le Donbass où je suis arrivé un jour de janvier 2015 ».

Zak avoue n’avoir pas réfléchi longtemps pour partir, c’était une évidence. Il n’avait pourtant qu’un visa d’un mois pour la Russie et il savait qu’il serait vite bloqué dans le Donbass. Il avait eu quelques frayeurs en Serbie, lui l’ancien combattant « tchetnik ». De son propre aveu la Serbie est déjà bien dans les mains de l’Union européenne et sous pression. Il put toutefois achever le voyage sans heurt pour se rendre utile dans le Donbass : « c’est déjà chez moi ici, après la guerre j’espère que j’emmènerais tous mes amis et collègues pour faire une grande fête en Serbie où j’ai encore un bien avec mon frère. Je sais qu’aux USA je tombe sous la menace d’un emprisonnement de 25 ans pour « terrorisme », c’est ici vous savez la politique d’Obama, bien pire encore que Bush père. Servir comme humanitaire dans le Donbass, ceci est considéré comme « étant servir contre les intérêts des USA », voilà la liberté du rêve américain. Ici au contraire je sens les gens libres, je sens la liberté, alors le reste n’a pas d’importance. Je crois vraiment à la victoire de la Novorossia, ce sera peut-être deux républiques sœurs, ce sera peut-être une partie de la Russie, mais ce que je souhaite c’est une Novorossia qui aura décidée, libérée et jusqu’à Odessa ! Pourquoi pas ! ». Je quittais Zak avec une impression à la fois de tristesse et de joie. L’homme pendant son récit, à l’évocation de ses parents avait versé quelques larmes, les larmes d’un homme bon et sincère, les larmes d’un homme juste, très loin de la caricature qui fut faite des combattants serbes de la Guerre de Yougoslavie. Cette souffrance du peuple serbe fut incommensurable, celle de ceux du Donbass ne fait peut-être que commencer. Gageons que la victoire et la paix annoncées par Zak seront bientôt une réalité.

Laurent Brayard



25/08/2015

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